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Le spécisme ou la discrimination animale


Le spécisme est une sorte de philosophie qui consiste à hiérarchiser les animaux selon leur espèce. Or, cette idée est de plus en plus critiquée.De tout temps, l'homme s'est senti supérieur au reste du monde animal. Par conséquent il s'est toujours accordé tous les droits sur les animaux.
Plus précisément, l'être humain a tendance à attribuer une valeur morale différente à un animal, selon son espèce. Et généralement, plus la ressemblance physique de l'animal avec l'homme est grande, plus l'intérêt que ce dernier lui porte est important.

Aussi, cette forme de discrimination animale, appelée spécisme, a toujours été perçue comme normale et naturelle. Cependant, elle commence à être de plus en plus décriée, un peu à l'instar du sexisme ou du racisme il y a un peu plus d'un siècle.
Ainsi, la multiplication des critiques sur les conditions d'abattage, l'incrimination de l'expérimentation animale, la détraction des cirques traditionnels et des corridas, mais aussi le déclin de la chasse et l'augmentation du végétarisme en sont des signes révélateurs.


Pourquoi le spécisme est-il aussi profondément ancré chez l'être humain ?

Différentes causes sont à l'origine de la tendance au spécisme chez l'homme, mais on peut retenir trois raisons principales :

  • La conception religieuse du règne animal : la plupart des religions monothéistes ont érigé une frontière théologique infranchissable entre l'humain et le reste des animaux, l'homme étant bien entendu placé au-dessus du règne animal.

  • La recherche scientifique : l'utilisation des animaux dans les études scientifiques incite les chercheurs ainsi que la population qui bénéficie des avancées scientifiques à considérer les animaux comme des êtres inférieurs aux humains, leur accordant ainsi une moindre valeur.

  • La consommation de viande : la considération morale ainsi que les capacités émotionnelles et cognitives que l'on accorde aux animaux tend à diminuer lorsqu'on les consomme. Par exemple, les Français, grands consommateurs de viande porcine, ont tendance à dénier les capacités mentales et le vécu émotionnel des cochons, allant jusqu'à juger cet animal comme inférieur au chien. Pourtant, les capacités cognitives et émotionnelles du porc sont bien supérieures à celles de leur animal de compagnie préféré.

Ainsi, cette ignorance consentie permet à l'homme de justifier son appétit carnivore. En effet, plus on a connaissance des capacités sensitives de l'animal consommé, plus le dégoût pour la viande tend à augmenter. Aussi, le simple fait d'attribuer une vocation alimentaire à un animal tend à activer instantanément des représentations qui justifient son ingurgitation. D'où cette tendance à nier l'intelligence animale pour continuer de consommer de la viande, laquelle est considérée, depuis toujours, comme une nécessité par la plupart des êtres humains.


Y a-t-il également des traits psychologiques associés au spécisme ?

Plusieurs psychologues se sont justement posés la question et ont donc mené différentes études pour y répondre. Et leurs résultats ont effectivement montré que certaines caractéristiques psychologiques sont statistiquement corrélées au spécisme. En voici les principales :

  • L'autoritarisme : il s'agit de l'importance donnée au respect de l'autorité et à l'obéissance.

  • La dominance sociale : il s'agit de la tendance à trouver une justification intellectuelle et morale à l'injustice sociale afin de maintenir une position sociale avantageuse.

  • Le masculinisme : il s'agit d'une sorte de machisme qui consiste à penser, par exemple, qu'un homme ne doit jamais montrer qu'il souffre, ou encore que la réussite au travail doit constituer le principal but de la vie d'un homme.

Par ailleurs, d'autres recherches ont également montré que l'assimilation des animaux aux humains tend à diminuer le niveau de spécisme, tout en augmentant la sensibilité humaniste avec, par exemple, l'intention de s'engager auprès de groupes minoritaires comme les Aborigènes, les Noirs, etc...


Inspiré des travaux de Laurent Bègue, de Richard Ryder, de Scott Plous, de Steve Loughnan, de Brock Bastian, de Hank Rothgerber et de Kristof Dhont.



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