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La définition de Décision


Une décision correspond à un processus de choix concernant les objectifs d'action et les procédures destinées à les réaliser et assurant la régulation de l'activité.
Dans le langage courant, le terme de décision désigne le résultat d'un processus de choix. Dans son acception psychologique, il désigne le processus lui-même qui aboutit à ce résultat, c'est-à-dire la façon dont est élaborée la décision finale et les mécanismes qui ont présidé à cette élaboration.


Les mécanismes de décision

Les mécanismes de décision assurent la régulation de l'activité, c'est-à-dire la fonction qui consiste à définir les tâches et à faire l'ordonnancement temporel de leur exécution. Cette fonction présente deux aspects.
Le premier aspect consiste à:

  • Fixer les objectifs qui constituent la finalité des tâches.
  • Définir des priorités entre ces tâches.
  • Allouer des ressources pour leur réalisation (le temps à passer, l'effort à fournir).
  • Décider éventuellement de l'abandon d'une tâche qui n'a pu être menée à bien.

Le second aspect consiste à décider des moyens à employer pour la réalisation d'une tâche:

  • Décomposition de la tâche par la définition de sous-buts.
  • Choix d'une procédure pour la réalisation de chaque sous-but.
  • Ordonnancement des actions tenant compte à la fois des contraintes imposées par la procédure et de contraintes liées à l'optimisation de l'exécution (par exemple, la minimisation des déplacements).

L'intention

Le déroulement de l'activité est défini par une tâche en cours et par des tâches en instance. Ces dernières constituent les intentions. Quand une intention devient le focus de l'activité, elle prend le statut de tâche. Ce passage résulte d'un processus de sélection qui introduit en mémoire de travail une des tâches en instance. Il se produit en général quand la tâche en cours est achevée. Cependant, il peut survenir aussi dans le cas où elle n'est pas terminée: c'est le cas d'abandon de la tâche.
Le processus de sélection ne suffit pas à garantir la réalisation de la tâche. Un second processus intervient. Celui-ci assure la persistance de l'intention en cours de réalisation en inhibant les intentions en compétition. Cette persistance de l'intention est une caractéristique majeure des comportements finalisés. Aussi, ce mécanisme d'inhibition se développe avec l'âge. Parfois, il peut être perturbé, ce qui produit l'instabilité de l'activité caractéristique de certains états pathologiques.


Les processus de choix

Les processus de choix ont d'abord été étudiés dans le cadre des théories de la décision. Celles-ci ont utilisé des modèles de décision économique. Dans ces modèles, une décision correspond à la sélection d'une alternative parmi un ensemble d'alternatives possibles. Chaque alternative est caractérisée par deux paramètres:

  • La valence du résultat: elle est liée aux intérêts et aux motivations.
  • La probabilité d'obtenir ce résultat.

Ce second paramètre s'explique par le fait que ces études ont surtout porté sur des jeux de hasard. La probabilité de choix d'une alternative est proportionnelle au produit de la valence du résultat par sa probabilité, rapporté à la somme des produits de ces quantités pour l'ensemble des alternatives. La probabilité associée au résultat n'est pas la probabilité objective, qu'on peut mesurer à partir d'études statistiques, comme on le fait en économie. En effet, il s'agit d'une probabilité subjective, qui est une mesure de la confiance qu'a l'individu dans l'obtention d'un résultat.
Ce type de théorie a permis de rendre compte de résultats expérimentaux obtenus dans des situations de paris et de jeux de hasard mais n'a pu être étendu à des décisions correspondant à des contextes plus réalistes, ce qui a fait douter de sa plausibilité psychologique. Un premier progrès a été réalisé par des recherches qui se situent dans le cadre général des théories de la décision mais ont raffiné beaucoup la notion de probabilité subjective. Dans ces conceptions, la décision de se consacrer à une tâche dépend d'une quantité qui est une fonction multiplicative de deux paramètres:

  • L'importance de la tâche du point de vue des motivations.
  • L'espérance de succès.

