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(Mise à jour: Mai 2014)

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Jusqu'à quel point se soumet-on à l’autorité ?


Un individu ordinaire peut-il devenir un véritable tortionnaire? Des psychologues et philosophes ont commencé à se poser cette question après avoir constaté que les résultats des multiples tests effectués sur d'anciens tortionnaires nazis ne permettaient pas de les distinguer des personnes normales (c'est-à-dire ne présentant pas de trouble psychologique).
Le psychologue Stanley Milgram en a déduit que ce sont surtout les situations auxquelles sont confrontés les individus qui influencent leur l'action. Pour vérifier cette hypothèse, ce scientifique a réalisé une expérience sur la soumission à l'autorité, qui est très vite devenue célèbre au vu des résultats obtenus.


Quelle est donc cette fameuse expérience?

L'expérience de Stanley Milgram s'est déroulée de 1960 à 1963. Elle montre qu'en condition de soumission à l'autorité, n'importe qui est capable de commettre des actes de torture.La finalité était de voir quelle décharge électrique une personne placée dans une situation de soumission à l'autorité est prête à administrer à un autre individu. Pour ce faire, S. Milgram a organisé une expérience scientifique qui portait officiellement sur la mémoire et l'apprentissage: la personne testée devait enseigner à un élève adulte une liste de mots et lui administrer des chocs électriques dès qu'il commettait une erreur.
Évidement, l'élève était en réalité un acteur: il ne recevait pas de chocs électriques, il les simulait. Par ailleurs, l'expérimentateur s'était assuré au préalable que chaque participant était capable de se représenter l'effet produit par une décharge électrique.

Et les résultats obtenus sont consternants: lorsque l'expérimentateur incitait le participant à continuer à infliger des décharges électriques malgré les plaintes, les cris de douleurs et les supplications de l'élève, la majorité sont allés jusqu'à administrer un choc mortel. Voici les résultats de façon plus détaillée:

  • 100% des participants ont administré une décharge de 285 volts.
  • 12,5% sont allés jusqu'à 300 volts.
  • 20% sont allés jusqu'à administrer entre 315 et 360 volts.
  • 65% sont allés jusqu'à 450 volts.

En revanche, lorsque l'expérimentateur n'incitait pas le participant à poursuivre la torture, la plupart (80%) n'ont pas dépassé les 120 volts.

Ainsi, S. Milgram avait vu juste: en situation de soumission à l'autorité, un individu normal peut devenir un véritable bourreau.


Faut-il tout de même prendre en considération d'autres facteurs?

Effectivement, d'autres facteurs peuvent influencer, soit la soumission à l'autorité, soit la barbarie; même si leur importance reste limitée.

En ce qui concerne la soumission à l'autorité, des facteurs tels que la personnalité du "bourreau" ou la distance entre le "tortionnaire" et la personne d'autorité, jouent un rôle dans le choix d'obéir ou de désobéir. En effet, des études ont montré d'une part, que les individus ayant un trait de personnalité "consciencieux" particulièrement prononcé tendent à se soumettre plus facilement à l'autorité; et d'autre part, que plus la distance entre l'individu et la personne d'autorité est grande et moins son autorité a d'influence.

En ce qui concerne les actes de barbarie, la proximité avec la victime joue un rôle important dans l'intensité des actes de torture: plus le bourreau est en contact direct avec la victime et moins ses actes barbares sont intenses et fréquents.


Inspiré des travaux de Stanley Milgram, ainsi que de Jean-Léon Beauvois et de Laurent Bègue.



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