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La définition de Sémiotique


La sémiotique désigne la science générale des signes.


L'histoire de la sémiotique

C'est John Locke qui a nommé sémiotique la science générale des signes. Par la suite, ce nom a été repris par Charles Peirce, puis par Charles Morris et Rudolf Carnap. Ferdinand de Saussure a pour sa part nommé sémiologie cette discipline. Cet usage dura jusqu'aux années 1960. À sa fondation, en 1969, l'Association internationale de sémiotique trancha pour l'usage anglo-saxon, qui s'est imposé dans les milieux académiques, mais non dans ceux de la communication.
Les disparates terminologiques traduisent malgré tout des différences épistémologiques. La principale intéresse la discipline fondatrice de la science des signes: pour la tradition peircienne, c'est la logique philosophique, tandis que pour la tradition saussurienne, c'est la linguistique. La première s'attache particulièrement aux langages formels et a cherché dans leur théorie les catégories fondamentales de l'étude des langues. Dans cette perspective, la sémiotique s'attache à la typologie des signes et à la définition formelle de leurs relations. L'autre problématique prend au contraire le langage comme point de départ. Ainsi les Prolégomènes à une théorie du langage de Louis Hjelmslev (1943) présentent une sémiotique générale qui devait permettre la description de tous les systèmes de signes. Cette sorte de sémiotique retient du saussurisme un non-réalisme de principe, tel que le problème de la référence ne se pose plus, et une forme de holisme tel que le système préexiste à ses éléments, et les relations aux termes.


Les quatre conceptions de la sémiotique

De nos jours, quatre conceptions de la sémiotique, inégalement représentées, correspondent à autant d'extensions de son objet:

  • La première restreint le champ d'investigation aux systèmes de signes non linguistiques, comme les signaux routiers, les blasons, les uniformes. Elle est illustrée par des linguistes fonctionnalistes comme Georges Mounin ou Luis Prieto.

  • La seconde définit le langage comme l'ensemble des principes communs aux langues et aux systèmes de signes non linguistiques. Elle recherche des relations sémiotiques et des structures fondamentales (comme le carré sémiotique selon Greimas, forme a priori de toute signification).

  • En étendant le concept de sémiotique au-delà des systèmes de signes intentionnels, on peut définir la sémiotique comme l'étude de la manière dont le monde, signes compris, fait sens. Ainsi, dans la tradition de la théorie augustinienne des signes naturels, la sémiotique peut étudier les indices: un nuage signifie la pluie différemment du mot pluie, mais la sémiotique peut dévoiler l'unité de ces façons de signifier, le signe étant alors défini très généralement comme une chose qui tient lieu d'une autre. Cette conception de la sémiotique suppose inévitablement une phénoménologie.

  • Certains auteurs étendent la sémiotique au-delà du monde humain, en laissant une place justifiée à la sémiotique animale (ou zoosémiotique). Réunissant les sciences sociales et les sciences de la nature et de la vie, ils exploitent des notions comme celle de code génétique, pour promouvoir une sorte de pansémiotisme, forme renouvelée de philosophie de la nature.

À ces quatre conceptions correspondent autant de types épistémologiques. La première fait de la sémiotique une discipline descriptive utilisant la méthode comparative. Elle reste alors une science sociale parmi d'autres. La seconde, plus ambitieuse, donne à la sémiotique la mission de servir de norme à toutes les sciences humaines. La troisième se confond avec une philosophie de la signification. Enfin, la dernière tend à effacer la distinction entre les sciences, comme entre sciences et philosophie.
Ces divergences quant à la façon de concevoir la sémiotique générale n'ont pas empêché, bien au contraire, que se multiplient des sémiotiques spécifiques.


