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La définition de Stratégie


Une stratégie correspond à une coordination planifiée des moyens pour atteindre un but, les moyens étant, en psychologie, les connaissances, les opérations cognitives et les actions.


La stratégie en psychologie cognitive

En psychologie cognitive, une stratégie désigne une règle ou une procédure permettant d'opérer une sélection parmi les options qui sont déjà disponibles, ou d'en construire de nouvelles.
Le concept de stratégie est fondamental en psychologie cognitive car il permet d'interpréter les régularités comportementales observées comme des manifestations de l'activité organisatrice et de l'autonomie d'un système et non comme le reflet des régularités de l'environnement. Son usage s'est d'abord manifesté dans l'étude des décisions sous risque, puis dans celle du test d'hypothèse, avant de se généraliser dans celle de la résolution de problème.


Les stratégies dans les décision sous risque

Dans certaines situations, il faut choisir une option parmi plusieurs, sans connaître encore le résultat de chacune d'elles, car celui-ci dépend d'un événement futur non encore réalisé. Cet événement incertain peut résulter:

  • Du choix d'un autre partenaire: c'est la cas dans certains jeux.
  • De l'évolution d'un processus complexe: c'est le cas de la météorologie ou de la situation économique.
  • Du hasard: c'est le cas des loteries.

Le résultat peut se manifester par un gain ou une perte monétaires ou, plus largement, par une utilité positive ou négative. La prise de décision prend en compte la probabilité et l'utilité des différents résultats. On distingue classiquement quatre stratégies en pareil cas, qui consistent toutes à optimiser une variable:

  • La première consiste à choisir l'option qui maximise l'utilité espérée.
  • La deuxième consiste à choisir l'option qui minimise la perte maximale possible. Il s'agit de la stratégie minimax.
  • La troisième consiste à choisir l'option qui maximise le gain minimal possible. Il s'agit de la stratégie maximin.
  • La quatrième consiste à choisir l'option qui minimise le regret, c'est-à-dire la différence entre le gain obtenu en faisant un choix et le gain plus élevé qu'on aurait obtenu en faisant un autre choix.

Ces stratégies ont été proposées avec une finalité normative et descriptive, mais le dernier objectif s'avère peu conforme aux données recueillies.


Les stratégies de découverte d'un concept

Dans un paradigme célèbre sous le nom d'identification de concepts, l'expérimentateur divise un ensemble de figures en deux classes selon une règle inconnue de l'individu. On utilise des figures différant par des attributs manifestes comme la forme, la couleur, etc..., et une règle de partition telle que tous les objets de la classe cible comportent une ou plusieurs propriétés communes. On présente ensuite des objets un par un en demandant à l'individu de les affecter à l'une des deux classes et en lui indiquant ensuite après chaque réponse l'affectation correcte. En observant la conduite de sujets adultes et en les interrogeant sur leur démarche, Jerome Bruner, Jacqueline Goodnow et George Austin ont identifié diverses stratégies de recueil et de traitement de l'information.
Ainsi, dans la condition où le sujet sélectionne lui-même une par une les figures, deux types fondamentaux de stratégies sont observés:

  • La stratégie de la focalisation: elle consiste à choisir un exemplaire de la classe cible et à identifier l'ensemble de ses propriétés, puis à sélectionner des exemplaires permettant de tester chacune des propriétés précédentes pour déterminer si elle intervient ou non dans la règle. Ainsi, on peut reconstituer la règle à partir des propriétés pertinentes et non pertinentes.

  • La stratégie du balayage: l'individu définit d'abord un ensemble d'hypothèses possibles puis il sélectionne des figures jusqu'à ce qu'il ait éliminé toutes les hypothèses sauf une.

La seconde stratégie nécessite deux fois plus d'exemples ou de contre-exemples que la première pour découvrir la règle. En outre, elle est beaucoup plus contraignante pour la mémoire de travail.
La poursuite de ce type de travaux a permis non seulement d'identifier d'autres stratégies mais aussi de montrer comment leur choix dépend des schémas d'inférence disponibles et des contraintes imposées au traitement.


Les stratégies de résolution de problème

Une situation est définie comme constituant un problème pour un individu s'il ne dispose pas d'une procédure déjà connue pour découvrir la solution. Les stratégies utilisées en pareil cas sont souvent appelées heuristiques. Aussi, les travaux d'Allen Newell et Herbert Simon ont popularisé, dans les problèmes de transformation d'états, la stratégie moyens-but. Dans ce type de problèmes, il s'agit de passer de l'état initial d'une situation à l'état final, (ou état but), par des états intermédiaires, en utilisant des actions ou opérations, dites opérateurs, qui permettent de transformer l'état présent en un nouvel état (par exemple, démontrer qu'une expression algébrique est égale à une autre, ou le problème de la tour de Hanoï). La stratégie moyens-but comporte une séquence type de trois règles fondamentales:

  • Pour atteindre l'état but B, identifier la différence entre l'état présent P et B.
  • Pour réduire la différence entre deux états, sélectionner un opérateur O qui, appliqué à P, engendre B.
  • Si l'opérateur O ne peut être utilisé parce qu'une de ses conditions C n'est pas satisfaite, alors poser C comme nouveau but.

