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Les recherches expérimentales sur les rêves: les méthodes - Partie 4

(Revue de psychiatrie : médecine mentale, neurologie, psychologie

En , par


Cette méthode de visu a servi avec sujet aux auteurs pour étudier les rêves chez les animaux, Théodore Berr a écrit même un travail sur le sommeil des poissons, Francis Day décrivit les émotions des poissons et les observations augmentent de jour en jour sur le sommeil et le rêve des chiens. Sante de Sanctis consacre à ce sujet un chapitre très documenté par des observations personnelles et où il analyse les réponses de quelques interrogations et questionnaires ; ses pages peuvent figurer honorablement à côté de celles de Burdach.

Voir un animal dormant, l'examiner au même titre que l'homme on arrive à dresser certains tableaux symptomatologiques. Le problème qui se pose est de savoir à quel état mental la contraction des muscles correspond; l'analogie avec l'homme est logique, mais ce n'est qu'une analogie et extrêmement instable, quand on ignore même chez l'homme, au moins à l'état actuel de nos connaissances, les équivalents psychiques de toute la mimique musculaire.


IV. Le questionnaire et l'interrogatoire

La méthode n'a rien de particulier. On dresse simplement un questionnaire quelconque plus ou moins méthodique et parfois un nombre de questions, généralement simplistes : on cueille les réponses et on dresse des tableaux et des statistiques, analysant plus ou moins minutieusement le contenu des réponses. Parmi les enquêtes sur les rêves citons celles de Jastrow (sur les aveugles), Child, Heerwagen, Titchener, Sante de Sanctis, Vaschide (attention pendant le sommeil) etc. Heerwagen avait dressé un questionnaire très soigné qu'il avait distribué parmi les étudiants et il est arrivé à dresser une statistique très intéressante sur l'ensemble de la physionomie du sommeil et des rêves. Je reviendrai à ce sujet dans la revue générale consacrée aux enquêtes.

J. M. Vold provoquait des enquêtes d'une manière un peu plus personnelle, sur les rêves musculaires et optiques, voici sa propre description de la méthode : « L'après-midi ou le soir, nous nous réunissions au nombre de dix à quarante. J'expliquais assez minutieusement l'expérience en question et tout ce que je croyais important à faire pour qu'elle réussît, mais je me gardais de dire aux personnes présentes les résultats probables ou ceux qu'avaient eu les autres personnes qui s'étaient prêtées à l'expérience : nous fixions une ou deux nuits pour l'expérience — pas la première après notre séance (pour éliminer autant que possible son influence sur le sommeil de la nuit en question) ». Les personnes ne devaient pas aller dans le monde le soir qui précédait l'expérience et on les avait prié de ne pas se laisser distraire. On notait les considérations qui étaient entrées en jeu, dans les cas négatifs; le lendemain les sujets s'engageant toujours à les faire connaître « chacun des exécuteurs remplissait un questionnaire contenant de vingt-deux à vingt-sept questions, sans compter les questions secondaires. Il va sans dire que le rêve de la dernière nuit — si l'on en avait fait un — jouait un rôle prépondérant dans le questionnaire rempli. La position dans laquelle se trouvaient les membres au réveil devait être dépeinte aussi exactement que possible ; aussi l'expérience elle-même et la manière dont elle avait été faite par l'expérimentateur étaient-elles dépeintes dans le questionnaire : sans cela, il ne m'aurait pas été possible de savoir si les règles données avaient été complètement suivies. Il fallait dire si l'on avait entendu parler des résultats d'autres sujets (réponse constante : non), etc. » Le lendemain matin de l'expérience de l'auteur après avoir reçu le compte-rendu, il renvoyait le questionnaire dans le cas où les réponses étaient incomplètes et il devait recevoir le jour même ou tout au plus le lendemain la réponse complète.

Le questionnaire ainsi compris rend sans doute de réels services et les résultats des recherches de J. Mourly Vold en était une preuve. L'individualité du sujet entre encore en jeu et nécessairement, mais nous tombons alors dans les reproches qu'on peut adresser à toute expérience psychologique, souvent plus précise et documentée que n'importe quel document objectif, dont les conditions psychiques sont souvent pauvres ou incomplètes.