Les différentes sémiotiques

La sémiotique discursive, qui entendit dans les années 1970 pallier l'absence d'une linguistique textuelle développée, se divisa en sous-disciplines selon les types de discours (juridique, politique, religieux, etc...). D'autres sémiotiques se distinguent par des critères sensoriels touchant les modalités de l'expression (sémiotiques visuelle, auditive, etc...). D'autres encore se spécialisent en fonction de pratiques culturelles (sémiotique de la danse, du cinéma, de la publicité, de la cuisine, etc...). D'autres enfin prennent pour objet des systèmes particuliers (sémiotique gestuelle) ou des secteurs de la réalité arbitrairement définis (sémiotique du récit, psychosémiotique, etc...).
Le rapport des sémiotiques spécialisées et les disciplines académiques constituées mérite d'être précisé. Par ailleurs, pour ce qui concerne la sémiotique générale, deux voies de constitution sont envisageables:

  • La voie fédérative: elle unirait les différentes sémiotiques pour former un champ interdisciplinaire.
  • La voie unificatrice: elle considérerait les sémiotiques particulières comme des sous-disciplines relevant d'une même science.

Seule la seconde voie a été explorée jusqu'à présent. Les ambitions dont elle témoigne sont sans doute liées à l'origine philosophique de la sémiotique. Elles ont eu pour contrepartie une faible implantation académique. En effet, la sémiotique ne s'est pas véritablement encore constituée en discipline autonome. De la voie suivie dépendra la forme, anthropologique ou ethnologique, que peut prendre une sémiotique des cultures pour peu qu'à la suite de Youri Lotman on définisse les cultures comme des systèmes plurisémiotiques.


Le lien entre la sémiotique et les sciences de l'esprit

Le courant empiriste et nominaliste lie indissolublement les idées et les signes. Ainsi, chez Guillaume d'Occam avec la théorie du langage mental, chez John Locke, chez Étienne de Condillac, pour qui les sciences sont des langues bien faites, et dans l'idéologie de Destutt de Tracy.
Les auteurs qui ont fondé les problématiques contemporaines sont restés à l'écart de la psychologie, le premier par un antipsychologisme de principe, le second semblant pencher pour une forme de sociologisme. En revanche, de grand théoriciens de la psychologie ont tiré partie de la sémiotique. Par exemple, Jean Piaget a repris la typologie saussurienne des signes pour étudier le développement sémiotique de l'enfant.
En psychologie cognitive, c'est la sémiotique issue du positivisme logique qui inspire, par exemple, la théorie du langage mental chez Jerry Fodor, en accord avec ses présupposés rationalistes, ce langage est formel, d'où le format propositionnel des représentations. Il en va de même en philosophie de l'esprit, comme en témoigne chez Dennett la définition du cerveau comme une machine syntaxique.
Une réflexion sur les rapports théoriques de la psychologie et de la sémiotique s'impose d'autant plus que, au-delà même de la psycholinguistique, un grand nombre de protocoles expérimentaux utilisent des stimulus sémiotiques (mots, phrases, dessins canoniques).


Le développement des conduites sémiotiques

C'est au cours de la seconde année qu'apparaissent les premières conduites sémiotiques, en particulier avec l'imitation différée. Pour Piaget, celle-ci joue un rôle très important dans la suite du développement cognitif, car elle est une préfiguration de la représentation. Ensuite, vient le jeu symbolique dans lequel le geste imitateur utilise des objets, éventuellement détournés de leur usage habituel pour être introduits dans le jeu afin de faire comme si. À peu près en même temps, apparaissent le langage et le dessin. Le premier utilise des signes conventionnels, arbitraires et collectifs. En effet, il s'agit d'un code qui est fourni à l'enfant par l'environnement social. Par contre, le dessin utilise des signifiants qui ressemblent aux signifiés. Mais en fait, dans le dessin, l'enfant représente souvent beaucoup plus ce qu'il sait des choses que ce qu'il en voit.
Quant à l'image mentale, elle a dans la fonction sémiotique un statut particulier. En effet, c'est la part des représentations mentales qui conserve un caractère analogique et, à ce titre, elle fournit les modèles internes imagés qui s'extériorisent dans le langage, le dessin, les gestes ou le jeu symbolique. C'est pourquoi le dessin peut fournir des renseignements sur les propriétés de ces représentations imagées (aspects figuratifs et opératifs) et sur leur évolution avec l'âge.


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