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Février 2017 (Mise à jour: Février 2017)

Aimer les animaux et les manger...


Manger de la viande tout en aimant les animaux: voilà un paradoxe bien difficile à gérer...La plupart d'entre nous mangeons volontiers de la viande. Pourtant, en y réfléchissant bien, nous ressentons un certain malaise à l'idée que des animaux meurent pour satisfaire nos besoins. Aussi, cet écart entre nos valeurs et nos actes provoque un sentiment désagréable que l'on appelle dissonance cognitive.

Nous tentons donc de réduire cet état psychologique inconfortable en élaborant différentes stratégies cognitives.


Quelles sont ces stratégies que nous mettons en œuvre?

Pour tenter de réduire l'écart entre nos valeurs et nos actes, en ce qui concerne la consommation de viande, nous mettons en œuvre différentes stratégies dont voici les principales:

  • Le camouflage linguistique: il s'agit de nommer la viande avec un nom différent de celui de l'animal. Par exemple, dans les langues anglophones, on nomme cow une vache et beef la viande de vache.
  • Le changement de comportement perçu: cette stratégie consiste, par exemple, à ne consommer que la viande d'animaux qui ont été élevés et abattus dans de bonnes conditions.
  • Eviter de penser à l'origine de la viande: c'est la solution adoptée par la majorité d'entre nous. Elle consiste à séparer nettement la viande de l'animal. Cela implique, par exemple, de minimiser les capacités intellectuelles ou la sensibilité à la douleur des bêtes mangées, tout en soulignant les aptitudes intellectuelles et émotionnelles de nos animaux de compagnie.
  • Devenir végétarien: bien que ce choix soit le plus rationnel et le plus efficace pour annuler la dissonance cognitive, il est choisit par moins de 3% de la population française.

Par ailleurs, en ce qui concerne ce dernier choix, à savoir, devenir végétarien, il est important de souligner que nombreux (plus d'un quart) sont ceux à s'accorder un petit écart à leur discipline alimentaire, considérant qu'ils font quand même beaucoup d'efforts et que manger de la viande à l'occasion ne va pas à l'encontre de leurs principes.


Y a-t-il d'autres facteurs qui apaisent notre malaise à manger de la viande?

En fait, tout ce qui renforce la séparation entre l'animal et l'homme nous aide à mieux accepter notre comportement carnivore. Plus précisément, moins attribuons de part humaine aux animaux, et plus il est facile pour nous de les manger.
Aussi, l'industrialisation de l'abattage contribue grandement à réduire notre gêne face à leur souffrance. En effet, le nombre élevé de bêtes abattues provoque une sorte de dépersonnalisation. D'ailleurs, ce phénomène n'est pas observé uniquement pour les animaux. Par exemple, plus le nombre de victimes d'un accident est élevé, moins nous sommes sensibles à leur souffrance, car les victimes apparaissent en quelque sorte comme anonymes.


Inspiré des travaux de Marta Zaraska, d'Hank Rothgerber et de Brock Bastian.



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