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La définition de Objet


Un objet désigne une structure de connaissance qui est supposée s'appliquer aux objets physiques et à un certain nombre d'entités abstraites. Chez l'adulte, la structure cognitive d'objet est universelle. Elle est considérée, selon les théories, soit comme innée, soit comme acquise empiriquement. Chez l'enfant, la permanence de l'objet apparaît entre 3 mois et demi et 4 mois.


L'objet de la pulsion en psychanalyse

En psychanalyse, l'objet désigne ce qui est visé par l'individu dans la pulsion, dans l'amour, dans le désir. Pour Sigmund Freud, l'objet de la pulsion est « ce en quoi ou par quoi elle peut atteindre son but ». Il n'est pas lié à elle originairement. Il en est l'élément le plus variable. En effet, la pulsion se déplace d'un objet à l'autre au cours de son destin. Il peut servir à la satisfaction de plusieurs pulsions. Toutefois, il peut être précocement fixé. L'objet de la pulsion ne saurait donc être confondu avec l'objet d'un besoin. Il s'agit d'un fait de langage comme le montre la fixation.
L'un des destins de la pulsion isolé par Freud consiste en un retournement de la pulsion sur la personne propre. Il explique ainsi la genèse de l'exhibitionnisme. Il y aurait d'abord un regard dirigé sur un objet étranger (une pulsion voyeuriste). Puis l'objet est abandonné et la pulsion se retourne sur une partie du corps propre. Enfin s'introduit « un nouveau sujet auquel on se montre pour être regardé ».


L'objet d'amour en psychanalyse

L'objet d'amour est un habillage de l'objet de la pulsion. Freud reconnaît que le cas de l'amour s'accorde difficilement avec sa description des pulsions:

  • S'il ne peut être assimilé à une simple pulsion partielle comme le sadisme, le voyeurisme, etc..., il ne saurait pour autant représenter l'expression d'une tendance sexuelle totale (qui n'existe pas).
  • Son destin est plus complexe. Il peut certes se retourner sur la personne propre, mais en plus il peut se transformer en haine. En outre, haine et amour s'opposent tous deux à l'indifférence. L'opposition amour-haine est rapportée par Freud à la polarité « plaisir-déplaisir ».
  • L'amour est une passion du moi total, alors que les pulsions peuvent fonctionner de façon indépendante, autoérotique, avant toute constitution d'un moi.

Freud a toujours soutenu qu'« il n'existe pas un primat génital mais un primat du phallus » (pour les deux sexes). Or, ce phallus n'entre en jeu dans l'amour que par le complexe de castration. La menace de castration, contingente, ne prend son effet structurant qu'après la découverte de la privation réelle de la mère. Jusqu'alors, le manque de la mère n'était repérable que dans les intervalles, l'entre-dit de ses propos, et l'enfant se plaisait à s'identifier à cet organe imaginaire, le phallus maternel, véritable objet d'amour. La symbolisation d'un manque à cet endroit et l'assomption de son insuffisance réelle à le combler sont décisives pour l'issue du complexe d’œdipe du garçon, pour l'obliger à abandonner ses prétentions sexuelles sur la mère. Cependant, l'une des suites de cet amour œdipien, le phénomène du rabaissement de l'objet sexuel, qui consiste à séparer l'objet idéalisé de l'objet rabaissé, témoigne de la persistance fréquente de la fixation incestueuse à la mère. Ainsi les hommes en viennent fréquemment à une division: « Là où ils aiment, ils ne désirent pas et, là où ils désirent, ils n'aiment pas. »
Cette division entre amour et désir reproduit la différence freudienne entre pulsions d'autoconservation et pulsions sexuelles. L'amour a partie liée avec le besoin. Tout ce qui perturbe l'homéostasie du moi provoque du déplaisir, est haï. Mais tout objet qui apporte le plaisir, en tant qu'étranger, menace aussi la parfaite tranquillité du moi, déclenche une part de haine. Lié au plaisir, c'est-à-dire à la moindre tension compatible avec la vie, l'amour n'est guère armé pour investir les objets. Aussi bien doit-il être soutenu par les vraies pulsions, les pulsions sexuelles partielles. Ainsi, l'objet d'amour devient l'habillage de l'objet de la pulsion. Pour sa mise en acte et pour le choix d'objet, l'amour est tributaire du discours social: les formes de l'amour varient selon les temps et les lieux.
L'amour connaît également un versant passionnel dû à ce qu'il engage le moi total, l'unité du moi. Freud avait noté qu'il n'existait pas « dès le début, dans l'individu, une unité comparable au moi »... « Une nouvelle action psychique doit donc venir s'ajouter à l'autoérotisme pour donner forme au narcissisme ». Ce fut l'une des toutes premières contributions de Jacques Lacan à la psychanalyse que d'avoir montré que cette nouvelle action psychique était la reconnaissance par le nourrisson, encore incoordonné dans sa motricité, de la forme unifiée de son corps dans sa propre image dans le miroir, pourvu qu'elle soit reconnue par l'Autre. Que l'unité du moi dépende d'une image reconnue par la parole de l'Autre explique deux choses:

