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La définition de Amour


L'amour désigne un sentiment d'attachement d'un être pour un autre, souvent profond, voire violent, mais qui peut aussi être marqué d'ambivalence et, surtout, qui n'exclut pas le narcissisme.


L'amour selon Freud

À partir du moment où il introduit l'hypothèse des pulsions de mort, Freud se sert volontiers du terme grec éros pour désigner l'ensemble des pulsions de vie (celles-ci incluent les pulsions sexuelles et les pulsions d'auto-conservation) qui s'y opposent. Un tel usage pourrait être trompeur car Éros n'est autre que le dieu grec de l'Amour. Serait-ce dans l'amour qu'il faudrait chercher la force qui mène le monde, la seule capable de s'opposer à Thanatos, la mort?
D'un point de vue freudien, une telle conception serait tout à fait critiquable. En effet, elle reviendrait à effacer le rôle déterminant de ce qui est sexuel dans l'existence humaine. C'est pour cela qu'il faut plutôt prêter attention à ce qui distingue amour et désir. Par exemple, Freud souligne que beaucoup d'hommes ne peuvent désirer la femme qu'ils aiment, ni aimer la femme qu'ils désirent. C'est sans doute parce que la femme aimée, et respectée, d'une certaine façon trop proche de la mère, se trouve par là interdite.
Dès lors, on comprend que les questions de l'amour et de la sexualité soient traitées parallèlement, sinon séparément. C'est le cas notamment dans un article comme Pulsions et destins des pulsions (1915). Freud y étudie longuement le sort des pulsions sexuelles (renversement de l'activité en passivité, retournement sur la personne propre, refoulement, sublimation). Et ce n'est qu'après tout ce cheminement qu'il fait valoir la singularité de l'amour: lui seul peut être renversé quant au contenu, dès lors qu'il n'est pas rare qu'il se transforme en haine.
De fait, l'individu peut en venir à haïr l'être qu'il aimait. Il peut aussi avoir des sentiments mêlés, sentiments qui unissent un profond amour et une haine non moins puissante pour la même personne: c'est le sens le plus strict qu'il soit possible de donner à la notion d'ambivalence. Cette ambivalence s'explique du fait de l'aliénation qu'il peut y avoir dans l'amour: pour qui a renoncé à toute volonté propre dans la dépendance amoureuse, on conçoit que la haine puisse accompagner l'attachement passionnel, l'énamoration. Mais il reste précisément à rendre compte de cette aliénation.


L'amour et le narcissisme en psychanalyse

Pour rendre compte de cette aliénation, il est nécessaire d'aborder ce que la psychanalyse a pu repérer en ce qui concerne le rôle du narcissisme pour l'être humain. Dans son article Pour introduire le narcissisme (1914), Freud rappelle que certains hommes, comme les pervers et les homosexuels, « ne choisissent pas leur objet d'amour ultérieur sur le modèle de la mère, mais bien sur celui de leur propre personne ». « De toute évidence, ils se cherchent eux-mêmes comme objets d'amour, en présentant le type de choix d'objets que l'on peut nommer narcissique. » Plus souvent encore, selon Freud, les femmes aiment « selon le type narcissique ». « De telles femmes, dit Freud, n'aiment, à strictement parler, qu'elles-mêmes, à peu près aussi intensément que l'homme les aime. Leur besoin ne les fait pas tendre à aimer, mais à être aimées, et leur plaît l'homme qui remplit cette condition. »
On peut certes discuter l'importance que Freud donne au narcissisme, et éventuellement la différence qu'il établit sur ce point entre les femmes et les hommes. Mais l'important est ailleurs ; c'est que l'on ne peut pas nier que, souvent, l'amour apparent pour autrui dissimule un amour beaucoup plus réel de sa propre personne. Comment ne pas voir que la personne aime le plus souvent l'autre en tant qu'il est fait à son image, ou encore en tant qu'il renvoie de lui-même une image favorable.
Ce type d'analyse a été longuement développé par Lacan. Pour lui, le moi n'est pas cette instance régulatrice qui établirait un équilibre entre les exigences du surmoi et celles du ça, en fonction de la réalité. Il est fait, de par sa constitution même, de cette image où l'individu a pu se constituer comme totalité achevée, où il a pu se reconnaître, où il a pu s'aimer. C'est là la dimension où s'enracine ce qu'il y a de fondamentalement narcissique dans l'amour humain, s'il est vrai que c'est toujours de l'individu qu'il s'agit dans ce qu'il peut aimer dans l'autre. Et pourtant, on ne saurait réduire l'amour à cette dimension.


Le manque et le père

Plus nettement encore que pour le désir, dont l'objet manquant peut toujours se projeter sur un écran (comme dans le fétichisme ou la perversion), l'amour ne vise aucun objet concret, aucun objet matériel. C'est assez évident, par exemple, chez l'enfant, dont les demandes incessantes n'ont pas pour but d'obtenir les objets qu'il réclame, mais le signe de l'amour que le don vient rappeler. En ce sens, comme le dit Lacan, « aimer, c'est donner ce qu'on n'a pas ». Et il est visible aussi que l'amant qui vante sa bien-aimée en se plaignant seulement de quelque insatisfaction l'aime surtout pour ce qui lui manque, car c'est la seule façon de s'assurer qu'elle ne vient pas boucher, par une réponse trop ajustée, le désir qu'il peut avoir d'elle.
Ainsi, c'est dans la demande que se nouent le désir et l'amour. L'homme n'étant pas réductible à un être de besoin, sa demande ouvre la porte à l'insatisfaction.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que c'est la castration, l'interdit, qui vient inscrire le manque pour l'être humain. Dès lors, si l'individu aime l'autre en fonction de ce manque, son amour se détermine d'abord pour celui auquel il attribue cette opération de la castration. C'est pourquoi l'amour de l'individu est d'abord un amour pour le père, sur quoi va reposer aussi l'identification première, constitutive de l'individu lui-même.


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