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Les recherches expérimentales sur les rêves: les méthodes - Partie 3

(Revue de psychiatrie : médecine mentale, neurologie, psychologie

En , par


Voici les expériences instituées par A. Maury ; elles sont parmi les premières. Il faut rappeler les expériences bien conduites de Prévost de Genève, 1834, et celles de l'auteur anonyme du livre sur les moyens de diriger les rêves, contemporain avec A. Maury.

1) On le chatouille avec une plume les lèvres et le bout du nez : « il rêve que l'on le soumettait à un horrible supplice, qu'un masque de poix lui était appliqué sur la figure, puis qu'on l'avait ensuite arraché brusquement, ce qui lui avait déchiré la peau des lèvres, du nez et du visage. »

2) « On fait vibrer à quelque distance de mon oreille une pincette sur laquelle on frottait des ciseaux d'acier. Je rêve que j'entends le bruit des cloches, ce bruit de cloches devient bientôt le tocsin ; je me crois aux journées de juin 1848. »

3) On lui fait respirer de l'eau de Cologne et il rêve qu'il se trouve dans la boutique d'un parfumeur. Il est au Caire et suivent des aventures extraordinaires dont la liaison lui échappe.

4) « On me fait sentir une allumette qui brûle. Je rêve que je suis en mer (notez que le vent soufflait alors dans les fenêtres) et que la Sainte-Barbe saute. »

5) On lui pince légèrement la nuque. Il rêve « qu'on lui pose un vésicatoire, ce qui réveille en lui le souvenir d'un médecin qui le traita dans son enfance. »

6) « On approche de ma figure un fer chaud, en le tenant assez éloigné pour que la sensation de chaleur soit légère. Je rêve des chauffeurs, qui s'introduisaient dans les maisons et forçaient ceux qui s'y trouvaient, en leur approchant les pieds près d'un brasier, à déclarer où était leur argent. L'idée de ces chauffeurs amène bientôt celle de la duchesse d'Abrantès que je suppose en songe m'avoir pris pour secrétaire. J'avais jadis lu, en effet, dans les Mémoires de cette femme d'esprit, quelques détails sur les chauffeurs. »

7) On prononce à son oreille le mot parafagaramus « Je n'entends rien et je suis réveillé n'ayant fait qu'un rêve assez vague. On répète l'expérience quand je suis endormi dans mon lit, et l'on prononce le mot maman, plusieurs fois de suite. Je rêve de différents sujets, mais dans ce rêve j'entendais le bourdonnement des abeilles. La même expérience, reprise quelques jours après, lorsque j'étais à peine endormi, fut plus concluante. On prononça à mon oreille les mots Azor, Castor, Lèonore ; réveillé, je me rappellai avoir entendu les deux derniers mots que j'attribuais à un des interlocuteurs de mon rêve. » Une autre fois, le son du mot avait été perçu et nullement l'idée ; on prononça à ses oreilles les mots chandelle, haridelle, plusieurs fois de suite. Il s'était subitement réveillé, criant : c'est elle.

8) « On me verse une goutte d'eau sur le front. Je rêve que je suis en Italie, que j'ai très chaud et que je bois du vin d'Orviette.»

9) « On fait passer plusieurs fois de suite devant mes yeux une lumière entourée d'un papier rouge. Je rêve d'orage, d'éclairs, et tout le souvenir d'une violente tempête que j'avais éprouvée sur la Manche en allant à Morlaix, au Havre, défraye mon songe. »

Ces observations sont bien loin d'être à l'abri de causes d'erreurs ; les conditions expérimentales sont à peine définies et A. Maury se contente seulement de nous dire qu'il pria « une personne placée à mes côtés, lorsque le soir je commençais à m'endormir dans mon fauteuil, de provoquer en moi certaines sensations dont elle ne m'avait pas prévenu, puis de me réveiller lorsque j'avais déjà eu le temps d'avoir un songe. » On ne sait au juste, dans ces expériences, d'après quel critérium la personne qui dirige l'expérience appréciera le temps que le sujet ait vécu un songe. A. Maury note rarement d'ailleurs les conditions expérimentales, l'analyse des sensations subjectives l'intéresse davantage.

On pourrait citer comme expériences typiques dans la première catégorie les recherches de Mil. M.W. Calkins et dans la seconde celles de J. Mourly Vold. Le premier auteur, sur qui tous les critiques tombent d'accord pour considérer ces recherches comme les plus scrupuleusement conduites, avait expérimenté pendant de longues semaines sur deux sujets (6 ou 8 semaines) et qui étaient réveillés à des heures différentes par des excitations sensorielles préalablement déterminées ; les sujets devaient écrire immédiatement à leur réveil leurs rêves.

