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La définition de Identification


L'identification correspond à la reconnaissance, perceptive ou cognitive, d'un objet ou d'un événement, soit comme un exemplaire d'une catégorie connue (identité catégorielle), soit comme une personne ou un objet familiers (identité individuelle), soit comme la représentation, totalement superposable, congruente, d'un autre objet, présent ou vu précédemment (identité logique).


La formation de l'identification

Chaque structure cognitive conserve l'expérience passée sous plusieurs formes:

  • les actions,
  • les représentations imagées,
  • les codages symboliques.

Chez le nourrisson de quelques semaines, l'identification s'opère par référence à des actions:

  • les schèmes sensorimoteurs de Jean Piaget,
  • les représentations actives de Jerome Bruner.

Dès la fin de la première année apparaissent des identifications en référence à des structures imagées. Ces dernières ne sont pas des copies du réel mais le fruit d'une sélection d'une partie des informations fournies par les objets-stimulus. Les schèmes empiriques de Piaget, les modèles internes de Georges-Henri Luquet, les prototypes de Bruner et autres auteurs, les invariants des premières catégories non logiques sont des structures imagées à partir desquelles les enfants de 2 à 7 ans identifient personnes et objets.


Les facteurs d'identification

Plusieurs facteurs influent sur le degré de pertinence des réponses d'identification:

  • Une soumission, d'autant plus forte que l'enfant est plus jeune, aux lois d'organisation perceptive et aux relations entre le tout et ses parties. Car l'identification porte toujours sur les unités en lesquelles l'enfant organise ce qu'il perçoit.
  • La qualité des structures représentatives: il s'agit de la richesse, du degré d'organisation.
  • Le degré de vérification que s'impose l'enfant. Va-t-il se contenter de sa première identification quand son modèle, pauvre, se limite à la présence d'un détail caractéristique? ou bien vérifier son hypothèse initiale en examinant les autres détails?

L'évolution avec l'âge se fait dans le sens d'une diminution de l'influence d'une structuration perceptive rigide, d'une augmentation de la richesse et du nombre de modèles représentatifs du répertoire personnel de l'enfant, et enfin, de ses exigences.