Comme faits publiés par les auteurs qui ont utilisé la méthode du questionnaire, qui a donné à Galton de si intéressants résultats, ou encore l'interrogatoire, citons quelques-uns pour illustrer de quelques exemples la portée de cette méthode.

Heerwagen a constaté que le sexe féminin a le sommeil plus superficiel que les hommes : 63% de ses sujets femmes avaient un sommeil plus léger, tandis que la proportion était seulement de 42% pour les étudiants et 44% pour les hommes en général. Les femmes ont un sommeil plus nourri en fait de rêves : 23%, tandis que les étudiants présentaient un pourcentage de 30% et les hommes en général de 48%. Avec l'âge les rêves diminuent ; entre 20 et 25 ans on a trouvé le maximum de la rêverie chez les étudiants. Il y avait un rapport direct entre la fréquence et la clarté, l'intensité ; les personnes qui rêvent plus se souviennent plus facilement de leurs rêves, celles qui ont le sommeil superficiel se rappellent plus rapidement et avec plus de détails leurs rêves, que celles qui dorment profondément. A la question de la fréquence des rêves Heerwagen donne la statistique suivante :

Personnes qui rêvèrent à peu près toutes les nuits : 99
Personnes qui rêvèrent assez souvent : 133
Personnes qui rêvèrent très rarement : 153
Personnes qui rêvèrent de temps à autre : 15
Réponses ambiguës : 6
Total : 406

Les questions de Heerwagen concernaient principalement la fréquence des rêves, l'intensité et le souvenir des rêves : Sante de Sanctis est le dernier auteur qui ait lancé un questionnaire sur le rêve. Il a analysé principalement les réponses concernant ces cinq principales questions :
1) Vous rêvez toujours, souvent, rarement, jamais?
2) Vos rêves en général sont intenses ou à peine estompés ?
3) Est-ce qu'ils sont habituellement très compliqués, sont-ils bizarres ou sont-ils simplement la reproduction des événements les plus ordinaires de la vie ?
4) Habituellement le contenu de vos rêves se rapporte à vos occupations de la vie journalière ?
5) Pouvez-vous rappeler vos rêves avec les plus petits détails ? Les souvenirs sont-ils sommaires ou vous n'avez aucun souvenir ?

Il a reçu 165 réponses de la part des hommes et 55 des femmes. Voici en détail les chiffres de cette statistique :

I. Fréquence des rêves
Hommcs Pourcentage Femmes Pourcentage
Rêvent toujours : 22 hommes (13,33%) et 18 femmes (32,73%)
Rêvent souvent : 45 hommes (27,27%) et 15 femmes (45,45%)
Rêvent rarement : 83 hommes (50,30%) et 7 femmes (12,73%)
Ne rêvent jamais ou ne savent donner aucun renseignement sur les rêves : 15 hommes (9,09%) et 5 femmes (9,09%)

II. Vivacité des rêves
Ont eu les rêves vivaces : 56 hommes (37,33%) et 33 femmes (66%)
Ont eu les rêves estompés : 44 hommes (62,67%) et 17 femmes (34%)

III. Contenu habituel des songes
Font des rêves compliqués : 70 hommes (46,67%) et 27 femmes (54%)
Font des rêves bizarres : 28 hommes (28,67%) et 6 femmes (12%)
Font des rêves simples : 52 hommes (34,67%) et 17 femmes (34%)

IV. Rapport du contenu de la vie du rêve avec les faits de la veille
Admettent que le rapport a toujours lieu : 128 hommes (85,33%) et 36 femmes (72%)
Admettent que assez souvent le rapport n'a pas lieu : 22 hommes (14,67%) et 14 femmes (28%)

V. Mémoire des rêves
Ont le souvenir chargé de détails : 35 hommes (23,33%) et 21 femmes (42%)
Ont un souvenir sommaire : 83 hommes (55,33%) et 24 femmes (48%)
N'ont habituellement aucun souvenir : 32 hommes (21,33%) et 5 femmes (5%)

Sante de Sanctis a utilisé le questionnaire sur bien des questions de l'étude du rêve. Citons entre autre son questionnaire sur les émotions et les rêves : il a posé les deux questions suivantes: 1° Si les émotions eues pendant la veille se répercutent dans le rêve; 2° Si les émotions eues pendant le rêve se répercutent pendant la veille. — La réponse a été affirmative et l'enquête a porté sur 150 hommes normaux, sur 50 femmes normales, sur 60 aliénés (imbéciles et idiots), sur 125 criminels et 43 prostituées et sur un grand nombre de sujets épileptiques, hystériques, mélancoliques, sur des enfants, etc.

