Accueil > Histoire > Les textes classiques publiés dans: Annales des sciences psychiques > Mollie Fancher est morte. Un cas des plus extraordinaires de personnalités multiples et alternantes, accompagnées de clairvoyance

Partie : 1 - 2

Mollie Fancher est morte. Un cas des plus extraordinaires de personnalités multiples et alternantes, accompagnées de clairvoyance - Partie 1

(Annales des sciences psychiques

En , par


Les journaux américains ont dernièrement annoncé la mort de Mollie Fancher. Ce nom auquel restera attaché le souvenir d'un des cas les plus intéressants de dédoublement de la personnalité humaine qui se soient jamais offerts à l'étude du psychologue et du philosophe, a occupé une place considérable dans les journaux, les revues, les ouvrages d'il y a une trentaine d'années, mais il ne dit plus grand chose à la génération actuelle; même l'ouvrage, relativement récent, que lui consacra, vers 1895, le Juge A.H. Dailey, de New-York, est presque complètement oublié en Europe.

Cet ouvrage était intitulé: Mollie Fancher: Who am I? An Enigma (Qui suis-je? Une Énigme).
L'énigme consiste dans les remarquables phénomènes dont fut suivi l'accident qui transforma l'heureuse jeune fille de 16 ans en une invalide, sans espoir de guérison, il y a cinquante ans déjà. Différentes personnalités se succédaient l'une à l'autre en elle, séparées chacune par une période inévitable de spasmes et de convulsions, et chacune prétendait être Mollie Fancher. Chacune était identifiée par certaines portions de la vie précédente de Miss Fancher, et ignorait complètement les autres événements de sa vie.

Il y avait cinq personnalités de cette sorte dans la vie quotidienne de la patiente, en outre d'une qui dura neuf ans, et puis disparut mystérieusement.

Ces personnalités ont reçu un nom pour faciliter leur identification; elles s'appelaient respectivement Sunbeam, ldol, Rosebud, Pearl et Ruby. Sunbeam représentait la personnalité ordinaire, connue par les visiteurs et les amis comme étant celle de Mollie Fancher; mais il est difficile de dire si elle constituait la continuation de la vie de l'heureuse écolière de 16 ans; elle était, en tout cas, distincte de la personnalité qui domina dans les neuf ans qui suivirent l'accident, puisque ni Sunbeam, ni aucune autre des « Mollies » d'aujourd'hui ne s'est manifestée durant ces premières années. Sunbeam (comme les amis de Mollie Fancher appelaient cette dernière) paraissait connaître les détails de la vie entière de Mollie, sauf les neuf années mémorables qui constituent une lacune pour toutes les personnalités également. A vrai dire, Sunbeam insistait pour affirmer que Mollie Fancher était morte; toutefois elle jouait le rôle de la seule Mollie Fancher connue par le monde depuis une cinquantaine d'années.

Mais il arrivait une heure — c'était généralement chaque nuit — où Sunbeam, fatiguée, se retirait dans une subconscience reculée; sa disparition étant accompagnée d'un spasme. Ces spasmes méritent d'être étudiés par les personnes qui s'occupent de ces manifestations anormales; ils semblaient désarticuler les membres depuis le fémur jusqu'à la cheville; il paraît que même les petits os du pied étaient ainsi comme dessoudés. Les médecins disent que les membres étaient restés durant plusieurs années en proie à une triple contorsion. La pauvre malade eut d'ailleurs à souffrir à plusieurs reprises de nouvelles rechutes par suite de convulsions durant lesquelles elle tombait de son lit, malgré la surveillance incessante de ses aimables infirmières.

Quand, le spasme quotidien se terminait, Mollie ne gardait plus aucun souvenir des paroles et des actes de Sunbeam. C'était d'abord la petite Rosebud qui apparaissait. Rosebud affirmait n'avoir que sept ans. Elle reconnaissait bien comme père et mère les parents de Mollie; mais les détails de sa vie à 7 ans, tels que les déplacements de sa famille, les chansons enfantines qu'elle chantait, paraissaient encerclés dans un présent éternel. Il n'y avait pas de développement d'un jour à l'autre, d'une année à l'autre; Rosebud était il y a 40 ans telle qu'elle fut jusqu'au dernier jour. Mais elle ne tardait pas à se fatiguer et, comme Sunbeam, elle passait hors de vue dans le grand inconnu.

