Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par T > La définition de trait


La définition de Trait


Le trait désigne le composant hypothétique d'une représentation cognitive.
En neurobiologie, on sait qu'il existe des détecteurs de traits dans la rétine et le cortex visuel. Leur fonction est de détecter, lors des stades initiaux de la perception, des particularités élémentaires des stimulus (segments, angles, etc...), à partir desquelles sera construit le percept.


Le trait dans les théories componentielles

Dans les théories dites componentielles (ou compositionnelles), on suppose également que les représentations cognitives sont analysables en composants. Ils peuvent être appelés des traits ou, plus spécifiquement, des traits sémantiques.
Parmi les auteurs qui acceptent la notion de trait, il règne une grande variété de conceptions. Les plus simples sont celles qui identifient les traits et les propriétés des objets. Dans une version plus élaborée, mais voisine, on préfère dire que ce sont les représentations des propriétés qui constituent les traits. Cette façon de voir peut être raffinée en prenant en considération séparément des attributs et des valeurs de ces attributs. Aussi, dans les théories les plus sophistiquées, on énonce une liste fermée de traits primitifs (ou primitives), au moyen desquels on pense pouvoir reconstruire toutes les significations existantes.


Le trait d'un point de vue différentiel

Le trait correspond à un caractéristique psychologique susceptible d'être mesurée de façon univoque à l'échelle individuelle. Aussi, le mot trait est employé de préférence pour désigner les dimensions de la personnalité, mais il peut être pris dans un sens général. Aussi, Raymond Cattell distingue deux types de traits:

  • Les traits de surface: il s'agit de groupements de comportements habituels observables chez un individu.
  • Les traits de source: il s'agit de dimensions sous-jacentes qui pouvent expliquer la formation et les liaisons des traits de surface.

Le trait distinctif

Il s'agit d'une dimension bipolaire sur laquelle chaque objet d'un ensemble particulier est affecté de l'une ou de l'autre valeur. La bipolarité d'un trait distinctif est déterminée soit par des valeurs opposées sur une même dimension (par exemple, court ou long), soit par la présence ou l'absence d'un détail (par exemple, bec ou pas de bec sur un dessin). Ainsi, décrire un objet en termes de traits distinctifs, c'est utiliser un codage qui le définit à partir de ce qui permet de le différencier des autres objets de l'ensemble.
La notion de trait distinctif a été introduite par Roman Jakobson et Morris Halle pour décrire les phénomènes d'une langue. Puis elle a été appliquée à la perception par Eleanor Gibson.


Le trait unitaire

Il s'agit d'un concept introduit par Jacques Lacan à partir de Sigmund Freud, pour désigner le signifiant sous sa forme élémentaire et pour rendre compte de l'identification symbolique de l'individu.
Selon Freud, lorsque l'objet est perdu, l'investissement qui se portait sur lui est remplacé par une identification qui est « partielle, extrêmement limitée et qui n'emprunte qu'un trait à la personne objet ». Ainsi, à partir de cette notion freudienne d'identification à un trait unique, et en s'appuyant sur la linguistique de Ferdinand de Saussure, Lacan élabore le concept de trait unaire.
Selon Saussure, la langue est constituée d'éléments discrets, d'unités qui ne valent que par leur différence. C'est pour quoi Lacan parle de « ce un auquel se réduit en dernière analyse la succession des éléments signifiants, le fait qu'ils soient distincts et qu'ils se succèdent ». Le trait unaire est le signifiant en tant qu'il est une unité et en tant que son inscription réalise une trace, une marque. Quant à sa fonction, elle est indiquée par le suffixe -aire puisque celui-ci évoque, d'une part, le comptage (il sert à former des noms de valeur numérale), et d'autre part, la différence (les linguistes parlent de traits distinctifs binaires, tertiaires).
Pour expliquer comment le trait unaire entre en jeu, Lacan utilise l'exemple suivant: il a observé au musée de Saint-Germain-en-Laye une côte d'animal préhistorique couverte d'une série de traits dont il suppose qu'ils ont été tracés par un chasseur et que chacun représente une bête tuée. « Le premier signifiant, c'est la coche, par où il est marqué par exemple que le sujet a tué une bête, moyennant quoi il ne s'embrouillera pas dans sa mémoire quand il en aura tué dix autres. Il n'aura pas à se souvenir de laquelle est laquelle, et c'est à partir de ce trait unaire qu'il les comptera ».
Que chaque bête, quelles que soient ses particularités, soit comptée comme une unité signifie que le trait unaire introduit un registre qui est au-delà de l'apparence sensible. Dans ce registre qui est celui du symbolique, la différence et l'identité ne se fondent plus sur l'apparence, c'est-à-dire sur l'imaginaire. L'identité des traits tient à ce qu'ils sont lus comme des uns, quelles que soient les irrégularités de leur tracé. Quant à la différence, elle est introduite par la sériation des traits. Ainsi, les uns sont différents parce qu'ils n'occupent pas la même place. Cette différence du signifiant à lui-même, lorsqu'il se répète, est considérée par Lacan comme une de ses propriétés fondamentales. Elle fait que la répétition signifiante n'est pas un éternel retour.
Le trait unaire, parce qu'il permet le comptage, est le support de l'identification de l'individu. En effet, l'enfant ne compte pas seulement des objets, il se compte lui-même et très tôt. Il est impliqué de façon radicalement constituante dans une activité inconsciente de comptage. Ainsi, si le jeune enfant s'inclut au nombre de ses frères en disant, par exemple: « J'ai trois frères: Paul, Ernest et moi », c'est parce qu'« avant toute formation d'un sujet, d'un sujet qui pense, qui s'y situe, ça compte, c'est compté et dans le compté le comptant y est déjà ». Ce n'est que dans un deuxième temps qu'il se reconnaît comme comptant et qu'il peut, dès lors, se décompter. Ces opérations, et particulièrement sa capacité à se décompter, font que l'individu s'identifie comme un.
L'identification au trait unaire est l'identification majeure. Freud montre que l'individu s'identifie à un trait unique de l'objet perdu. Lacan ajoute que, si l'objet est réduit à un trait, cela est dû à l'intervention du signifiant. Le trait unaire n'est donc pas seulement ce qui subsiste de l'objet, il est aussi ce qui l'a effacé (à cet égard, il est l'incarnation du signifiant phallique, il en est d'ailleurs aussi l'image). L'identification au trait unaire, qui est donc corrélative de la castration et de la mise en place du fantasme, constitue la colonne vertébrale de l'individu.
Identifié au trait unaire, l'individu est un un, identique en cela à tous ceux qui sont passés par la castration, inclus avec eux dans le même ensemble. Mais il a aussi acquis la capacité de se distinguer des autres en faisant valoir sa singularité par un seul trait, un trait quelconque. C'est le narcissisme de la petite différence décrit par Freud. Le trait unaire, repère symbolique, soutient l'identification imaginaire. L'image du corps est certes donnée à l'enfant dans l'expérience du miroir mais, pour qu'il puisse se l'approprier, l'intérioriser, il faut que le trait unaire entre en jeu. Cela nécessite qu'il puisse être saisi dans le champ de l'Autre. Lacan donne de cette saisie une représentation imagée en évoquant le moment où l'enfant qui se regarde dans le miroir se retourne vers l'adulte à la recherche d'un signe qui viendra authentifier son image. Ce signe donné par l'adulte fonctionne comme trait unaire. C'est à partir de lui que se constituera l'idéal du moi.


Autres termes psychologiques :