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La définition de Peuples



La psychologie des peuples

Il s'agit de l'étude des lois générales du développement psychologique humain à une échelle historique.
À la fin du XIXe siècle, sous l'effet du darwinisme, et plus particulièrement du darwinisme social, le problème de l'hérédité s'installe au centre des préoccupations des médecins, criminologues, psychologues et anthropologues. Soucieux de mettre en lumière les processus qui assurent la transmission des caractères psychiques, les uns et les autres sont conduits à s'interroger sur l'articulation entre les phénomènes psychiques identifiés au niveau individuel et les caractéristiques propres aux ensembles collectifs, qu'il s'agisse d'une foule, conventionnelle ou occasionnelle, d'un électorat ou d'une nation. La psychologie des peuples se constitue pour mettre en lumière cette articulation en procédant à une psychologisation des phénomènes collectifs.
Le XIXe siècle est marqué par la survenue des masses sur la scène sociale et historique comme acteur décisif, et par le souci des élites politiques et intellectuelles de canaliser leur énergie dans un cadre nationaliste. Or un tel souci se conjugue avec certaines des conséquences des principes qui président à la naissance de la psychologie comme science.


De la psychologie individuelle à la psychologie des peuples

La psychologie des peuples appartient de manière constitutive, en effet, au projet de psychologie scientifique qui, pour ses promoteurs, doit obéir à un strict factualisme. Afin de remplir cette exigence, la psychologie recourt à la méthode objective, qui, au lieu d'être personnelle comme la méthode introspective, emprunte aux faits leur caractère impersonnel et offre le double avantage d'introduire dans le champ de la psychologie l'idée d'évolution et de rendre possible l'analyse comparative.
Évolutionnisme et comparatisme se confortent l'un l'autre. En effet, en inscrivant l'humanité dans la lignée animale, en rattachant l'adulte à l'enfant, le civilisé au primitif, l'évolutionnisme sollicite la comparaison en égrenant les âges de l'individu ou de l'humanité comme autant de moments d'un même processus. L'ambition s'affirme alors d'embrasser tous les phénomènes psychologiques. Ainsi, le chemin ouvert par l'idée d'évolution entre le primitif et le civilisé conduit également de l'individuel au collectif.


La Völkerpsychologie en Allemagne

Cette possibilité inscrite dans le projet de la psychologie expérimentale est actualisée, à la fois, en Allemagne sous la forme de la Völkerpsychologie et en France sous l'étiquette de la psychologie des peuples, parfois nommée psychologie ethnique, dans le contexte d'une rivalité entre les deux nationalismes, allemand et français.
En 1860, Moritz Lazarus et Heymann Steinthal fondent le Zeitschrift für Völkerpsychologie und Sprachwissenschaft (le Journal de psychologie des peuples et de linguistique), dont vingt volumes paraissent jusqu'en 1890. Leur projet interdisciplinaire repose sur la conviction que la psychologie conçue comme science de l'esprit est apte à résoudre scientifiquement la question de l'esprit du peuple. Cette analyse combine deux traditions:

  • Celle qui est issue de la psychologie intellectualiste de Johann Herbart et de la philosophie de l'histoire de Hegel.
  • Celle qui a été initiée par la théorie linguistique de Wilhelm von Humboldt, qui associe langue et histoire de l'humanité.

Cependant, Lazarus et Steinthal échouent à définir la spécificité de leur approche.
Wilhelm Wundt, reconnu pour ses travaux en psychologie physiologique, écrit sur la völkerpsychologie dès 1862. Le dixième volume de sa Völkerpsychologie paraît en 1920. À ses yeux, la psychologie expérimentale et la völkerpsychologie sont les parties d'un même ensemble. En effet, la psychologie ne saurait traiter des seuls phénomènes individuels car le « milieu mental », déterminé principalement par la langue, les coutumes et les croyances, commande le développement de l'individu et est lui-même le fruit des multiples interactions individuelles.


La psychologie des peuples en France

En France, Gustave Le Bon popularise, avec les Lois psychologiques de l'évolution des peuples (1894), la psychologie des peuples sous une version biologiste et racialiste, fondée sur l'hérédité porteuse du seul héritage légitime.
Cependant, Alfred Fouillée réagit contre ce biologisme de Le Bon en historicisant la notion de peuple et Émile Boutmy engage à sa suite l'analyse psychopolitique des nations modernes. Dans cette lignée, il faut citer les travaux d'André Siegfried (l'Âme des peuples, 1950) et d'Abel Miroglio dans la Revue de psychologie des peuples.


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