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La définition de Signifiant


Un signifiant désigne une représentation mentale de la forme du signe linguistique.


Le signifiant en psychologie

Dans la terminologie de Ferdinand de Saussure, le signifiant est l'image du stimulus signe. Le signe, dans cette terminologie, est constitué par le couple signifiant + signifié. Aujourd'hui, en psychologie, on réserve plutôt le terme image pour désigner l'image mentale. Le signifiant est alors la représentation mentale durable, stockée en mémoire à long terme, d'un stimulus signe en usage dans la langue telle qu'elle est connue par les locuteurs. C'est ce signifiant qu'on atteint d'abord dans une épreuve de décision lexicale. En général, il est très fortement lié au signifié, mais il peut en être dissocié.
Dans la tâche de décision lexicale, on demande à un individu de dire si une suite de lettres qu'on lui présente est ou non un mot de sa langue. Si on lui présente alors indépendamment trois suites telles que lautin, corbeau, bossoir, il répondra normalement non pour la première et oui pour les deux suivantes. On conclura alors qu'il n'a pas de signifiant pour la première suite. Pour la deuxième, on n'aura aucune peine à prouver qu'il dispose d'un signifiant et du signifié correspondant. Mais, supposons que la troisième suite suscite de sa part le commentaire suivant: « je connais ce mot, je suis sûr que c'est un mot de la langue française, mais je suis incapable de dire quelle est sa signification ». On dira alors que l'individu possède le signifiant et non le signifié correspondant à la suite de lettres en question.
Ainsi, l'utilisation de signifiant pour désigner le stimulus lui-même, tel qu'il existe objectivement à l'extérieur de l'individu, est source de confusion.


Le signifiant en psychanalyse

En psychanalyse, le signifiant correspond à un élément du discours, repérable au niveau conscient et inconscient. Il représente l'individu et le détermine.
Depuis Sigmund Freud, il est clair que la psychanalyse est une expérience de parole, commandant un réexamen du champ du langage et de ses éléments constitutifs: les signifiants. La cure des premières hystériques, conduite par Josef Breuer ou Freud, fait déjà ressortir ce trait sans doute plus important même que la prise de conscience: la verbalisation. C'est de pouvoir dire ce qu'elle n'a jamais pu énoncer que l'hystérique guérit. C'est l'une d'entre elles, Anna O, qui a nommé le traitement talking cure (cure par la parole). Cela est d'ailleurs éclairant pour l'étiologie de la névrose elle-même. En effet, ce qui est pathogène, dans l'hystérie, ce n'est pas le traumatisme (par exemple, avoir vu un chien boire dans un verre, ce qui aurait suscité un dégoût intense), c'est de ne pas avoir pu verbaliser ce dégoût. Le symptôme vient à la place de cette verbalisation et disparaît lorsque l'individu a pu dire ce qui l'affectait.
L'évolution ultérieure de la psychanalyse accentue encore ce rôle de la parole et nécessite une attention plus précise au langage. En effet, dès lors que la méthode psychanalytique prend en compte l'actualisation des conflits latents, plus encore que la remémoration directe de souvenirs pathogènes, elle conduit à s'intéresser particulièrement aux formations de l'inconscient, où ces conflits se trouvent représentés. Or, ceux-ci sont réglés par des enchaînements langagiers rigoureux. C'est le cas du lapsus, de l'oubli et, en général, de l'acte manqué, qui peut dire un désir de façon allusive, métaphorique ou métonymique. C'est le cas, bien plus encore, du mot d'esprit, qui arrive à faire entendre ce qui est prohibé en déjouant la censure. C'est enfin le cas du rêve, dont le récit se lit comme un texte complexe, sollicitant une attention très précise aux termes mêmes dont il se compose.
Il devait revenir à Jacques Lacan de systématiser toute cette problématique en la recentrant sur le concept de signifiant. Le terme de signifiant est emprunté à la linguistique. Chez Saussure, le signe linguistique est une entité psychique à deux faces: d'une part, le signifié (par exemple, pour le mot arbre, l'idée d'arbre, et non le référent, l'arbre réel), et d'autre part, le signifiant qui est une réalité psychique également puisqu'il s'agit non du son matériel que l'on produit en prononçant le mot arbre, mais de l'image acoustique de ce son, que l'on peut avoir dans la tête (par exemple, lorsqu'on se récite une poésie sans la dire à voix haute).


