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(Mise à jour: Février 2015)

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Des troubles psychiques influencés par la culture: le débat


Le contexte culturel influence-t-il l'expression des maladies mentales au point de favoriser le développement de nouveaux troubles psychiques spécifiques d'une société, d'un pays?Les maladies mentales sont-elles les mêmes partout dans le monde ou existe-t-il des troubles mentaux spécifiques de certaines sociétés? Des anthropologues, psychologues et sociologues étudient la question depuis maintenant près d'un siècle...
Certains ont constaté une très grande diversité de syndromes de par le monde; tellement grande qu'ils ont renoncé à toute tentative de classification. D'autres, au contraire, ont mis en évidence de nombreuses similitudes entre les diverses maladies mentales observées dans différents contextes culturels.


Tous les troubles mentaux ont-ils leur équivalent dans les différentes sociétés?

Cette question suscite en réalité un véritable débat dans le monde psychiatrique. Et si l'Association Américaine de Psychiatrie (American Psychiatric Association ou APA) a reconnu officiellement, il y a une vingtaine d'années, l'existence de plusieurs troubles mentaux spécifiques de certaines sociétés, de nombreux scientifiques contestent cette reconnaissance. Ces derniers considèrent que certains de ces troubles ne sont que des variantes des maladies mentales déjà répertoriées dans les pays occidentaux. En voici quelques exemples:

  • Le taijin kyojusho (au Japon): il s'agit d'un trouble anxieux qui se caractérise par la crainte d'offenser autrui, par son apparence ou son odeur. Or ce syndrome pourrait n'être qu'une variante de la phobie sociale, c'est-à-dire de la peur de se conduire de façon embarrassante en public.

  • L'angoisse du kayak (au Groenland): il s'agit d'une crise de panique qui survient chez certains chasseurs de phoques lorsqu'ils sont sur leur kayak. Ils ressentent alors un besoin impérieux de regagner la terre ferme. Or ce trouble pourrait n'être qu'une variante de l'agoraphobie, c'est-à-dire la peur irraisonnée d'une situation dont ont ne peut pas s'échapper et qui se manifeste par des bouffées de panique.

  • Le koro (en Asie et en Afrique): ce syndrome est spécifique des hommes. Il se caractérise par la crainte que leur sexe rétrécisse, voire disparaisse. Ce trouble entraîne des crises de panique et provoque une profonde anxiété. Or, cette pathologie pourrait n'être qu'une variante de l'hypocondrie, c'est-à-dire la tendance marquée à interpréter tout comme le signe d'une maladie grave.

Quelles sont les maladies mentales vraiment spécifiques d'une culture?

Bien que beaucoup de pathologies mentales liées au contexte culturel présentent de nombreuses similitudes avec des troubles psychiques répertoriés dans les pays occidentaux, certaines présentent vraiment des signes distincts. En voici quelques unes:

  • Le windigo (au Canada): cette maladie ce caractérise par une anxiété extrême, associée à la peur de devenir cannibale.

  • L'amour en 2-D (surtout au Japon): ce trouble touche spécifiquement les hommes. Il s'agit de développer une relation amoureuse avec des objets, au point de se comporter avec eux comme avec une femme et de les emporter partout où ils vont.

  • Le latah (en Malaisie): ce syndrome se caractérise par une perte soudaine du contrôle de soi. La personne atteinte de ce trouble se met alors à blasphémer et à imiter les autres.


Enfin, malgré les désaccords qui subsistent entre les spécialistes, à savoir si tel trouble psychique est spécifique d'une société ou est simplement la variante d'une pathologie déjà identifiée, tous s'accordent sur le fait que la culture influence tout de même l'expression des maladies mentales.


Inspiré des travaux de Hal Arkowitz et de Scott Lilienfield.



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