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La définition de Horde primitive


Une horde primitive désigne un groupe humain, placé sous l'autorité d'un père tout-puissant, qui représenterait la forme primitive de l'organisation sociale, et dont l'évolution ultérieure éclairerait le développement de la religion et des liens sociaux.


La horde primitive en psychanalyse

C'est dans Totem et Tabou que Sigmund Freud décrit pour la première fois, à partir de divers textes anthropologiques, la horde primitive comme étape essentielle du passé de l'humanité. Cette œuvre, il la présente comme une « interprétation par la psychanalyse de la vie sociale des peuples primitifs ». Il est clair que bien des éléments qui constituaient le point de départ de Freud étaient entachés des limites du savoir de l'époque (notamment sur le totémisme). Mais le principal intérêt de l'ouvrage est, de toute façon, à situer ailleurs. Il s'agit moins d'éclairer par la psychanalyse les origines de l'humanité que d'introduire un nouveau mythe, en donnant à ce terme une valeur positive, c'est-à-dire de le considérer comme la présentation sous forme de récit d'une vérité essentielle pour l'être humain. En ce sens, le mythe de la horde primitive reprend et infléchit celui de l'œdipe.
La rédaction de Totem et Tabou occupe Freud pendant plusieurs mois, de septembre 1911 à juin 1912. Il se plaint souvent, dans ses lettres, du mal qu'elle lui donne et il en critique les premiers chapitres. Il devait pourtant considérer que cet ouvrage était le meilleur qu'il ait écrit avec L'interprétation des rêves. C'est dire la valeur qu'il attribuait au dernier chapitre, qui concerne la horde primitive. Avant ce chapitre, Freud a d'abord développé un premier chapitre traitant des précautions très complexes des primitifs pour éviter toute possibilité d'inceste ou tout ce qui pourrait lui ressembler. Un deuxième chapitre sur le tabou, qu'il décrit comme un renoncement comparable à la symptomatologie des individus obsessionnels. Enfin, un troisième chapitre sur l'animisme, la magie et la toute-puissance de la pensée. Là aussi, le phénomène étudié, la croyance en la toute-puissance des désirs, est rapproché de modes de pensées névrotiques, ainsi que du narcissisme infantile.


La théorie de Freud sur la horde primitive

C'est dans le cadre d'une présentation générale du totémisme que Freud introduit ensuite ce qui concerne la horde primitive. Il pense s'appuyer sur différents auteurs comme Wilhelm Wundt, Salomon Reinach, ou James Frazer, pour décrire la culture totémique, « phase de transition entre l'humanité primitive et l'époque des héros et des dieux ». Dans cette culture, chaque groupe se reconnaît rattaché à un être particulier (généralement un animal) par les liens d'une origine commune. Cela entraîne toute une série d'interdictions pour le groupe, notamment celle de tuer et de manger la chair de l'animal en question, sauf de façon rituelle, en certaines occasions particulières. Par ailleurs, les membres d'un clan totémique se doivent entraide et protection mais ne peuvent se marier entre eux (exogamie).
Après une critique d'un grand nombre d'explications du totémisme, Freud se réfère, pour introduire sa propre théorie, à une hypothèse de Charles Darwin sur l'état social primitif de l'humanité. D'après celle-ci, l'homme aurait vécu primitivement en petites hordes à l'intérieur desquelles le mâle le plus âgé et le plus fort se réservait les femmes et les filles de la horde. Par ailleurs, il s'appuie sur l'expérience psychanalytique, sur la clinique de la phobie (avec les peurs d'animaux), mais également sur certains cas de totémisme positif chez des enfants, pour établir que l'animal totémique, comme celui de la phobie, est selon toute vraisemblance le père. Enfin, il reprend la théorie formulée par Robertson Smith, dans son livre The Religion of the Semites, selon laquelle « la mise à mort sacramentelle et la consommation en commun de l'animal totémique, prohibées en temps normal, doivent être considérées comme des caractères très significatifs de la religion totémique ».
À partir de là, tous les éléments sont rassemblés et Freud peut formuler sa théorie. Dans la horde primitive, les fils, auxquels le père interdit l'accès aux femmes, se révoltent, tuent le père et le mangent. Tous les instincts se déchaînent au cours d'une fête. Mais le complexe paternel est ambivalent. Le père était haï, mais aussi aimé et admiré. Les fils, après leur crime, ressentent un fort sentiment de culpabilité. Loin de se partager leurs mères et leurs sœurs, ils y renoncent et instituent l'exogamie. Seul le sacrifice de l'animal totémique, avec la consommation de sa chair, va commémorer, à une date rituelle, l'événement originaire.


La horde primitive et le mythe d'œdipe

Freud reprendra plusieurs fois cette théorie du meurtre du père, à laquelle il tenait. Si nous lui donnons à présent la valeur d'un mythe, qu'est-ce que ce mythe peut éclairer? Il est évident qu'il reprend le mythe d'œdipe. Mais on peut relever, à la suite de Jacques Lacan, que ce n'est pas sans le modifier profondément.
Dans le mythe d'œdipe, ce qui semble primordial, c'est la loi. Celle-ci « exerce ses rétorsions, écrit Lacan, même quand les coupables n'y ont contrevenu qu'innocemment ». En revanche, dans Totem et Tabou, ce qui est premier, c'est la jouissance: cette jouissance du père, mythique d'être celle de toutes les femmes. Ce n'est qu'ensuite, après le meurtre du père, que les frères réunis s'imposent une loi. Cette place différente du père de la horde et des frères constitue une façon de donner sens, chez Lacan, à la partie gauche des formules de la sexuation, celles où l'on s'inscrit en tant qu'homme (différent des femmes et non appartenant au genre humain).
Mais peut-être prend-elle aussi aujourd'hui, en tant que mythe, une valeur nouvelle. À une époque où la place du père apparaît particulièrement problématique, ce mythe vient sans doute rappeler que la fonction du père n'est pas essentiellement d'interdire (à ce titre, il n'intervient qu'en tant que représentant d'une loi qu'il ne décrète pas lui-même). Elle est plutôt de permettre le désir, et le fait qu'il soit lui-même un peu en règle avec le sien n'y est pas pour rien.


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