Je donne encore à titre de documents et pour de l'intelligence de l'orientation des enquêtes, le questionnaire suivant concernant les rêves des animaux ; il est dû également à Sante de Sanctis.
1° A quelle race appartient votre chien ?
2° Est-il un chien intelligent? Devient-il facilement émotif (joie, douleur, colère, etc.) ou est-il apathique et indifférent?
3° Dort-il beaucoup ou peu ? A-t-il un sommeil tranquille ou interrompu?
4° Quand il était petit, dormait-il plus qu'à l'état adulte? Quand il est malade, comment dort-il?
5° Quand il dort, fait-il des mouvements particuliers avec son museau? Lorsqu'il aboie, selon vous, manifeste-t-il des émotions pendant le sommeil? Quelles sont les manifestations les plus souvent répétées?
6° Reproduit-il pendant le sommeil les émotions de sa vie habituelle, ou les émotions éprouvées pendant la journée?
7° Les chiens rêvent plus tout jeunes, à l'état adulte ou pendant la vieillesse?
8° Les changements atmosphériques ont-ils une influence sur le sommeil et les rêves des chiens?
9° Dites tout ce que vous savez sur le sommeil et les rêves des chiens.

Sante de Sanctis a dressé aussi un questionnaire sur les rêves et le sommeil des chevaux: il contient cinq questions et se réfèrent à la durée du sommeil, à son état d'agitation, aux influences atmosphériques, à la race, etc. La plus intéressante est la question : « Ne croyez-vous pas que les chevaux rêvent? Et si vous le croyez, d'après quels signes reconnaissez-vous un cheval qui dort? » Les chevaux rêvent paraît-il !

Je voudrais exposer, avant de finir cette revue générale, ma méthode personnelle. Je m'occupe depuis bien des années de l'étude du rêve et du sommeil et j'ai pu recueillir un grand nombre de documents qui feront l'objet un jour d'une publication détaillée. J'en ai pris date lors de ma communication à l'Académie des sciences, le 17 juillet 1899. Voici le résumé de ma méthode, tel que j'ai pu l'exposer dans l'espace permis à une note à l'Institut: « Dans l'extrême majorité des cas, les sujets n'ont jamais été au courant de mes recherches. Notre méthode consiste à surveiller les sujets toute la nuit, ou au moins une partie de la nuit, et à les observer de tout près, recueillant avec soin les changements de physionomie, les gestes, les mouvements, de même que les rêves faits à haute voix et les rêves communiqués par les sujets, n'oubliant jamais de déterminer la profondeur du sommeil par des expériences préalables, notamment celles de Kolschutter, Spitta et Michelson. De temps en temps, dans certains cas, nous réveillons le sujet, en lui cachant toujours que son réveil avait été provoqué par nous, et soit laissant le sujet à lui-même, soit lui posant des questions, nous étions renseigné suffisamment sur son état d'esprit et ses rêves. Des réveils spontanés facilitaient parfois notre tâche. »

Le grand reproche qu'on pourrait adresser à presque tous les auteurs qui ont fait des recherches sur les rêves est que, presque jamais ils ne font attention à la nature et surtout à la profondeur du sommeil. Tout au plus si l'on fait quelques conjectures sur la distinction du sommeil superficiel du sommeil profond et comateux ; mes recherches, et je pense être le premier qui ait attiré l'attention des expérimentateurs sur ce fait, m'ont prouvé qu'aucune recherche ne pourrait être judicieusement conduite sans procéder à la mesure préalable de la profondeur du sommeil. Il y a en effet un rapport étroit entre la nature des rêves, leur enchaînement, leur broderie, en un mot leur structure et la qualité, si cette expression nous est permise, du sommeil.