Un spasme constituait le requiem quotidien de la pauvre petite Rosebud, à laquelle succédaient l'apparition d'« Idol » et des autres personnalités, dont chacune, une fois fatiguée, disparaissait dans un nouveau spasme, jusqu'au moment où venait encore le tour de Sunbeam.

La malade ne dormait jamais. Ses accès de somnambulisme jouaient le rôle ordinairement assigné par la Nature à cette précieuse fonction.

Idol se souvenait de l'enfance de Mollie et était en état de suivre son existence jusqu'au moment de l'accident qui marqua le début de cette remarquable infirmité.

Pearl connaissait particulièrement les détails de la vie de Miss Fancher qui se déroula peu de temps avant l'accident, se rappelant ses divers professeurs et les jeunes amies d'alors. Ses visites étaient très courtes.

Ruby était vive, pétillante et spirituelle, et avait l'air de savoir beaucoup plus qu'elle ne disait; mais comme pour les autres personnalités, ses souvenirs se trouvaient limités à certaines portions de la vie de la patiente.
Il n'y eut jamais de changement de sexe dans ces manifestations.

Nous croyons utile de reproduire ici une partie de l'article que la Lumière (septembre 1898) consacrait à Mollie Fancher. Relatons d'abord ce que nous savons de Mollie Fancher.

Née, à Attleborough (Massachusetts), le 16 août 1848, elle reçut une excellente éducation. Elle aimait l'équitation et fit un jour une chute de cheval, mais guérit assez vite de ses blessures, sans avoir présenté de symptômes extraordinaires. Mais un jour de juin, en 1865, en descendant d'un tramway en mouvement, elle resta accrochée par ses vêlements, tomba et fut traînée sur le sol à une assez grande distance; ce fut miracle qu'elle ne périt pas. Portée chez sa tante, miss Crossby, de Brooklyn, elles resta là de longues années, jusqu'à la mort de cette tante. Elle souffrit beaucoup des suites de son accident, et au moment où elle commençait à se remettre, elle fut prise, le 3 février 1866, de phénomènes de contracture. Son corps se courba en cercle, de sorte que les pieds allèrent toucher la tête. Le 5 février, elle tomba en catalepsie et resta dans cet état jusqu'à la fin du mois. Lorsqu'elle reprit sa connaissance, ce fut pour perdre la vue, l'ouïe et la parole; les mâchoires se contractèrent et restèrent étroitement fermées, les jambes s'enroulèrent l'une autour de l'autre jusqu'à former un triple tour, le pharynx se contracta de façon à ne plus laisser passer aucun aliment, et l'estomac s'aplatit à un tel point qu'en posant la main sur lui, on arrivait immédiatement sur la colonne vertébrale. Convulsions et catalepsies se succédèrent en alternant d'une manière continue. Lorsqu'elle sortait de l'état cataleptique, il n'y avait pas de sommeil possible pour elle, de sorte que la catalepsie y suppléait, pour ainsi dire.

On pouvait tout au plus faire passer entre ses dents du jus de fruits et de l'eau, et ces substances étaient absorbées par la muqueuse buccale, car rien ne passait dans l'estomac. Elle resta ainsi sans prendre de nourriture, pendant douze ans. Elle n'était plus en communication avec le monde extérieur que par le toucher, et au moyen de celui-ci elle lisait livres et journaux, et distinguait tous les objets et même les couleurs. Pendant les neuf premières années de cet état singulier, les yeux restèrent presque constamment fermés; elle ne les ouvrait que pendant les périodes de relâchement musculaire, mais ne voyait pas. Durant toute cette période, le bras droit resta relevé derrière la tête, et bien que les mains restassent étroitement fermées par la contracture spasmodique des doigts, elle écrivit dans ces neuf années 6500 lettres, fit des travaux de lainage et mis en oeuvre 100000 onces anglaises de cire pour confectionner des fleurs artificielles qu'elle colorait à la perfection. Tout ce travail se faisait au-dessus de sa tête, la main gauche se rapprochant de la main droite; dans le poing gauche fermé étaient fixés le crayon, la plume ou tout autre objet dont elle avait besoin.


Partie : 1 - 2

A lire également :