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(Mise à jour: Mai 2014)

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La psychanalyse : bilan d'un passé sulfureux


Bien qu'encore très présente en France, la psychanalyse est de plus en plus critiquée pour son manque de méthode scientifique et son hégémonie passée.La psychanalyse est, encore aujourd'hui, très présente en France, que ce soit dans le domaine culturel, philosophique, pédagogique, etc...

Pourtant, cette discipline fondée par Freud dans la première moitié du XXème siècle compte de nombreux détracteurs, souvent virulents.
Parmi eux, on peut citer Karl Krauss: "cette maladie qui se prend pour son remède", Cioran: "Elle n'est pas une méthode mais un simulacre de religion", Nabokov: "cette application de vieux mythes grecs sur les parties génitales", ou plus récemment, Michel Onfray qui considère la psychanalyse comme "une discipline qui tient [...] aux mécanismes de l’affabulation ayant permis à Freud de présenter objectivement, scientifiquement, le contenu très subjectif de sa propre autobiographie".


Mais pourquoi tant de critiques?

Si les critiques sont aussi mordantes, c'est certainement parce que la psychanalyse n'est ni une science ni une thérapie et que plutôt que de se remettre en cause, les psychanalystes (Freud en tête) ont préféré nier ce constat. Plus précisément:

  • En ce qui concerne ses limites scientifiques, elle s'avère être une méthode impossible à réfuter car elle récuse l'expérimentation. De fait, la psychanalyse est capable d'expliquer tout et son contraire et la critiquer tend à être interprété comme la manifestation d'une névrose.

  • En ce qui concerne ses limites thérapeutiques, les résultats se révèlent décevants. D'ailleurs, Freud lui-même était conscient de l'échec de sa méthode introspective en tant qu'outil de soin. Cependant, plutôt que de le reconnaître officiellement et chercher à corriger ses interprétations subjectives et à évaluer scientifiquement les bienfaits de l'expression verbale, une bonne partie de son activité a consisté à occulter les défauts de la psychanalyse. Il a même été jusqu'à falsifier des rapports de cas cliniques pour prouver le succès de sa cure par la parole en mettant en avant la guérison de ses patients qui, en réalité, ont vu leur état se dégrader.

Aussi, il a longtemps été difficile, voire impossible, de critiquer la psychanalyse. En effet, toute contestation se trouvait immédiatement soit vilipendée, soit censurée. C'est ainsi que cette discipline a acquis au fil du temps une position dominante, voire hégémonique... Et c'est précisément ce qui lui est reproché aujourd'hui.


Faut-il pour autant rejeter en bloc la psychanalyse?

Aujourd'hui, la place de la psychanalyse n'est plus aussi importante qu'elle l'était par le passé. Par exemple, elle s'est marginalisée en psychiatrie depuis que cette spécialité médicale se soumet aux normes scientifiques; son enseignement dans les universités de psychologie est beaucoup plus restreint; les thérapeutes psychanalystes délaissent de plus en plus le divan pour adopter une approche relationnelle de "face à face" avec le patient, etc...
Cependant, le rejet total de la psychanalyse n'est pas forcément souhaitable non plus. En effet, il n'existe malheureusement pas encore de méthode thérapeutique infaillible, et dans ces conditions, la diversité des approches est un atout essentiel.

En outre, de plus en plus de psychiatres d'inspiration psychanalytique cherchent désormais à évaluer les résultats de leurs thérapies de façon scientifique. Par exemple, ils commencent à utiliser des outils tels que l'imagerie cérébrale pour mesurer l'effet de leur méthode sur le fonctionnement du cerveau, comme cela a été fait avec les thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Ainsi, on assiste depuis quelques années aux toutes premières validations scientifiques des thérapies psychanalytiques.


Inspiré des travaux de Chistophe André, de Michel Onfray et de Catherine Meyer.



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