Accueil > Blog & Vidéos > Faits d'actualité en psychologie > Psychologie : une recherche à la dérive


Auteur :


Psychologie : une recherche à la dérive


La science, notamment la psychologie, traverse actuellement une crise majeure qui remet en question l'organisation de la recherche scientifique.Suite à un article écrit par un professeur de médecine en 2005, dénonçant les résultats tronqués d'un très grand nombre de travaux de recherche, pourtant publiés dans des revues scientifiques prestigieuses, une remise en question de la nature et l'organisation même de la recherche semble s'être amorcée dans l'ensemble de la communauté scientifique.

Et la psychologie fait partie des disciplines scientifiques concernées. Car elle aussi a dû faire face aux révélations d'une étude de grande ampleur menée en 2015, visant à reproduire une centaine d'expériences. Celle-ci a démontré que seules 36% des expériences répliquées ont confirmé les résultats originaux !
Depuis, une vague de réplication déferle sur les laboratoires de psychologie, mais également sur les revues scientifiques. Certaines ont même créé une rubrique spéciale "réplication".


Mais pourquoi inventer ou trafiquer des résultats scientifiques ?

Ces fausses découvertes scientifiques concernent surtout les recherches surprenantes ou amusantes. C'est le cas, par exemple, de l'effet du power posing, qui consiste à se tenir debout les bras en V pour devenir plus conquérant. Or, cet effet n'a pas été observé lors de la réplication de cette expérience. Il en est de même pour l'effet du stylo que l'on tient entre les dents, et dont le sourire forcé qu'il déclenche influence positivement notre jugement.

En fait, ces échecs a reproduire les résultats originaux ne sont pas toujours dus à des tricheries de la part des chercheurs. En effet, différentes raisons peuvent expliquer ce phénomène :

  • La puissance statistique : Les échantillons de participants des expériences originales sont souvent beaucoup plus faibles que ceux des reproductions. Ces dernières ont même parfois regroupé plusieurs équipes de recherches issues de différents laboratoires pour élargir leurs échantillons. Car un échantillon restreint risque de ne pas être suffisamment représentatif de la population étudiée.

  • Le biais de publication : Les revues publient en priorité les recherches qui montrent l'existence d'un effet donné. Or, cela incite les scientifiques à modifier leur façon de mener leurs études, notamment dans l'analyse et le report des résultats de leur travaux. Et cela est d'autant plus regrettable que l'absence d'effet est également une information précieuse.

  • Les financements scientifiques : Pour trouver un poste ou un financement, les chercheurs doivent publier leurs résultats dans des revues influentes. D'ailleurs, l'expression "publish or perish" ("publie ou péris") est bien connue du monde scientifique. Or, ce contexte incite les chercheurs à tronquer leurs résultats pour être publiés.

  • Le risque d'erreur : La science ne comprend pas de vérité absolue. En effet, toute conclusion scientifique est établie avec un risque d'erreur qui oscille généralement entre 1 et 5%. Il est donc normal que certains résultats ne soient pas confirmés ultérieurement.

Les résultats scientifiques ne sont donc pas fiables ?

Heureusement, les expériences de réplication n'invalident pas toujours les résultats. C'est notamment le cas des effets classiques de la psychologie cognitive, comme par exemple, l'effet d'inhibition selon lequel bloquer nos automatismes et nos habitudes représente un coût cognitif.
Et même lorsqu'une tentative de reproduction échoue dans un contexte expérimental donné, les grandes conclusions restent souvent valides.

Par ailleurs, cette crise que traverse actuellement la recherche en psychologie doit nous rappeler qu'il est nécessaire de rester prudent avant d'utiliser les découvertes scientifiques à des fins commerciales ou politiques. Aussi, certains chercheurs proposent de créer un indice spécifique à mentionner dès qu'un résultat scientifique est cité.
Par exemple, l'indice 1 indiquerait une bonne fiabilité et serait réservé aux études répliquées plusieurs fois. L'indice 2 concernerait les expériences non répliquées, mais dotées d'une bonne puissance statistique. Enfin, l'indice 3 serait réservé aux études d'une puissance statistique plus faible et qui devraient être considérées comme des recherches préliminaires.

Ainsi, certaines interprétations abusives pourraient être évitées, sans pour autant compromettre le droit à l'erreur des chercheurs. Car émettre des hypothèses erronées est inhérent à la recherche. Et il est normal qu'une partie des expériences préliminaires ne soient pas confirmées par la suite.


Inspiré des travaux de François Maquestiaux, de John Ioannidis et de Harold Pashler.



A lire également :