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La définition de Sensitifs



Le délire des sensitifs

Il s'agit d'un délire de structure paranoïaque apparaissant sur une personnalité n'ayant pas les caractéristiques sthéniques et expansives habituelles du paranoïaque, mais étant au contraire hyposthénique, plutôt introvertie et timide, dite sensitive selon la caractérologie d'Ernst Kretschmer.
Le délire des sensitifs, systématisé en secteur, reste centré sur les relations de l'individu avec son milieu proche (familial ou professionnel) et apparaît souvent à la suite d'une blessure narcissique parfois minime, celle-ci n'étant souvent que la goutte d'eau faisant déborder le vase de nombreuses humiliations jusque-là supportées sans réaction apparente. Son évolution, parfois chronique, est le plus souvent curable, surtout lorsque le patient est isolé de son milieu pathogène.
C'est donc, pour Kretschmer, le type de psychose réactionnelle d'une personnalité sensitive bien particulière. Le caractère sensitif, écrit-il en 1918, présente « d'une part, une douceur extrême, une faiblesse, une subtilité, une vulnérabilité et, d'autre part, un certain degré d'ambition, de conscience de soi et de ténacité ». Il s'agit à la fois d'un tendre, d'un timide, mais aussi d'un individu « compliqué, susceptible, ombrageux ». Le plus souvent discret, se livrant à l'introspection, aux scrupules, aux ruminations obsédantes, sa personnalité est proche de l'anancastique et de l'obsessionnelle. Aussi, pour Kretschmer, ce sont des conflits éthicosexuels qui seraient au centre de sa problématique névrotique prédisposante dans ses relations avec autrui, véritable névrose de relation, particulièrement évidente chez certaines femmes célibataires occupant des fonctions modestes et dévalorisantes dans une famille, un atelier, un commerce.


La survenue de la décompensation délirante

C'est à l'occasion d'une nouvelle vexation, d'une ultime atteinte à l'estime de soi que va se produire la décompensation délirante de cette névrose relationnelle. Elle va éclater brusquement. Selon Kretschmer, « le noyau de la maladie est représenté par un délire de relation polarisé, prenant pour point de départ une base affective nuancée, placée entre une insécurité humiliante et une autoaccusation provoquant le désespoir. » Et ce qui constitue pour Kretschmer les éléments fondamentaux de la symptomatologie de la décompensation délirante sont:

  • La subordination de l'ensemble du système idéo-affectif à l'expérience vitale reconnue pathogène.
  • L'accentuation, voire l'exacerbation, des principaux traits de la personnalité sensitive.
  • La fréquence d'un épuisement neurasthénique, qui peut être considéré comme une inflation dépressive.

C'est ainsi qu'il reconnaît au délire sensitif des possibilités d'alternance autant dans l'humeur que dans la certitude du postulat délirant. « Les oscillations particulièrement profondes entre la conviction morbide et la prise de conscience de la maladie, la fluidité, l'influençabilité et la clarté réduite du sens du réel, le sentiment constant de la maladie, les fluctuations, avec tous leurs degrés de transition, entre une véritable représentation délirante et une véritable représentation obsédante reflètent en même temps fidèlement la capacité accrue d'un sensitif à l'autocritique, que son indécision et que son manque de volonté combative. Ces oscillations montrent aussi la parenté étroite entre un sensitif atteint d'une psychose sensitive et un obsédé. » Ce qui explique l'intrication possible d'un délire des sensitifs avec une évolution névrotique obsessionnelle et une psychose maniacodépressive.
D'ailleurs, l'évolutivité est le plus souvent bénigne, la guérison apparaissant en quelques mois le plus souvent et se maintenant lorsque la réinsertion socio-professionnelle se fait dans de bonnes conditions. Rares sont les cas évoluant vers un délire paranoïaque chronique avec risque de passage à l'acte très grave.


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