Je crois en outre avoir été parmi les premiers, si on ne tient pas compte de quelques remarques précieuses d'Esquirol, qui ont fait l'apologie d'une méthode vraiment objective : l'examen du sujet endormi. Comme Sante de Sanctis, je crois qu'il est nécessaire de suivre toute l'évolution du sommeil d'un sujet, évolution qui devient extrêmement curieuse quand on examine des aliénés. Malgré la prévention a priori des fruits que pourrait donner cette méthode, elle est néanmoins la plus riche source de renseignements pour l'expérimentateur. Je ne veux anticiper sur l'exposition de mes recherches, mais je dois dire que l'expérience vous suggère des données inattendues et je comprends aisément l'enthousiasme de Sante de Sanctis pour les avantages de cette méthode. Le pouls a un langage musculaire spécial, il en est de même pour la respiration et avec un peu d'habitude on peut associer des rapports intimes avec les nuances les plus délicates des pulsations et des modifications respiratoires. La figure d'un sujet qui dort est particulièrement intéressante. J'ai passé un grand nombre de nuits à examiner et à étudier les personnes qui dorment; noctambule dans ma manière de travail, j'ai pu perfectionner et acquérir des données vraiment objectives sur l'expression de la mimique, surtout depuis que j'ai eu l'occasion d'examiner les aliénés.

Esquirol avait raison de conseiller de veiller à côté d'un aliéné. Mais l'homme normal est pourtant aussi précieux à être étudié que l'aliéné ; les muscles vous imposent un langage particulier, les contractions et les tremblements des paupières vous donnent d'autres indices, de même que les contractions des massétères, des orbiculaires des lèvres, des muscles paucièrs, des temporaux, la dilatation des narines, la coloration de la figure, etc?, toute la physionomie vous estompe presque un alphabet. Je crois être arrivé à établir réellement un certain alphabet de ces nombreux complexus et d'ici à la divination de la pensée il n'y a qu'un pas : aussi mes recherches m'y ont conduit fatalement. Il y a dans l'aspect du dormeur, en d'autres mots, une foule d'indices que l'expérimentateur peut utiliser avec grand profit. La courbe des changements de la physionomie pendant le sommeil est tout à fait intéressante, surtout quand elle est prise parallèlement avec celle des modifications physiologiques somatiques profondes, comme l'état du cœur et de la respiration par exemple, de même qu'avec la nature et l'aspect capricieux, surtout en apparence, du cycle des rêves de toute une nuit.

Un autre avantage que présente ma méthode est que le sujet n'est pas mis au courant avec la nature et le sens des recherches ; les expériences sont pratiquées en dehors de sa connaissance et on est de la sorte dans les meilleures conditions possibles, le sommeil naturel physiologique.

Il faut ajouter que le hasard vous fournit souvent des occasions qu'on ne saurait comment provoquer expérimentalement et rien n'est plus précieux pour des pareilles recherches que la présence de l'expérimentateur à l'évolution d'un cauchemar ou d'un réveil subit.

Pour ce qui concerne la meilleure méthode pour provoquer le réveil, elle varie selon les expériences. S. de Sanctis emploie l'excitation tactile, j'emploie de préférence l'excitation auditive. Elle me semble la plus précise. L'espace ne me permet pas d'insister sur les avantages et les inconvénients de ces différentes méthodes. Il y a là un point capital pour l'étude des rêves.

Avec ces précautions et suivant un plan délimité d'avance, les recherches expérimentales sur le rêve pourront être pratiquées sans grandes causes d'erreur. Que l'expérimentateur ne néglige jamais de surprendre les expériences, les résultats sont plus intéressants que lorsqu'on les provoque. Le seul inconvénient, c'est qu'un pareil système de recherches réclame du temps et des occasions propices.

Ici finit cette première revue générale ; elle ne doit être considérée que comme une introduction à l'exposition des recherches expérimentales sur les rêves. A notre avis, la question de méthode est capitale, surtout dans ce domaine de recherches où l'observation est pratiquée sur un domaine fragile, flou et dont les aspects varient à l'infini. Les prochaines revues générales doivent contenir en principe l'exposition des travaux : une première concernera les travaux de Maury et des premiers expérimentateurs ; une seconde les enquêtes et une troisième les recherches modernes.



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