L'identification selon Freud

Ce n'est que tardivement, lors du bouleversement de sa doctrine, autour de 1920, que Sigmund Freud va mettre au premier plan l'identification, sans parvenir cependant à lui donner véritablement son statut. En tout cas, elle est le point autour duquel s'ordonne la totalité du texte Psychologie collective et analyse du moi (1921). Freud y décrit trois formes.
La deuxième et la troisième sont mises en place par Freud à partir d'exemples cliniques de symptômes névrotiques. La deuxième identification rend compte du symptôme par une substitution de l'individu, soit à la personne qui suscite son hostilité, soit à celle qui est l'objet d'un penchant érotique. L'exemple est celui de la toux, celle de Dora justement, dans le deuxième cas. C'est à propos de ce deuxième type d'identification que Freud insiste sur son caractère partiel et emploie l'expression d'einziger Zug (trait unitaire), qui servira de départ à Jacques Lacan pour un usage beaucoup plus ample.
La troisième, dite hystérique, Freud la motive par la rencontre fortuite d'un élément analogue et refoulé dans les deux moi en cause. L'identification se trouve ici décrite comme l'emprunt d'un élément ponctuel à une autre personne, détestée, aimée ou indifférente, rendant compte d'une formation symptomatique. Rien ne s'oppose à ce que cet emprunt soit tel qu'il ne comporte aucun désagrément pour l'individu. D'ailleurs, dans d'autres textes, Freud dit que le moi est en grande partie constitué par ces emprunts, ce qui équivaut à lui donner la valeur d'une formation symptomatique. Les deux facteurs constituants du symptôme rappelés au début, la complaisance somatique et la représentation d'un fantasme inconscient, ont disparu. Par contre, ce qui s'y trouve maintenu, d'une certaine manière, c'est le caractère de compromis permettant la satisfaction pulsionnelle sous une forme déguisée.
La forme d'identification décrite en premier par Freud est la plus énigmatique. En effet, quel sens donner à la formule: attachement affectif le plus ancien à une autre personne puisque, justement, il n'y a pas encore d'objet constitué au sens de la doctrine? De quel ordre est ce père que le petit garçon constitue comme son idéal alors que, dans une note de l'ouvrage Le moi et le ça (1923), Freud dit qu'il vaudrait mieux parler des parents à ce moment où la différence des sexes n'a pas encore été prise en considération? Rien de sexuel n'intervient ici puisqu'il n'y a rien de passif ni de féminin. Il s'agit incontestablement de quelque chose qui est premier et qui nous est donné comme la condition de la mise en place de l'œdipe, faute de quoi l'individu ne pourrait même pas accéder à cette problématique. Selon Freud, son devenir dans le sujet peut nous éclairer. Le surmoi, c'est d'abord cette première identification et il « gardera durant toute la vie le caractère qui lui est conféré par son origine dans le complexe paternel ». Il sera simplement modifié par le complexe d'œdipe et il ne peut « renier son origine acoustique ».
La question se trouve alors posée: y a-t-il un rapport ou non entre cette identification et les deux autres, celles-ci ne se distinguant que par la nature libidinale ou non du rapport à l'objet inducteur? Dans l'application qu'il en fait à la constitution d'une foule, Freud maintient une séparation puisque, le même objet ayant remplacé l'idéal du moi de chacun des membres de la foule, l'identification du troisième type va alors pouvoir se manifester entre chacun d'eux. Il y a donc bien, ici, sous la même dénomination, deux modalités qu'il convient de maintenir distinctes. Cette position est confirmée dans le Moi et le Ça, lorsque Freud fait dépendre les identifications constitutives du moi de l'idéal du moi.
Dans l'usage que Freud fait des identifications successives au cours de diverses situations cliniques, la différence s'accentue. L'idéal du moi garde immuablement son caractère originaire, mais les autres formes d'identification entretiennent avec l'investissement objectal des rapports problématiques. L'identification succède à un investissement objectal auquel l'individu doit renoncer, ce renoncement dans la réalité allant de pair avec une forme de maintien dans l'inconscient qu'assure l'identification. Il en est ainsi, selon Freud, dans le cas de l'homosexualité masculine.
Mais ailleurs, dans Deuil et Mélancolie, Freud présente l'identification comme le stade préliminaire du choix objectal. Il en serait ainsi dans la mélancolie, où Freud donne à ce qu'il appelle le conflit ambivalentiel un rôle plus essentiel qu'au phénomène identificatoire, comme plus tard aussi dans la paranoïa de persécution où la transformation paranoïaque de l'amour en haine est justifiée par le déplacement réactionnel de l'investissement à partir d'une ambivalence de fond. Mais il s'agit ici, pour Freud, d'exclure le passage direct de l'amour à la haine, c'est-à-dire de maintenir la validité de l'hypothèse qu'il vient de formuler récemment en opposant aux instincts sexuels l'instinct de mort. Mais le point qui importe ici est la sorte de réversibilité, de concomitance à l'occasion, qui semble ressortir de la lecture de Freud entre l'identification et l'investissement d'objet.
Certes, Freud répète avec insistance qu'il importe de maintenir la distinction: l'identification, c'est ce qu'on voudrait être, l'objet, ce qu'on voudrait avoir. Bien sûr, le fait d'instituer deux notions distinctes n'exclut pas a priori qu'on puisse faire valoir des rapports entre elles, des passages de l'une à l'autre. Il n'en reste pas moins qu'un embarras persiste quant à la notion d'identification, Freud lui-même ayant explicitement renoncé à l'élaborer métapsychologiquement tout en lui conservant une fonction importante. Ce qui apparaît de plus assuré, c'est une différence radicale entre la première identification, issue du complexe paternel, et les autres, dont la fonction principale semble être de la résoudre en la fixant à une tension relationnelle avec un objet. C'est bien ce qui ressort de tout cet échafaudage identificatoire par quoi le moi se constitue et voit définir son caractère. On peut admettre que là se trouve ébauché ce qui servira de départ à Jacques Lacan. Une des thèses du Moi et le Ça, c'est que le moi se construit en empruntant au ça l'énergie nécessaire pour s'identifier aux objets choisis par le ça, réalisant ainsi un compromis entre les exigences pulsionnelles de l'idéal du moi et avouant ainsi sa nature de symptôme. C'est dire, en même temps, le caractère fondamentalement narcissique de l'identification et la nécessité de trouver pour l'idéal du moi un statut qui le distingue radicalement.


