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La définition de Apprentissage social


L'apprentissage social désigne l'acquisition de savoirs et de savoir-faire résultant de l'observation du comportement d'autrui. Le terme social qualifie la nature du processus d'apprentissage et non le contenu des acquisitions possibles. Plus précisément, il indique que l'acquisition s'opère sous l'effet de l'environnement social plutôt que physique.


L'apprentissage du point de vue béhavioriste

Selon l'approche béhavioriste de l'apprentissage, les acquisitions sont le produit des événements extérieurs. Ainsi, l'individu subit passivement ce processus. Si cette approche s'est montrée efficace dans la compréhension d'apprentissages simples (par exemple, discriminer un stimulus parmi d'autres), force est de constater qu'elle échoue à rendre compte d'apprentissages plus complexes et, notamment, d'apprentissages pour lesquels ce qui importe n'est pas la présence ou l'absence d'un stimulus mais la signification que l'individu lui attribue.
Aujourd'hui l'apprentissage est surtout vu comme la construction d'une représentation mentale associant une classe de conduites adéquates à une classe de situations. Dans la mesure où l'on considère que l'activité mentale médiatise l'effet qu'exerce l'environnement extérieur sur le comportement, cette activité est devenue l'objet même des théories de l'apprentissage. Toutefois, d'un point de vue pratique, le processus d'apprentissage est inféré à partir des modifications comportementales de l'individu.


La théorie de l'apprentissage de Bandura

L'apprentissage social est également appelé apprentissage par observation ou apprentissage vicariant. Il se distingue des autres formes d'apprentissage par le fait qu'un comportement peut être appris sans être effectué et, a fortiori, sans que l'individu ne subisse aucun renforcement.
Albert Bandura a proposé une théorie générale, en 1976. Selon lui, la vie sociale serait impossible si les gens apprenaient uniquement par essais et erreurs. En effet, l'observation constitue également un moyen rapide et efficace pour acquérir les savoirs et savoir-faire qui guideront l'action. Cela ne signifie pas que, une fois l'action effectuée, l'individu n'utilise pas ses conséquences à des fins correctives, mais, face à une situation qui requiert une conduite nouvelle, l'individu fait appel à son expérience sociale. Aussi, on appelle modèle celle ou celui dont le comportement est imité, et modelage, l'ensemble du processus qui aboutit à l'imitation.
Bandura découpe le modelage en plusieurs sous-processus:

  • Les processus attentionnels: ils déterminent ce qui va être observé et ce qui va être extrait de l'observation. Le choix de porter son attention sur un comportement donné dépendra des caractéristiques de l'observateur, de celles du modèle, de la nature de son comportement et du rapport observateur-modèle.

  • Les processus représentationnels: ils jouent un rôle essentiel dans le modelage. Ils correspondent au codage symbolique en mémoire du comportement du modèle observé, c'est-à-dire à l'élaboration d'un modèle interne. Bandura envisage bien entendu que l'observateur puisse reproduire à l'identique ce qu'il a vu, mais aussi qu'il construise des représentations qui le rendent capable de conduites plus élaborées que celles observées.

  • Les processus de production: ils renvoient au guidage de l'action par les représentations symboliques.

La motivation impact sur ces sous-processus.


Le renforcement vicariant

L'anticipation d'un renforcement semblable à celui qui est reçu par le modèle détermine fortement la probabilité d'exécution du comportement appris. Lorsqu'une telle attente existe, on dit que le renforcement adressé au modèle a valeur de renforcement vicariant pour l'observateur. On comprend aisément qu'un comportement observé récompensé sera plus facilement reproduit qu'un comportement puni. Cependant, une récompense ou une punition n'aura valeur de renforcement vicariant qu'à l'issue d'un processus psychologique complexe:

  • Tout d'abord, la valeur accordée à un renforcement dépend des critères propres à l'observateur. Par exemple, une note considérée comme encourageante par un professeur peut se traduire par du découragement si l'élève conclut à un échec.

  • Ensuite, le renforcement adressé au modèle doit être perçu comme la conséquence de son comportement plutôt que comme le résultat du hasard ou des circonstances. Autrement dit, la production du comportement appris dépend de l'analyse que fait l'observateur du lien entre renforcement et comportement.

  • Enfin, il est important que cette analyse confère à l'observateur le sentiment que, dans pareille situation, il aura par son action la possibilité d'exercer un contrôle sur les renforcements. Ce sentiment sera d'autant plus grand que l'observateur perçoit une forte similarité entre lui et le modèle.

Rotter est l'un des premiers à avoir souligné le poids du sentiment de contrôle dans la détermination du comportement, au point même d'en faire une variable de personnalité. Dans la continuité des idées de Rotter, Bandura a mis au centre de sa théorie le concept d'efficacité personnelle perçue: croire que l'on a la capacité de réussir une tâche renforce la motivation intrinsèque et, par là, augmente le niveau de performance auquel on aspire, la quantité d'efforts que l'on déploie, la persévérance dans l'effort et, en définitive, la performance.
Néanmoins, si le meilleur moyen de développer le sentiment d'efficacité personnelle reste l'expérience répétée de la réussite, ce n'est pas le seul moyen envisageable. En effet, constater qu'une personne qui vous ressemble réussit y contribue aussi. Réciproquement, en facilitant la réussite par l'acquisition de nouveaux savoirs et savoir-faire, l'apprentissage social renforce le sentiment d'efficacité personnelle.


Les applications de l'apprentissage social

L'étude de l'apprentissage social a donné lieu à de nombreuses applications dans des domaines très variés (le traitement des phobies et de l'anxiété, l'inhibition des conduites agressives, la facilitation des conduites d'aide et de coopération, la remotivation des élèves en échec scolaire, etc...)
Par ailleurs, tandis que les premières applications consistaient à exposer les individus à des modèles jugés adaptés, les applications actuelles visent davantage les processus cognitifs médiateurs. Par exemple, dans le domaine scolaire, Dweck a montré que, en apprenant à des enfants en échec scolaire à attribuer leur résultat à un facteur contrôlable (le manque d'effort) plutôt qu'à un facteur incontrôlable (le manque d'aptitude), ceux-ci persévèrent plus longtemps dans la recherche d'une solution et obtiennent de meilleures performances.
En psychologie sociale, l'apprentissage social s'inscrit dans la filiation des conceptions de Gabriel Tarde, qui voyait dans l'imitation le mécanisme psychologique principal, sinon unique, de la transmission sociale. La construction de la réalité sociale s'opère tout autant par l'observation médiatisée que par l'observation directe. Ainsi, étant donné les mass media jouent un rôle majeur dans la diffusion des patterns comportementaux, la mondialisation de leur diffusion permise par l'évolution des technologies de communication incline à prédire leur uniformisation.


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