L'autonomie du signifiant selon Lacan

Lacan reprend le concept saussurien du signifiant, en le transformant. Ce que la psychanalyse accentue, d'abord, c'est l'autonomie du signifiant. Comme dans la linguistique, le signifiant, au sens psychanalytique, est détaché du référent mais également définissable hors de toute articulation, au moins dans un premier temps, au signifié. Aussi, le jeu sur les phonèmes, qui a une valeur tout à fait essentielle chez les enfants, montre l'importance qu'a le langage pour l'être humain, en deçà de toute intention de signifier. De son côté, la psychose donne une autre occasion de saisir d'une façon directe ce qu'il peut en être d'un signifiant sans signification, d'un signifiant asémantique. La phrase que le psychotique entend, dans son hallucination, le vise, le concerne, s'impose à lui. Mais, faute de pouvoir être reliée à une autre, elle n'a pas, en fait, de véritable signification.
Cependant, au-delà de ces références particulières à l'enfance ou à la psychose, c'est pour tout individu que la distinction entre signifiant et signifié doit être accentuée. Ce que l'algorithme lacanien permet d'écrire, c'est l'existence d'une barre frappant le sujet humain du fait de l'existence du langage et qui fait que, parlant, il ne sait pas ce qu'il dit. Ainsi l'Homme aux rats, chez Freud, est-il brusquement pris de l'impulsion de maigrir. Mais cette impulsion reste incompréhensible tant que n'a pas été relevé que gros, dans la langue qu'il parle alors, l'allemand, se dit dick, et que Dick est aussi le nom d'un rival dont il voudrait se défaire. Ainsi, maigrir, c'est tuer Dick, le rival. On voit la portée de ce type de remarque. À la limite, la possibilité même de l'inconscient est conditionnée par le fait qu'un signifiant peut insister dans le discours d'un individu, sans pour autant être associé à la signification qui pourrait importer pour lui. Le langage est donc la condition de l'inconscient.
De même, le symptôme qui dit quelque chose d'une manière indirecte, inaudible, peut être considéré comme le signifiant d'un signifié inaccessible pour l'individu.


La chaîne signifiante

Si le signifiant est conçu comme autonome par rapport à la signification, il peut prendre dès lors une tout autre fonction que celle de signifier, comme celle de représenter l'individu et aussi de le déterminer. Par exemple, un homosexuel confesse volontiers son goût pour les jeunes hommes d'un certain style, d'un certain âge, ceux que désigne au mieux pour lui l'expression « les p'tits soldats ». Or, l'analyse ramènera un souvenir d'entente très grande avec sa mère, souvenir cristallisé autour du rappel de ces après-midi d'été, où, à la suite de longues promenades, elle l'emmenait au café et commandait: « ah, pour lui, un p'tit soda ». Un tel souvenir n'implique pas, évidemment, que, selon la psychanalyse, tout s'éclaire, dans une vie, par le rappel de quelques mots entendus dans l'enfance. Mais il contribue à caractériser la fonction du signifiant pour l'individu humain. La façon dont cet homme nomme l'objet de son désir, et donc en détermine les traits, ne fait que le renvoyer à un signifiant entendu dans l'enfance et qui insiste d'autant plus qu'il n'a pas été reconnu comme tel. Selon la formule de Lacan, « un signifiant, c'est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant ». Il faut noter également ici que ce qui compte dans soldat, ce n'est pas sa signification, en rapport, par exemple, avec la vie militaire, mais sa signifiance, c'est-à-dire ce qui est directement produit par l'image acoustique du mot lui-même.
Par ailleurs, on aura déjà relevé, à travers l'exemple relatif à Dick, la place du jeu de mot dans la fonction du signifiant. Cette place est permise par le fait que ce qui représente, c'est non le mot, mais précisément le signifiant, c'est-à-dire une séquence acoustique qui peut prendre des sens différents. Aussi, il est facile de concevoir que ces signifiants, qui s'associent et se répètent hors de tout contrôle du moi, qui s'ordonnent selon des chaînes rigoureusement déterminées, comme la grammaire détermine l'ordre de la phrase, se révèlent, en même temps, tout à fait contraignants pour l'individu. Ici, la question du signifiant renvoie à celle de la répétition, c'est-à-dire le retour réglé d'expressions, de séquences phonétiques, de simples lettres qui scandent la vie de l'individu, quitte à changer de sens à chacune de leurs occurrences, qui insistent donc en dehors de toute signification définie.