Les observations si intéressantes de Mlle Calkins l'ont conduite à des constatations de toute autre nature que les données analytiques subjectives. Elle a pu recueillir de ses deux sujets 375 songes ; un de ces sujets, un homme de 32 ans a été observé pendant 46 nuits et le second, une femme de 28 ans, pendant 55 nuits. Les recherches de cet auteur le conduisent à faire remarquer entre autres, que la plus grande majorité de rêves ont lieu le matin et c'est à ce moment qu'ont lieu les rêves les plus vifs. Il paraît y avoir un rapport intime entre la vivacité des rêves d'une part, de leur présence d'autre part avec la lumière du matin. Un rêve dont on se souvient est d'après cet auteur toujours un rêve très vif; elle distingue quatre catégories dans la vivacité des rêves : 10,8% est le nombre des rêves dont on s'en souvient parfaitement avec tous les détails, ce sont les plus vifs; 34% des rêves sont retenus exactement dans une foule de détails, ils sont assez vifs ; 29,8% des rêves ne sont pas si vifs que les autres catégories : vivacité moyenne et enfin 19,4% rêves à peine retenus, rêves indistincts et donc extrêmement peu vivaces. Citons encore quelques faits pour illustrer la valeur de cette méthode : les rêves d'origine sensoriels sont assez rares ; les plus prédominants sont de nature auditive et les plus rares sont les rêves gustatifs et olfactifs, 11% de rêves on ne peut saisir aucune relation entre la vie de la veille et la vie du sommeil. Dans les rêves visuels prédomine les rêves d'origine associationniste. Il faut distinguer un rêve intense d'un rêve clairement retenu; il peut y avoir sans doute un critérium, mais il n'est que relatif. Un dernier fait, qui a son importance, qui résulte des recherches de Miss Calkins c'est la continuité de la vie mentale dans les deux formes : veille et sommeil.

Le second auteur a pu créer des vrais rêves artificiels et sa méthode est aussi ingénieuse que louable au point de vue scientifique ; il a institué de vraies recherches méthodiques et j'attends avec intérêt, l'apparition du livre de cet auteur annoncé déjà en 1896, où il traitera comme il l'écrit le sujet en détail. J. Mourly Vold s'est occupé depuis 1876 des rêves et il s'est particulièrement attaché « au rôle que jouent dans les rêves le sens du toucher (contact et température) et le sens musculaire et sur la relation existant entre les images de la soirée et celles de la nuit suivante ».

Voici les propres termes de cet auteur, sur la méthode qu'il a employée pour l'étude de l'appareil musculaire pendant le sommeil ; il préfère à un stimulant passager appliqué pendant quelques secondes, un stimulant agissant toute la nuit et cela à cause de la difficulté d'obtenir des résultats : « Ainsi le soir, immédiatement avant de s'endormir, je faisais mettre à mes sujets des gants, des rubans ou des ficelles autour de quelques muscles, tout en les engageant à les garder toute la nuit. Je m'occupais particulièrement de l'articulation tibio-tarsienne et des articulations des deux mains. Lorsque nous faisions des expériences sur la première articulation, elle était généralement entourée d'un ruban de fil large de deux centimètres environ, ou d'une ficelle ; on emportait l'un ou l'autre autour de l'articulation d'un des pieds, au-dessous des malléoles, avec un tour autour de la plante pour l'empêcher de se déplacer. Par cette pression, une flexion plantaire avait lieu ; la position du pied ressemblait, jusqu'à un certain degré à celle d'une personne se tenant sur la pointe du pied — abstraction faite de la position horizontale du corps. Il va sans dire que j'ordonnais un lien pas trop tendu, pour éviter des troubles nerveux. — D'autres expériences s'appliquaient aux doigts de la main. La nuit on avait un ou plusieurs doigts entourés d'un ruban (ou d'une ficelle), ordinairement appliqué aux premières phalanges. Enfin, une grande quantité d'expériences s'appliquaient à une main entière ou aux deux. La nuit on portait un ou deux gants, généralement pas boutonnés, afin d'éviter une trop grande pression aux artères. Sous la pression de gants étroits, toutes les articulations de la main se courbaient. D'autres expériences ont été faites par moi seul. Ainsi, j'appliquais au dos une pression par des bûches (trois généralement), qui étaient liées ensemble et attachées à une ceinture autour de la chemise; pendant plusieurs semaines, je portais ces bûches toute la nuit. Dans d'autres séries d'expériences les sujets s'endorment avec un traversin sous les pieds ou on provoque des modifications tactiles différentes.»

Dans ses expériences sur les représentations visuelles pendant le rêve cet auteur donnait aux sujets, chaque soir une boîte qu'ils ne devaient ouvrir que le soir au lit. Avant de se coucher pendant un espace assez court de deux à dix minutes les sujets devaient regarder les objets contenus dans ces boîtes; ils devaient ensuite fermer les yeux et se coucher après avoir éteint la lampe et sans la regarder. Le matin on exigeait des sujets, pour la plupart des étudiants et des instituteurs, un protocole de l'expérience et des rêves qu'ils avaient eus. Les objets contenus dans les boîtes étaient de nature différente et variée, comme par exemple une fleur d'hyacinthe, figure de chien, un soldat avec une lance, une petite pièce de cuivre, une figure en carton, etc., dont on connaissait les dimensions ; une seule feuille noire mesurant 50 cm de largeur sur 31 cm de hauteur les autres objets ne dépassant guère 8 cm.

