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Juin 2014 (Mise à jour: Juin 2014)

La magie : une histoire d'attention...


Les magiciens utilisent différentes techniques de diversion pour cacher au public leur tour de magie.Les neuroscientifiques ne sont pas les seuls à connaître précisément les mécanismes de l'attention et de la perception. En effet, les magiciens s'avèrent également experts en la matière et savent mieux que quiconque exploiter les failles de ces mécanismes pour détourner l'attention de leur public.

Plus précisément, leur habileté repose surtout sur leur capacité à faire en sorte que les spectateurs se concentrent sur des objets ou des événements non pertinents, dans le but de les empêcher de saisir les actions pertinentes, c'est-à-dire les actions à l'origine de l'effet magique.


Mais d'abord, quels sont ces mécanismes attentionnels?

L'attention est liée en particulier à la capacité de se focaliser sur ce qui se passe autour de nous, ainsi qu'aux mouvements des yeux. De fait, lorsqu'un stimulus s'impose à nous (par exemple, une sirène d'ambulance, une colombe qui s'envole d'un chapeau, etc...) ou lorsque l'orientation de notre regard change, notre attention se porte sur le stimulus en question ou sur l'objet que l'on regarde.

Nous sommes donc dotés d'une sorte de projecteur attentionnel. Aussi, ce projecteur limite continuellement la quantité d'informations présentes dans un environnement. De fait, lorsque l'on se concentre sur quelque chose, c'est comme si notre cerveau braquait son projecteur sur cette chose et ignorait tout le reste.
Ce mécanisme de l'attention, les prestidigitateurs le connaissent parfaitement et l'exploitent de différentes façons pour réaliser leurs tours.


Quelles stratégies les magiciens utilisent-ils pour détourner l'attention?

Pour manipuler l'attention de leur public, le temps d’exécuter des manœuvres discrètes et rapides, les illusionnistes utilisent différentes stratégies psychologiques. Voici leurs principales techniques de diversion:

  • La distraction temporelle: afin d'empêcher le spectateur de faire le lien entre le principe du tour de magie et le résultat, l'illusionniste fixe un délai entre les deux. Par exemple, il ne révèle pas immédiatement au volontaire qu'il vient de lui subtiliser son portefeuille. Il laisse passer un peu de temps avant.

  • Le boniment: parler beaucoup et poser de nombreuses questions au spectateur permet d'occuper son esprit avec des informations non pertinentes et donc de le distraire.

  • Le leurre: il s'agit d'une action en apparence anodine (par exemple, se gratter l’oreille, réajuster son chapeau, etc...) qui permet en réalité au magicien de dissimuler un objet à cet endroit.

  • La distraction active: il s'agit de demander à un volontaire d’exécuter une action non pertinente (par exemple, lire ce qu'il y a d'écrit sur une carte) afin de focaliser son attention sur cette action.

  • La distraction passive: elle consiste à attirer l'attention des observateurs sur des objets brillants, clignotants ou nouveaux.

  • Les postimages: il s'agit de laisser au participant l'impression qu'un objet est encore présent alors qu'en réalité, il n'y est plus. Par exemple, en appuyant sur le poignet par dessus la montre du volontaire, l’illusionniste crée une postimage sensorielle qui laisse l'impression au participant que sa montre est toujours à son poignet alors qu'en réalité, elle a déjà été dérobée.

Ainsi, grâce à ces différentes stratégies, les prestidigitateurs forcent la focalisation de l'attention de leur public sur un endroit particulier à un moment particulier, le temps d’exécuter en toute discrétion leurs actions "magiques".


Inspiré des travaux de Stephen Macknik, de Susana Martinez-Conde et de Sandra Blakeslee.



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