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Mollie Fancher est morte. Un cas des plus extraordinaires de personnalités multiples et alternantes, accompagnées de clairvoyance - Partie 2

(Annales des sciences psychiques

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Le plus extraordinaire, c'est que son état mental, loin de devenir plus mauvais, se perfectionna progressivement par le développement des facultés qu'on appelle médiumniques, et qu'elle a conservées depuis lors. Elle lit parfaitement des lettres fermées et cachetées, sans les tenir dans la main; elle voit ce qui se passe dans les habitations même très éloignées, décrivant avec exactitude les êtres, la toilette des personnes, leurs occupations actuelles, etc. Il n'existe pas d'obstacle matériel pour l'exercice de celle faculté de voyance, chez elle; elle voit les personnes quand elle le veut, dans quelque quartier de la ville qu'elles se trouvent et annonce toujours l'arrivée de celles qui sont en route pour la visiter. Elle se lient au courant des nouvelles et lit toujours avidement les journaux et les livres. Sa conversation est quelquefois assez brillante, bien qu'entrecoupée de paroxysmes douloureux qui lui font ardemment désirer la mort, car celle-ci n'est, à son idée, que l'entrée dans une vie supérieure, exemple de souffrances.

A la fin de la période des neuf années, dont nous avons parlé plus haut, Mollie Fancher tomba dans un état si complet de catalepsie qu'on la crut morte; mais au bout d'un mois, le bras droit se relâcha enfin, les jambes se redressèrent, les mains se rouvrirent, le corps reprit sa souplesse, et elle recouvra la vie et son entière connaissance. Grand fut son émoi quand, pensant n'avoir dormi qu'une nuit, elle apprit qu'elle sortait d'une période d'oubli de neuf années; elle en éprouva un grand chagrin; c'était une lacune absolue dans sa vie. Lorsqu'on lui raconta toutes les merveilles qu'elle avait accomplies durant ce laps de temps et qu'on lui montra le magnifique travail de ses propres mains, elle ne voulut pas y croire, se sentant incapable de rien faire de si artistique.

Un jour, par la suite, comme elle feuilletait le journal qu'elle avait écrit avec son poing, pendant une si longue série d'années, et cherchait à se rendre compte de ce fait extraordinaire, elle s'écria:

« En examinant ces fleurs de cire, que j'ai faites de mes propres mains, je ne puis penser qu'elles sont mon oeuvre, et j'éprouve même une certaine répugnance à les regarder, car elles me font en quelque sorte l'effet d'avoir été confectionnées par une morte. Je sens qu'il y a cinq Mollie, mais qui ou quoi elles sont, je ne saurais le dire ni me l'expliquer. Je suis inconsciente de tout ce qui m'arrive dans l'état de transe, mais quelquefois je me rends compte bien nettement de l'endroit, où j'ai été et de ce que j'ai vu. Je constate avec satisfaction que j'ai pu, d'une façon que je ne m'explique pas, quitter mon corps et me rendre au milieu des personnes qui me sont chères. Dans mes migrations, je puis voir dans toutes les directions sans être gênée par aucune opacité ni aucun obstacle matériel. Parfois, je me trouve dans des régions très élevées de l'espace où je vois souvent ma mère et d'autres amis. D'autres fois, quand je me sens déprimée, je puis même entendre la tendre voix de ma mère m'exhorter à prendre courage. »

le Prof. William R. Newbold, de l'Université de Pennsylvanie, s'occupant dans les Proccedings of the Society for Psychical Research de juillet 1896 de l'ouvrage du Juge Dailey, dont nous avons parlé plus haut, se plaint qu'il constitue un récit assez décousu, tiré d'un journal rédigé par une amie de Miss Fancher, d'une série de déclarations signées par des amis, et d'une suite d'articles ayant paru dans les journaux quotidiens. M. Dailey ne se montre pas familier avec les méthodes de critique qui ont été mises en usage surtout par la S.P.R. relativement aux recherches psychiques.

