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Février 2013 (Mise à jour: Février 2015)

De l’idolâtrie à l'érotomanie


Les fans trouvent dans leur idole des éléments permettant de construire leur identité. Mais cela peut parfois tourner à la pathologie...Adorer un artiste, coller des affiches de lui, vouloir tout connaître (ses passe-temps favoris, ses idylles, les lieux qu'il fréquente, etc...) est le lot de nombreux adolescents, mais pas seulement... En effet, l’idolâtrie d'une star peut se poursuivre à l'âge adulte, à des degrés divers, allant de la simple nostalgie à un délire passionnel appelé érotomanie.


Mais d'abord, pourquoi devient-on fan?

Devenir fan est un phénomène normal dans la mesure où il entre dans la logique de construction de l'identité de l'enfant et de l'adolescent. Plus précisément, ce processus d'identification se décompose en trois étapes principales:

  • L'enfance: l'enfant a besoin de repères pour se construire. Et c'est auprès de ces parents et d'autres adultes de son entourage qu'il va chercher des caractéristiques qui l’intéressent et auxquelles il peut s'identifier.

  • L'adolescence: cette période est marquée par l'opposition de l'adolescent à l’autorité de ses parents. Il se tourne alors vers l'extérieur pour chercher de nouveaux éléments identitaires et continuer à se construire. Et c'est souvent auprès de personnage(s) public(s) qu'il va trouver d'autres repères et adopter sa façon de s'habiller, sa coiffure, son mode de vie, etc...

  • Le passage à l'âge adulte: vers 18 ou 20 ans, la construction de l'identité s'achève et le jeune adulte a trouvé ses propres repères. Il va alors prendre de la distance vis à vis de son icône pour s'intéresser davantage aux "genres" (musicaux, littéraires, etc...). Il peut également admirer un certain nombre de personnes, mais sans pour autant idolâtrer l'une d'elles.

Et même si certains adultes continuent à entretenir un lien étroit avec leur idole, cette relation tient davantage de la nostalgie que de l’idolâtrie. C'est, en quelque sorte, une façon de garder un lien avec leur passé.


Quand la fan attitude devient-elle pathologique?

Si l'idolâtrie peut favoriser le développement de l'identité, elle peut aussi le fragiliser lorsqu'elle devient excessive. En effet, vivre à travers son idole, par procuration, risque d'aboutir à des comportements extrêmes.
Plus précisément, en entrant dans le monde de son icône, l'admirateur se persuade d'en faire partie et n'a plus de rapport sain avec la réalité. Ici, le véritable danger est que le fan n'ait plus suffisamment de recul face à sa star adorée. De fait, ce manque de distance risque de le conduire à s'identifier totalement à elle, à se confondre avec elle. C'est par exemple le cas des fans-sosies, totalement dévolus à la vie de leur idole, au point de soustraire leur propre personnalité à celle de la personne qu'ils admirent.

Dans des cas plus graves encore (mais aussi plus rares), l'idolâtrie peut tourner au délire passionnel, c'est-à-dire à l'érotomanie. Cette pathologie mentale fait partie des troubles paranoïaques. Elle se caractérise par l’illusion d’être aimé par une personne, généralement inaccessible. Le harceleur érotomane est persuadé que son idole l’aime avec engouement et lui en ferait la démonstration si des facteurs externes ne l’en empêchaient pas. Plus précisément, cette maladie évolue en trois phases:

  • Phase 1: la phase de l'espoir. L'érotomane espère que la personne qu'il admire va lui déclarer son amour. Il va donc chercher à entrer en contact avec elle en lui téléphonant, en lui envoyant des e-mails, des cadeaux, etc... Il souhaite connaître les détails de sa vie et à cette fin, il va la surveiller et la suivre. Cette phase peut parfois s’accompagner d'hallucinations verbales: l'individu érotomane croit entendre son idole lui parler à travers la radio; et de délires d'interprétation: le malade interprète chaque parole ou geste de sa star adorée comme une marque d'amour.

  • Phase 2: la phase du désespoir. Cette phase se caractérise par une paranoïa accrue. L'érotomane s'imagine qu'on empêche son idole de lui répondre et de lui manifester son amour. Après un certain temps d'espoir vain et face à l'indifférence de sa célébrité préférée, le malade voit son orgueil blessé et risque de sombrer dans une dépression, le menant parfois jusqu'au suicide. C'est par exemple le cas d'un admirateur de Björk qui, déçu par les différentes idylles de la chanteuse, a filmé son propre suicide.

  • Phase 3: la phase de la colère. L'érotomane est furieux face au désintérêt de son idole pour leur relation idyllique qu'il espérait tant instaurer. Il devient alors agressif et intensifie son harcèlement. Pour se venger, il va intimider, voire terroriser sa victime, allant même jusqu'à tenter de la tuer. C'est le cas, par exemple, d'un fan de Mylène Farmer qui, déçu de ne pas avoir eu de réponse à ses nombreuses lettres, a essayé de l'abattre d'un coup de fusil dans sa maison de disques.

Inspiré des travaux d'Antoine Bioy et de Jean-François Terakowski.



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