La méthode objective est la plus précieuse pour l'étude du rêve car surtout les expériences de la deuxième catégorie de recherches objectives, sont bien délimitées dans leurs conditions expérimentales et on arrive artificiellement à provoquer des modifications dans la mentalité du sujet. Les excitations artificielles se mêlent ou dominent celles qui figuraient dans la pensée du dormeur et on assiste à une vraie recherche de laboratoire, provoquant de la sorte des rêves dont on connaît parfaitement sinon toute la pensée, au moins bon nombre de ses éléments.

Pour ce qui concerne les recherches appartenant à la première catégorie, on pourrait leur adresser une objection, à savoir que les sujets ont malgré eux une appréhension. En se soumettant à l'expérience ils systématisent peut-être leur vie mentale et c'est pour cela, que dans toutes mes recherches rigoureuses, le sujet n'était pas prévenu que je pratique des expériences sur lui.

Pour les expériences sur les représentations visuelles pendant le rêve, le résultat met en évidence un certain rapport, parfois même assez net, entre l'objet fixé et le rêve. L'objet est dans la plupart des cas modifié, transformé. Un fait assez intéressant, remarqué par l'auteur dans plusieurs de ses travaux, c'est que ce qui paraît persister le plus dans le rêve de l'objet fixé, c'est sa couleur.

Comme recherches expérimentales méthodiques nous pouvons citer sous cette rubrique, celles de Fenizia, de Woodworth, de Weed, Hallam et Phinney, de Clavière, etc. Fenizia a expérimenté sur l'action suggestive des causes externes dans le rêve ; les excitations indirectes sont toujours exagérées et les actions directes sont plus sensibles : de l'éther versé sur le coté gauche du sujet suggérait la sensation d'une forte chaleur. Woodworth a expérimenté dix sujets; le but de ses recherches était de noter le nombre des images parues dans le rêve pendant un temps donné. La durée de chaque image est extrêmement courte ; elle est de six dixièmes de seconde en moyenne, mais cela atteint facilement deux dixièmes et demie de seconde. Les sujets devaient noter avec des détails leurs images, la rêverie finie. Weed, Hallam et Phinney ont étudié sept personnes pendant plusieurs semaines. Il faut retenir de ces recherches deux pourcentages intéressants, le premier sur la nature des images et le second sur la qualité affective des rêves.


Images visuelles 84%
Images auditives 62%
Images tactiles 10%
Images olfactives 7%
Images gustatives 6%


Emotions désagréables 57%
Emotions agréables 28%
Neutres 6%

Ces auteurs ont constaté également que les rêves les plus intenses sont ceux qui se rapprochent du réveil; la mémoire, le raisonnement, l'association des idées abondent dans les rêves.


III. La méthode éclectique

Sante de Sanctis est le plus digne représentant autant par le bon emploi qu'il en fait que par la persévérance de ses recherches de plus en plus débarrassées des nuances de clinicien. Sa méthode consiste dans l'emploi simultané de la méthode de Maury plus ou moins modifiée, c'est-à-dire de la méthode subjective, contrôlée et complétée par la méthode expérimentale (M. Vold), par l'interrogatoire et encore par une autre méthode vraiment objective. Cet auteur entend par cette méthode l'observation directe de l'animal ou de l'individu pendant le sommeil. « Cette méthode, écrit de Sanctis, est d'une grande valeur, car on peut la faire valoir aux plus sceptiques. Esquirol dans ses œuvres classiques, avouait, que souvent il veillait à côté du lit des aliénés pour étudier la mimique et les mouvements dans le but de deviner le contenu de leurs rêves. Et en fait, de l'état du pouls, de la respiration, de la mimique, des mouvements du corps, de quelques paroles entrecoupées, on peut presque toujours se faire une conviction si l'animal ou l'individu rêve et maintes fois on peut entrevoir dans les grandes lignes le contenu effectif du rêve en lui-même. »

Indépendamment de Sante de Sanctis je suis arrivé à préconiser comme la meilleure méthode l'observation directe du sujet dormant et dans ma communication de l'Académie des sciences de Paris de 1899, séance du 17 juillet, où j'avais pris date de l'ensemble de nos recherches expérimentales sur les rêves, je présentais une méthode analogue au moins dans les grandes lignes. La date de ma note à l'Institut plaide, en dehors du contenu de la note, en faveur de ce que je viens d'annoncer ; le volume de Sanctis a paru d'ailleurs en Italie en 1899 et je ne l'ai connu que deux années et demie plus tard.



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