Ainsi, durant ses années de cécité, Miss Fancher avait convaincu ses amis qu'elle possédait des facultés supernormales de vision. On assure qu'à plusieurs reprises elle lut des lettres cachetées, décrivit des événements à distance et trouva des objets qui avaient été égarés. Elle pensait voir aussi le monde des esprits, tout en montrant beaucoup de réticence quand elle touchait à cette question. Le Professeur Newbold montre que le Juge Dailey ne fournit pas tous les détails nécessaires pour qu'il soit possible de juger exactement des faits. Voici l'un des exemples qu'il cite.

Le Prof. Parkhurst soumit à Miss Fancher une enveloppe cachetée contenant une coupure de papier imprimé, dont lui-même ignorait le contenu. Elle lui dit que le papier contenait les mots « court », « juridiction » et les chiffres 6, 2, 3, 4. Le professeur prit note de cela, emporta l'enveloppe encore cachetée, lut l'affirmation de Miss Fancher à deux amis, et ouvrit l'enveloppe en leur présence. On constata alors que la déclaration de Miss Fancher était exacte. Mais on ne nous dit pas si les caractères d'imprimerie étaient gros ou petits, quelle était l'épaisseur du papier qui les couvrait, combien de temps Mollie Fancher garda l'enveloppe, et si celle-ci resta en sa possession pendant que M. Parkhurst n'était pas présent.

Le Dr Speir affirme que Miss Fancher écrivit une fois pour lui sur une ardoise le contenu d'une lettre qui venait de lui être apportée par le facteur, et qui n'avait pas encore été ouverte.

Le Juge Dailey raconte que Miss Fancher lui dit un soir l'avoir vu avec un monsieur dont elle donna la description. M. Dailey se souvint d'avoir passé la soirée avec un certain M. Sisson. Ce dernier ayant été la trouver, quelques mois plus tard, avec une autre personne, la malade le reconnut comme le monsieur qu'elle avait vu converser aven M. Dailey.

Mais tous ces cas ne sont certainement pas présentés avec tous les détails qui sont nécessaires pour qu'on puisse juger exactement de leur valeur, et ce, malgré qu'ils soient accompagnés des déclarations signées de divers témoins.

En somme, comme le remarque le Prof. Newbold, les personnes qui admettent déjà la possibilité de la clairvoyance sentent fort bien, en lisant l'ouvrage du Juge Dailey, que Miss Fancher dut jouir de facultés supernormales remarquables. Mais ceux qui contestent ces faits ne seront pas aisément convaincus par cet ouvrage.

« On peut facilement comprendre la répugnance qu'éprouvait Miss Fancher à se soumettre à la Commission d'experts suggérée par la Société Médico-légale de New-York — conclut le Prof. Newbold — mais il est bien regrettable que ses amis aient laissé que la valeur d'un cas pareil ait été à peu près perdue par pure négligence. »

Il y a un an, Mollie Fancher manifesta le désir que, puisque elle avait souffert si longuement; elle pût vivre encore douze mois pour pouvoir célébrer le cinquantième anniversaire de sa maladie. Cette date se présenta enfin le 3 février dernier. A cette occasion, l'appartement de la patiente fut transformé par l'amabilité d'un fleuriste de Brooklyn en un vrai parterre de fleurs; Mollie elle-même, soutenue par des coussins, resta sur son séant durant plusieurs heures, recevant les visiteurs — les amis de Mollie étaient légion — s'intéressant aux cadeaux qui lui avaient été présentés et aux innombrables souhaits que lui apportaient une foule de lettres et de télégrammes. Son désir avait été satisfait, mais elle ne survécut qu'une seule semaine.

Parmi les souhaits qui lui furent adressés à cette occasion, se trouvait un poème de Miss Lilian Whiting, la poétesse américaine bien connue, qui a collaboré à notre revue il y a quelques années. Ce poème était dédié « à Mollie Fancher, qui a si noblement et courageusement transformé une vie de souffrance en une vie de service »... Il portait en exergue ces vers de Vaughn Moody:

Of wounds and sore defeat
I made my battle stay;
Winged sandals for my feet
I wove of my delay.


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