  • La tension agressive envers cette image rivale autant que son pouvoir de fascination. Ce sont les caractères propres à toute relation duelle.
  • Le moi ne se voit aimable qu'à la condition de se régler sur ce signe de reconnaissance.

Cependant, l'investissement du moi idéal n'est pas total. Une partie de la libido reste attachée au corps propre. Le noyau autoérotique manque à l'image aimée et c'est précisément pour ce manque que l'objet est aimé. C'est pour autant qu'elle n'a pas le phallus qu'une femme peut le devenir pour un homme.


L'objet d'identification

On a vu comment Lacan situait l'idéal du moi dans ce trait formel d'assentiment de l'Autre. Ce trait tire sa puissance de l'état de détresse du nourrisson face à la toute-puissance de l'Autre. Ainsi, Lacan rapproche l'idéal du moi de ce trait unaire que le moi, selon Freud, emprunte à l'objet d'amour pour s'identifier à lui par un symptôme. Selon ce processus, « l'identification prend la place du choix d'objet, le choix d'objet régresse jusqu'à l'identification ». En effet, pour Freud, l'identification est la forme la plus précoce et la plus originaire du lien affectif à une autre personne.
Une première identification se ferait d'abord au père. Elle met en place l'idéal du moi et rend ainsi possible l'énamoration, c'est-à-dire que dans l'état amoureux, « l'objet se met à la place de l'idéal du moi ». Le même mécanisme explique l'hypnose ainsi que le phénomène de la foule et de sa soumission au meneur. En effet, « Une foule primaire (non organisée) est une somme d'individus qui ont mis un seul et même objet à la place de leur idéal du moi et se sont en conséquence, dans leur moi, identifiés les uns aux autres. »


L'objet perdu

L'identification réduit l'objet à un trait unique et se fait donc au prix d'une perte. Selon le principe de plaisir, l'appareil psychique se satisferait de représentations agréables, mais le principe de réalité l'oblige à formuler un jugement non seulement sur la qualité de l'objet, mais sur sa présence réelle. Selon Freud, « la fin première et immédiate de l'épreuve de réalité n'est donc pas de trouver dans la perception réelle un objet correspondant au représenté mais de le retrouver, de se convaincre qu'il est encore présent ». Or, du fait de l'accès au langage, l'objet est définitivement perdu, en même temps qu'il est constitué.
Pour Lacan, « c'est cet objet, das Ding, en tant qu'autre absolu du sujet qu'il s'agit de retrouver. On le retrouve tout au plus comme regret. Ce n'est pas lui qu'on retrouve mais ses coordonnées de plaisir ». Il y a donc un objet plus fondamental, das Ding, la Chose comme opposée aux objets substitutifs, qui, elle, est perdue d'entrée de jeu. C'est le souverain bien, la mère interdite par les lois mêmes qui rendent la parole possible.
Ainsi, on peut comprendre, par exemple, le mécanisme de la mélancolie et son potentiel suicidaire. Il s'agit de l'identification non plus à un trait unique de l'objet (au prix de la perte de cet objet) mais identification réelle, sans médiation, à la Chose elle-même, rejetée du monde du langage.


L'objet a

Pour Lacan, l'objet a correspond à l'objet cause du désir. L'objet a n'est pas un objet du monde. Non représentable comme tel, il ne peut être identifié que sous forme d'éclats partiels du corps, réductibles à quatre:

  • l'objet de la succion (le sein),
  • l'objet de l'excrétion (les fèces),
  • la voix,
  • le regard.

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