L'identification selon Lacan

Il est tout à fait remarquable que le terme d'identification soit repris par Lacan dès le début de sa réflexion théorique puisque la thèse concernant la phase du miroir se trouve ramenée pour conclure à l'assomption de l'image spéculaire conçue comme fondatrice de l'instance du moi. Celui-ci voit donc son statut définitivement assuré dans l'ordre imaginaire. Cette identification narcissique originaire sera le point de départ des séries identificatoires dont le moi se trouvera constitué, leur fonction étant une fonction de normalisation libidinale. Enfin, l'image spéculaire formera, pour l'individu, le seuil du monde visible.
Ce n'est que beaucoup plus tard que Lacan introduira la distinction essentielle entre moi idéal et idéal du moi, nécessaire pour une lecture cohérente de Freud, la proximité des deux expressions masquant trop facilement leur nature fondamentalement différente, imaginaire pour la première, symbolique pour la seconde. Mais c'est avec le séminaire qui est entièrement consacré à l'identification que Lacan essaie de faire valoir les conséquences les plus radicales des positions de Freud. L'identification y est envisagée comme identification de signifiant, ce que son opposition à l'identification narcissique permet de situer provisoirement. En fait, la vraie question, posée d'emblée, est de dire comment il convient d'entendre chacun des deux termes, identification et signifiant, et, dans la mesure où nous allons avoir affaire à quelque chose de fondamental quant à l'ordonnancement correct de l'expérience, il n'y aura pas lieu de s'étonner que la démarche ici soit d'allure logicisante. Le signifiant est dans la langue au croisement de la parole et du langage, croisement que Lacan appelle lalangue. Le signifiant connote la différence à l'état pur. La lettre qui le manifeste dans l'écriture le distingue radicalement du signe.
Avant tout, il convient de rappeler, faute de quoi l'élaboration de Lacan serait impossible ou insoutenable, que l'individu se trouve « profondément remanié par les effets de rétroaction du signifiant impliqués dans la parole ». Il faut, comme le propose Lacan, partir de l'idéal du moi envisagé comme point concret d'identification de l'individu au signifiant radical. L'individu, du fait qu'il parle, avance dans la chaîne des énoncés qui définissent la marge de liberté qui sera laissée à son énonciation. Celle-ci élide quelque chose qu'il ne peut pas savoir, le nom de ce qu'il est comme sujet de l'énonciation. Le signifiant ainsi élidé est au mieux exemplifié par le trait unaire, et cette élision est constituante pour le sujet. « Autrement dit, si jamais le sujet, ce qui est son but depuis le temps de Parménide, arrive à l'identification, à l'affirmation que c'est le même que de penser et être, à ce moment-là, il se trouvera lui-même irrémédiablement divisé entre son désir et son idéal. »
Ainsi se trouve constituée une première morphologie subjective que Lacan symbolise à l'aide de l'image du tore, le sujet, représenté par un signifiant, se trouvant alors en position d'extériorité par rapport à son Autre, où se trouvent rassemblés tous les autres signifiants. Alors va pouvoir s'inaugurer, sous l'effet de l'automatisme de répétition, la dialectique des demandes du sujet et de l'Autre, celle-ci incluant d'entrée de jeu l'objet du désir.


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