L'espérance de succès

Les théories de l'attribution ont montré que l'espérance de succès ne dépend pas seulement de la fréquence des succès antérieurs mais qu'elle dépend aussi du degré de contrôle que l'individu croit avoir sur le résultat. On distingue trois dimensions de l'imputation causale du résultat de l'action:

  • Le locus: soit il est interne, c'est-à-dire que le succès dépend d'une cause interne à l'individu (par exemple, son humeur ou ses efforts) ; soit il est externe (par exemple, la chance ou une action d'autrui).
  • Le degré de stabilité: la cause est stable ou instable.
  • Le degré de contrôle que peut avoir l'individu sur cette cause.

Le contrôle est un aspect différent du locus dans la mesure où une cause interne n'est pas toujours sous le contrôle de l'individu (par exemple, l'humeur) et où une cause externe peut être sous son contrôle (par exemple, l'action sur l'environnement).
Un autre apport vient du courant de la théorie de l'action qui s'est développé en Allemagne à la suite des travaux de Narziss Ach et de Kurt Lewin. La critique faite au modèle précédent est que les paramètres que sont la valence et l'espérance de succès ne se composent pas nécessairement de façon multiplicative et ne se composent pas nécessairement de la même façon selon les tâches. Ainsi, on a montré que les deux paramètres interviennent dans le choix des activités de loisir mais non dans celui des activités de routine (par exemple, se laver les dents) ou des activités socialement contrôlées (par exemple, faire ses devoirs).


L'attitude de l'individu

La situation de décision comporte des aspects statiques (l'état présent et les états futurs) et des aspects dynamiques (les actions qui permettent de changer l'état présent pour des états souhaités). Aussi, l'attitude de l'individu peut être centrée sur l'action (aspects dynamiques) ou sur l'intention (aspects statiques).
Les individus centrés sur l'action se caractérisent par une grande sélectivité de l'attention (centration sur les informations liées à la réalisation de l'intention) et par le renforcement de la motivation liée à l'intention en cours par une centration de l'attention sur les éléments susceptibles d'accroître l'attrait de la tâche. Chez ces individus, il y a une corrélation forte entre l'attrait d'une intention et le fait qu'elle soit menée à bien. Chez les autres, il y a des écarts importants entre l'intention et la réalisation. Ces derniers peuvent ne jamais réaliser des actions pour lesquelles ils sont cependant très motivés, se laissant accaparer par des activités routinières ou régulées de l'extérieur.


La régulation temporelle des intentions

Des modèles de décision sont généralement élaborés à partir de situations proches de celles de la vie courante. Ainsi, les individus doivent réaliser en un temps donné un certain nombre de tâches. Ils sont libres de les aborder dans l'ordre qu'ils veulent, ou de les interrompre.
Dans le modèle de Dörner, la régulation temporelle des intentions est assurée par trois systèmes:

  • Le système de production des intentions: ce sont les motivations.
  • Le système de sélection des intentions.
  • Le système de traitement des intentions: il assure la réalisation de la tâche.

À chaque moment, une seule intention a accès à la mémoire opérationnelle, c'est-à-dire qu'une seule tâche peut être réalisée à la fois. Les trois systèmes opèrent concurremment, c'est-à-dire que le système de sélection peut interrompre le fonctionnement du système de traitement des intentions et substituer une autre intention à celle qui est en cours de réalisation. Ou bien encore, l'état de motivation peut changer au cours de la réalisation d'une intention.
La force d'une intention évolue avec le temps. En effet, elle dépend de la valeur motivationnelle de l'intention et de la compétence que l'individu estime avoir pour la réaliser. Elle dépend également du degré de proximité de la date limite de réalisation, quand une tâche doit être nécessairement réalisée avant une date limite. L'intention qui est sélectionnée est celle dont la force momentanée est la plus grande. Lorsqu'une intention est en cours de traitement, une inhibition se développe par rapport aux autres intentions. Pour qu'une intention remplace celle qui est en cours de réalisation, il faut que sa force dépasse celle de la seconde d'un certain seuil. Ce seuil définit l'efficacité de la protection dont bénéficie l'intention en cours de traitement.
Outre sa fonction propre de sélection, le système de sélection des intentions assure une autre fonction. En effet, lorsque le temps nécessaire pour réaliser les différentes intentions dépasse le temps disponible, une réduction est opérée sur les temps de réalisation de chaque intention, ce qui revient à diminuer le niveau d'exigence.