On applique de façon récursive la même séquence à la différence entre l'état présent P et le sous-but C. Cette stratégie conduit à un empilement de sous-buts et s'avère difficile à utiliser dès qu'ils deviennent nombreux.
Une autre stratégie souvent mentionnée est celle de la plus forte pente. Elle consiste à sélectionner, parmi les états immédiatement accessibles à partir de l'état présent, celui qui réduit l'écart entre celui-ci et le but. Cette règle est appliquée de façon récursive au nouvel état jusqu'à ce que l'état présent coïncide avec le but. Cette stratégie est utilisable à condition de pouvoir évaluer les écarts entre deux états, c'est-à-dire d'avoir une fonction d'évaluation. Elle est fréquemment utilisée, mais elle peut conduire à des impasses dans les situations où la solution nécessite le choix d'un état qui accroît provisoirement l'écart au but.
Les stratégies n'interviennent pas seulement dans les problèmes de laboratoire ou les problèmes scolaires, mais également dans les situations quotidiennes ou professionnelles. Elles jouent un grand rôle dans les tâches de diagnostic d'une maladie, de l'origine de la panne d'un dispositif, d'une erreur dans un programme informatique. Contrairement aux exemples précédents, l'utilisation des stratégies est ici étroitement subordonnée aux connaissances possédées sur le domaine. Dans le diagnostic, on distingue deux classes principales de stratégies:

  • Les stratégies fondées sur le fonctionnement normal du système, comme la recherche topographique ou la recherche fonctionnelle.
  • Les stratégies fondées sur le fonctionnement anormal du système, comme l'identification de configurations de symptômes ou le test d'hypothèses.

Les situations de résolution de problème sont souvent analysées aujourd'hui en psychologie cognitive en se référant aux concepts élaborés pour construire des modèles informatiques de la conduite étudiée. Le processus de résolution est souvent décrit comme un processus de recherche d'un chemin dans un espace de recherche dit espace de base. L'espace de base est l'ensemble des états possibles qui résultent de la représentation de la situation initiale, du but à atteindre et des opérateurs permettant de changer d'état. La partie de l'espace de base considérée par l'individu à un moment donné constitue son espace de problème et correspond schématiquement à sa représentation momentanée de la situation. Dans ce cadre théorique, les stratégies sont des méthodes permettant de cheminer dans l'espace de base, et la solution est un chemin conduisant de l'état initial à l'état but. Des stratégies systématiques de parcours ont été décrites:

  • La stratégie largeur d'abord: elle consiste à explorer tous les chemins de un, deux, trois... pas à partir de l'état présent jusqu'à ce que l'un d'eux conduise au but.
  • La stratégie longueur d'abord: elle consiste à explorer chaque chemin jusqu'à son terme, impasse ou réussite.

Certains apprentissages à résoudre des problèmes consistent en un changement de la stratégie initiale pour une stratégie mieux appropriée. Le changement survient généralement lorsqu'une stratégie s'avère inefficace ou peu efficiente, ou lorsqu'elle impose une charge trop lourde à la capacité de traitement. Des travaux ont montré que l'acquisition d'une expertise dans divers domaines de connaissances correspond à l'abandon de stratégies très générales, dites faibles parce qu'elles n'exploitent pas les spécificités du domaine, au profit de stratégies plus puissantes mais particulières au domaine. La représentation initiale du problème, les connaissances spécifiques au domaine, les analogies qu'on peut établir avec d'autres domaines, sont des facteurs importants dans le choix d'une stratégie.


L'intelligence et le développement des stratégies

Le rôle des stratégies a été invoqué dans de nombreuses activités cognitives, en particulier dans les travaux concernant la métacognition. Ce terme désigne les connaissances relatives au fonctionnement du psychisme d'autrui ou du sien propre ainsi que les savoir-faire permettant d'améliorer l'efficacité de ce fonctionnement. Certains de ces savoir-faire sont assimilables à des stratégies. Ainsi, de nombreux travaux ont analysé les stratégies utilisées pour mémoriser des informations lorsqu'il y a apprentissage intentionnel, pour recouvrer les informations stockées en mémoire ou pour ne pas oublier d'exécuter une action. D'autres concernent la recherche d'une information dans un ensemble de possibles, l'argumentation, la ruse. Aussi, l'apprentissage à apprendre peut être considéré comme l'acquisition de stratégies pour apprendre.
Les stratégies disponibles rendent compte d'une partie des différences individuelles. Il est donc tentant de considérer qu'elles constituent une composante des habiletés regroupées sous le nom d'intelligence. Aussi, plusieurs théories interprètent le développement cognitif de l'enfant par l'acquisition de stratégies de traitement de l'information.


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