Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par C > La définition de contre-transfert


La définition de Contre-transfert


Le contre-transfert désigne l'ensemble des réactions affectives conscientes ou inconscientes de l'analyste envers son patient. Ce phénomène, auquel on a historiquement accordé une place importante dans la cure se trouve aujourd'hui contestée.


Le contre-transfert selon Freud

Si Sigmund Freud a accordé une place importante à la notion de transfert, il donne une place beaucoup plus ponctuelle, au phénomène apparemment symétrique: le contre-transfert.
Cependant, il semble que cette place soit essentiellement définie chez lui en termes négatifs. Le contre-transfert constituerait ce qui, du côté de l'analyste, pourrait venir perturber la cure. Dans une cure, écrit-il, « aucun analyste ne va plus loin que ses propres complexes et résistances internes ne le lui permettent ». C'est pourquoi il convient que l'analyste reconnaisse ces complexes et résistances a priori inconscients.
À partir de là s'est d'ailleurs imposé ce qu'on a pu appeler la deuxième règle fondamentale de la psychanalyse, à savoir la nécessité que le futur analyste soit lui-même analysé aussi complètement que possible.


La préconisation de Ferenczi

Sándor Ferenczi était très attentif à ce fait que des patients pouvaient ressentir comme perturbants non seulement certains comportements manifestes, mais également certaines dispositions inconscientes de l'analyste à leur égard. Mais Ferenczi ne se contenta pas dès lors de recommander une analyse aussi approfondie que possible de l'analyste. Il en vint à pratiquer une analyse mutuelle où l'analyste verbalisait lui-même, en présence de son patient, les associations qui pouvaient lui venir concernant ses propres réactions. Or cet aspect de sa technique posa bien sûr des difficultés considérables et fut abandonné.


La théorie articulée du contre-transfert

Dans les années 1950 et 1960, de nombreux analystes élaborèrent une théorie articulée du contre-transfert. On peut citer en particulier les noms de Paula Heimann, Margaret Little, Annie Reich et Lucie Tower.
Ces analystes ne réduisent pas le contre-transfert à un phénomène qui viendrait contrarier le travail analytique. À sa façon, il constituerait aussi un instrument venant favoriser celui-ci, à condition du moins que l'analyste y soit attentif. Ainsi, pour Heimann, « la réponse émotionnelle immédiate de l'analyste est un signe de son approche des processus inconscients du patient ». Prise comme telle, « elle aide l'analyste à focaliser son attention sur les éléments les plus urgents des associations du patient ». A la limite, elle lui permet d'anticiper sur le déroulement de la cure. Ainsi, il arriverait que tel rêve de l'analyste aide à mettre en lumière des éléments non encore visibles dans le discours du patient.


Le contre-transfert selon Lacan

Aujourd'hui, si le contre-transfert est loin d'avoir disparu, on peut relever que Jacques Lacan et ses élèves l'ont remis en question. Lacan ne nie pas que l'analyste puisse avoir lui-même quelque sentiment à l'égard de son patient et qu'il puisse, en s'interrogeant sur ce qui le provoque, s'y repérer un peu mieux dans la cure. Mais le problème que pose la théorie du contre-transfert, c'est celui de la symétrie qu'elle établit entre analyste et patient, comme si tous deux étaient également engagés comme personnes, comme ego dans le déroulement de la psychanalyse.
Il faut, sur ce point, revenir au transfert lui-même. Certes, il s'établit sur divers plans et on ne peut nier que l'analysant perçoive à l'occasion la relation avec son analyste comme symétrique, en lui supposant, par exemple, un amour semblable au sien ou encore en vivant la situation dans la dimension de la compétition, de la rivalité. Mais le transfert est fondamentalement adressé à un Autre au-delà de l'analyste, et c'est dans cette adresse qu'une vérité peut se faire jour. Parfois, cependant, le patient s'approchant plus près de ce qui a pour lui valeur de conflit pathogène, une résistance se manifeste, les associations lui font défaut et, dès lors, il transpose sur la personne de l'analyste les motions tendres ou agressives qu'il ne peut verbaliser. C'est à ce niveau particulièrement que le transfert prend une dimension imaginaire. L'analyste cependant n'a pas à la renforcer, ce qu'il ferait s'il se représentait la relation analytique comme une relation interpersonnelle, relation où transfert et contre-transfert se répondraient en écho l'un de l'autre.
Finalement, si le terme de contre-transfert n'est pas pertinent, c'est que l'analyste, dans le dispositif de la cure, n'est pas un sujet. Il fait plutôt fonction d'objet, cet objet fondamentalement perdu et que Lacan appelle objet a. Dès lors, la question n'est pas de savoir ce que, comme sujet, il éprouve, mais de situer ce que, comme analyste, il peut ou doit désirer. Sur ce point, Lacan indique notamment que le désir de l'analyste en tant que tel va dans le sens contraire à celui de l'idéalisation et qu'il révèle que l'étoffe du sujet est constituée par l'objet a et non par cette image idéalisée de lui-même où il pouvait se complaire. On voit combien cette problématique, qui représente l'analyse à partir de sa fin, s'éloigne de celle du contre-transfert, qui englue souvent la cure dans des schémas répétitifs dont il est parfois très difficile de se sortir.


Autres termes psychologiques :