Le critère de décision

Dans le modèle de la détection du signal, le critère de décision correspond à la valeur du rapport de vraisemblance qui sépare les réponses signal des réponses bruit.


Le temps de décision

Dans le cadre général de la méthode chronométrique, le temps de décision désigne la catégorie particulière de latence, en l'occurrence celle qui s'écoule entre la présentation d'un choix et la réponse qui sert de manifestation pour la décision prise par l'individu. La réponse consiste le plus souvent à appuyer sur un bouton ou une touche de claver d'ordinateur.
Par exemple, le temps de décision lexicale correspond au temps nécessaire à un individu pour décider si une suite de phonèmes, ou plus souvent une suite de lettres, constitue ou non un mot de sa langue. Cette technique est souvent employée pour l'étude de la perception des mots ou de la structure du lexique mental.


La théorie de la décision

Il s'agit d'un théorie qui vise à rendre compte du comportement de l'individu dans les situations de choix, en mettant en avant la notion de risque dans les choix. Les situations dans lesquelles un individu est amené à prendre une décision sont à la fois très nombreuses et diverses, allant, par exemple, d'un simple jugement de taille entre deux stimulus, à des situations complexes comme le choix d'un traitement thérapeutique. On considère qu'il y a décision dès lors que l'individu doit choisir entre plusieurs réponses possibles. Aussi, on distingue les choix avec risques et les décisions en l'absence de risques.
Modéliser les processus de décision n'est pas simple en raison de la diversité des situations et des processus en jeu dans chacune d'entre elles. La théorie de la décision n'a d'ailleurs pas comme origine la psychologie mais les mathématiques, la statistique et l'économie. Appliquée à la psychologie, afin de rendre compte des procédures de choix, elle constitue un domaine très mathématisé. Un individu qui doit prendre une décision commence toujours par identifier les choix possibles. Ensuite, il essaie d'identifier les issues possibles résultant de la poursuite de chaque choix. Mais l'individu peut avoir des préférences. Ainsi, il assigne pour chaque action une utilité, qui exprime la désirabilité qu'il lui attribue. Or, l'évaluation de l'utilité est un problème subjectif. Par exemple, dans l'alternative suivante: soit jouer au dé et recevoir 50 francs si on gagne ou les perdre en cas contraire, soit ne pas jouer. Même si l'espérance mathématique est la même, les individus ont tendance à choisir la deuxième solution. Ainsi, l'utilité du deuxième choix est plus importante.
Une étape ultérieure dans la prise de décision concerne l'évaluation des probabilités d'occurrence de chaque issue. L'utilité de chaque issue possible est pondérée par sa probabilité d'apparition et ces utilités sont pondérées parmi les issues et une utilité globale de choix est établie. En fin de compte, le choix ayant l'utilité globale la plus élevée est sélectionné comme décision. Ainsi, utilités et probabilités sont les points centraux de la prise de décision.
Les applications des théories de la décision sont nombreuses et concernent des domaines très divers. Par exemple, dans le système pénal, les sentences prononcées par les magistrats peuvent poursuivre des buts différents (châtiment, dissuasion individuelle, dissuasion collective, protection du public, réadaptation). Les objectifs de la sentence peuvent être opérationnalisés en termes d'importance de poids des attributs. Dans le domaine médical, il est intéressant de modéliser la prise de décision concernant le diagnostic et la mise en route d'un traitement, compte tenu des symptômes présentés par l'individu, de l'efficacité des traitements pour ces symptômes, etc... De même, la gestion des risques technologiques ainsi que la perception de ces risques peuvent être modélisées par la théorie de la décision. Enfin, les décisions de management, qui doivent être prises dans des environnements complexes, peuvent s'appuyer sur ces théories. Ainsi, on peut entraîner les individus à l'utilisation de procédures qui améliorent les performances de prise de décision.


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