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La définition de Sénescence


La sénescence désigne un état qui commence chez l'être humain à la fin de l'âge adulte, à l'issue de la maturescence. Elle s'accompagne de l'involution des fonctions physiologiques et psychologiques conduisant au vieillissement.


De la sénescence à la sénilité

Le sénescence est un processus biologique normal qui se produit en fait dès la fin de la période de croissance, mais qui ne devient perceptible que lorsque les diverses fonctions et la plupart des aptitudes ont subi un certain déclin. La sénilité en est le terme final, et est considérée comme pathologique si elle apparaît relativement vite (dès 70 ans). Car l'homme vieillissant est conduit à cette étape ultime plus ou moins rapidement, selon des facteurs constitutionnels ou génétiques, et selon les dégâts morbides, traumatiques ou toxiques que son organisme aura pu subir durant son existence.
C'est pourquoi l'âge de la vieillesse varie selon les individus, en fonction de ces différents facteurs, entre 65 et 85 ans. La gérontologie, science du vieillissement, est donc d'abord différentielle et doit étudier les différences de sénescence selon les conditions de vie (sociales, économiques, professionnelles, etc...) et selon les facteurs génétiques (biotype, patrimoine héréditaire, etc...).
Mais il y a aussi, pour un individu donné, une sénescence intra-individuelle différentielle. En effet, ses organes et fonctions, ses aptitudes ne vieillissent pas d'une manière égale. Certaines aptitudes sont plus rapidement sénilisées que d'autres. Là aussi, on retrouvera, à l'origine de ce vieillissement différentiel des aptitudes chez un même individu, des facteurs acquis et innés.


La sénescence au plan physique et psychologique

La sénescence conduit en fait à une diminution progressive de la marge d'adaptation au fur et à mesure que nous avançons en âge. Entre 20 et 60 ans nos organes sont ainsi faits qu'ils ont encore un excédent de puissance considérable, qui rend peu sensible cette diminution progressive de notre marge de sécurité. Par contre, à partir de la soixantaine, cette marge se réduit terriblement, et nous rentrons ainsi dans la voie étroite du troisième âge. Il y a là une conséquence fondamentale du vieillissement.
Cela est facile à démontrer au point de vue physiologique quand on soumet, par exemple, un organisme de 70 ans à un stress qui, à 30 ans, eût entraîné une réaction minime. On risque alors des troubles graves là où, quelques décennies plus tôt, on eût seulement constaté une réaction bénigne. Cela est également évident sur le plan psychologique. Il est bien connu que les personnes âgées, au fur et à mesure qu'elles se font plus vieilles, tendent à devenir de plus en plus rigides, de moins en moins adaptables, ouvertes vers le monde extérieur, de plus en plus fixées. C'est donc cette diminution des possibilités adaptatives qui va réduire, sur le plan psychologique, le champ d'action de l'individu sénescent, et conditionner les modifications de ses possibilités physiologiques et psychiques.


La détérioration de l'intelligence

L'intelligence, dans la mesure où elle représente justement un niveau supérieur de comportement adaptatif, en particulier l'intelligence dite de performance, est la première lésée par l'atteinte de la sénescence. D'ailleurs, on sait que dès que la croissance des capacités intellectuelles cesse au cours de la troisième décennie de la vie, le déclin commence. Aussi, selon Jean Poitrenaud, « L'âge de la performance maximale varie quelque peu selon les batteries de tests utilisées, mais se situe rarement au-delà de la vingt-cinquième année, et souvent beaucoup plus tôt. Le taux de décroissance est également variable mais reste toujours important, la performance moyenne des sujets de 60 ans correspondant généralement à celle des enfants de 13 ans. Entre 30 et 60 ans, la régression de la note avec l'âge semble approximativement linéaire. Beaucoup d'auteurs pensent qu'au-delà de cet âge, le déclin ne peut plus être représenté par une droite et qu'il s'accélère avec les années. Toutefois, il n'existe pas suffisamment d'études expérimentales chez les sujets les plus âgés pour confirmer entièrement cette dernière notion ».
Certaines études ont essayé de repérer les atteintes plus électives. Elles montrent que le vieillissement porte sur certaines facultés mentales dites pures. Par exemple, celle de Bilash et John Zubek qui, à l'aide de tests, ont cherché à apprécier la valeur de huit facultés mentales (compréhension, raisonnement, faculté de compter, perception, faculté d'élocution, mémoire, représentation spatiale et dextérité). Ils ont pu en tirer les conclusions suivantes:

  • En ce qui concerne d'abord les modifications dues à l'âge et portant sur les facultés intellectuelles en général, on peut dire que celles-ci déclinent progressivement entre 20 et 70 ans ; ce déclin, qui se fait graduellement jusqu'à la quarantaine, est beaucoup plus rapide après cet âge.

  • Pour les modifications portant plus particulièrement sur chacune des facultés spécifiques prises séparément, les chiffres montrent qu'il existe en réalité deux groupes de facultés, celles qui se modifient très peu avec l'âge (dont la compréhension, la faculté d'élocution, celle de compter et celle de l'appréciation des objets dans l'espace) et celles, au contraire, qui déclinent rapidement (le raisonnement, la mémoire, la perception et la dextérité manuelle).

Mais l'individu bénéficie pleinement de ses acquisitions antérieures. C'est ainsi que sur le plan intellectuel, un travail reste possible et même souhaitable. Quand le passé intellectuel est riche, les anciens travaux peuvent être encore approfondis, améliorés. Et beaucoup de philosophes, de savants ont pu, jusqu'à la fin, parachever une oeuvre personnelle. Des hommes de lettres, des romanciers, des poètes rédigent souvent en pleine lucidité le livre de leurs souvenirs, ou leurs Mémoires.
Si la diminution des forces physiques ne permet que rarement de poursuivre une activité professionnelle normale, il reste néanmoins possible de garder certaines habitudes techniques, gestuelles. Les activités artistiques ou, à un niveau moins élevé, celles de loisir (hobbies), telles que bricolage, jardinage ou autres, sont à poursuivre. Le vieillard peut également continuer à s'intéresser aux activités culturelles, folkloriques, mutualistes diverses. Son temps libre lui permet souvent d'y occuper des postes honorifiques, d'y assurer des permanences et un bénévolat d'une très grande utilité.


La sénescence au plan affectif

Sur le plan affectif pur, c'est bien entendu la personnalité antérieure qui commande l'adaptation. Il faut savoir que des régressions et des attitudes névrotiques accompagnent souvent la sénescence. Celles-ci peuvent enfermer le vieillard dans un cadre affectif particulièrement étroit où il ne fait que demander, ne cherchant plus à donner, se condamnant ainsi à un dessèchement progressif de sa sensibilité. Cependant, certains vieillards gardent toutes leurs possibilités d'aimance.
Il est certain que les conséquences psychopathologiques de la sénescence (dont on n'est pas sûr qu'elle s'accompagne dans tous les cas d'une véritable involution cérébrale) seront d'autant moins marquées que l'individu gardera de grandes possibilités d'investissement affectif et social, et conservera de nombreux intérêts culturels. Ainsi, il y a une véritable hygiène mentale de la sénescence, qui devra tout faire pour empêcher l'isolement, la rétraction sur soi, l'égocentrisme de la personne âgée, et lui permettre de poursuivre un grand nombre d'activités, dans un cadre familial et communautaire où elle puisse garder une bonne intégration.


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