La portée et les limites des références à la linguistique

Le terme de signifiant se trouve donc essentiel dans l'élaboration psychanalytique. A cet égard, il y aurait à distinguer davantage ce qui est dans le fil de l'élaboration de Saussure, ce qui la modifie, et aussi ce qui rencontre de tout autres élaborations.
Dans son Séminaire sur L'identification, Lacan pose, à la suite de Saussure, la question de ce qui fait l'identité du signifiant. La question est importante pour la psychanalyse. En effet, si l'identification imaginaire a toujours une dimension de méconnaissance, on peut être tenté de trouver dans l'identification symbolique, c'est-à-dire celle dans laquelle l'individu se représente par un signifiant, ce qui pourrait constituer une dimension plus assurée d'identification. Mais, à la suite de Saussure, Lacan relève que ce qui peut faire l'identité du signifiant n'est pas autre chose que sa différence avec les autres. Le signifiant est comme l'express « Genève-Paris 8h45 du soir ». Nous disons qu'il s'agit toujours du même alors que, d'un jour sur l'autre, locomotives, wagons, personnels, tout est différent. De même, ce qui fait l'identité de la lettre t, qui peut être écrite avec des graphies différentes, c'est qu'on ne la confonde jamais avec les autres lettres. Lacan à partir de là va plus loin. Il montre que non seulement le signifiant ne se définit que par sa différence avec les autres signifiants, mais qu'il doit être posé comme différent de lui-même dans ses différentes occurrences. Ainsi l'identification symbolique n'assure à l'individu aucun être permanent.
Par ailleurs, il convient de noter, à l'époque où la linguistique pragmatique a pris une place non négligeable dans les sciences humaines, que la conception lacanienne du signifiant prend en compte, dès le départ, la dimension d'acte qu'il y a dans le langage. Le signifiant n'a pas seulement un effet de sens. Il commande ou il pacifie, il endort ou il réveille. Le plus important reste peut-être, plus que la référence à la linguistique, celle que nous pouvons faire à la poétique. Comme le poète, l'analyste est attentif aux connotations multiples du signifiant, qui ouvrent la possibilité même de l'interprétation. D'ailleurs, au bout du compte, le signifiant est-il encore assimilable à l'image acoustique?
Ce n'est pas, en tout cas chez Lacan, sa définition. Certes, en tant qu'on l'oppose à la signification, le signifiant est le plus souvent identifié à une séquence phonématique. Mais il peut aussi, parfois, en être tout autrement. Ainsi Lacan fait-il apparaître comme signifiant, dans la première scène d'Athalie, « la crainte de Dieu ». Cette expression n'est pas à prendre au niveau de la signification, au moins apparente, puisque « ce qui s'appelle la crainte de Dieu [...] est le contraire d'une crainte ». Mais si elle est désignée comme signifiant, c'est avant tout parce que, plus que d'autres termes, elle a un effet sur la signification et sur un des personnages de la pièce, Abner, qu'elle commande et entraîne. Ce dernier exemple marque bien comment c'est à partir de leur effet de sens, et surtout du rôle qu'ils jouent dans une économie subjective, que des éléments du discours peuvent avoir valeur de signifiants.


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