Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par R > La définition de raisonnement


La définition de Raisonnement


Le raisonnement désigne une suite opérations mentales permettant, à partir de propositions initiales (ou prémisses), de dériver une proposition nouvelle (ou conclusion), en vertu des contraintes imposées par les relations entre les éléments considérés. Ces opérations peuvent se manifester par des arguments explicites, comme dans la démonstration, ou demeurer implicites.


L'analyse du raisonnement

Le raisonnement constitue une inférence. Le premier terme est généralement préféré au second pour insister sur la démarche suivie ou sur l'existence d'opérations intermédiaires entre les prémisses et la conclusion. Le raisonnement ne se confond pas avec l'exercice de la pensée. Il n'est qu'une des formes de l'activité mentale ou intellectuelle, comme la compréhension ou la prise de décision. Il ne se confond pas non plus avec la déduction car il existe d'autres types de raisonnement comme l'induction ou l'analogie. Il intervient dans de très nombreuses situations, notamment dans la compréhension du discours, la résolution de problème, l'apprentissage, et pas seulement dans les situations où on procède explicitement à une déduction.
Dans l'analyse du raisonnement, logiciens et psychologues n'ont pas les mêmes objectifs. Les premiers se proposent d'identifier les inférences valides et de construire des systèmes formels permettant de les engendrer à partir de quelques axiomes et de quelques règles. Les psychologues ont une démarche descriptive et explicative. Il s'agit tout d'abord de repérer quelles sont les règles d'inférence utilisées spontanément par les individus et de déterminer si elles coïncident avec celles du logicien. Il s'agit aussi d'identifier les facteurs en jeu dans la sélection de ces règles ainsi que les opérations de traitement qui sous-tendent le raisonnement. Il faut souligner que, dans de nombreuses situations, il n'existe pas de schémas formels d'inférence qu'il suffirait d'emprunter à la logique standard, ou alors qu'ils sont inapplicables à cause des contraintes imposées à l'activité cognitive (par exemple, la charge de la mémoire de travail).


Les biais de réponse et le raisonnement formel

Un raisonnement est dit formel s'il est conduit en tenant compte seulement des relations entre objets ou propositions sans faire appel à des connaissances sur les objets mentionnés. Ce type de raisonnement est caractéristique de la déduction, c'est-à-dire de l'inférence consistant à déterminer quelle conclusion, s'il en est une, est nécessairement entraînée par les prémisses. Une question qui a suscité de nombreux travaux porte sur la capacité des individus à évaluer correctement les schémas d'inférence valides et non valides identifiés par les logiciens. Dans les tâches utilisées, on présente les prémisses correspondant à un schéma d'inférence, et les individus doivent indiquer si la conclusion proposée est nécessairement vraie ou bien indiquer eux-mêmes la conclusion correcte. Il existe toujours une réponse correcte, y compris la réponse qu'il n'y a pas de conclusion valide.
La proportion de réponses correctes fournie par des adultes varie grandement selon la nature des inférences à réaliser. Les énoncés utilisant des quantificateurs et la relation d'inclusion permettent de construire des schémas d'inférence dits syllogismes catégoriels. Par exemple, pour les prémisses « tous les A sont B, tous les B sont C », la grande majorité des individus sélectionnent la réponse correcte « tous les A sont C », alors que pour les prémisses « tous les A sont B, tous les C sont B » moins de la moitié choisissent la réponse correcte « il n'y a pas de conclusion valide ». De nombreuses études ont été également réalisées avec les syllogismes conditionnels construits avec deux prémisses dont la première est l'énoncé « si P alors Q ». Lorsque la seconde prémisse est « P », la quasi-totalité des individus concluent de façon valide « Q », alors que lorsqu'elle est « Q » un tiers concluent de façon invalide « P ».
Loin de se répartir au hasard, les erreurs manifestent des tendances systématiques, ou biais de réponse. Un biais très répandu consiste à sélectionner une conclusion en faisant intervenir des connaissances ou des croyances relatives au domaine évoqué (par exemple, juger invalide l'inférence « tous les peintres sont artistes, tous les artistes sont riches, donc tous les peintres sont riches » parce qu'il y a des peintres pauvres). Un biais célèbre est l'effet d'atmosphère propre aux syllogismes conditionnels, qui consiste à privilégier une conclusion avec une négation lorsqu'une des prémisses est négative, et une conclusion avec le quantificateur particulier « quelques » lorsque l'une des prémisses comporte celui-ci. Par ailleurs, on a relevé une absence de stabilité des réponses lorsque les mêmes syllogismes sont présentés plusieurs fois avec des modifications définies respectant leur structure formelle ou sans modification. Ces erreurs sont invoquées par certains pour affirmer que le raisonnement humain n'est pas régi par des règles de logique, qu'il s'agisse de la logique standard des logiciens ou d'une logique naturelle propre à l'individu non logicien.


Le raisonnement inductif

Le raisonnement inductif consiste à généraliser à tous les éléments d'une catégorie une propriété commune à quelques éléments connus de celle-ci sans que la conclusion de l'inférence soit une conséquence nécessaire des prémisses. Il est étudié habituellement dans des tâches de découverte d'une règle. Mais ces tâches sont souvent trop complexes car elles mettent en jeu d'autres composantes et notamment de nombreuses inférences déductives, ainsi que des présupposés sur la situation.
Un aspect de l'induction concerne la formulation d'une ou plusieurs conjectures. Certaines formes de règles sont envisagées préférentiellement à d'autres (par exemple, des règles avec une conjonction plutôt qu'une disjonction des propriétés pertinentes). Certaines méthodes sont privilégiées pour identifier le facteur responsable d'un phénomène dans les tâches de raisonnement expérimental, comme celle consistant à faire varier un seul facteur à la fois.
Un autre aspect concerne l'évaluation d'une conjecture, étudié notamment dans des tâches où les individus doivent indiquer si les données disponibles infirment ou confirment une règle conditionnelle comme « s'il y a un C d'un côté d'une carte, il y a un 7 de l'autre côté ». En pareil cas, on a observé un biais de confirmation consistant à sélectionner les cas qu'on observerait si la règle était vraie plutôt que les cas incompatibles avec elle et donc susceptibles de l'infirmer.


Le raisonnement par analogie

Le raisonnement par analogie repose sur l'identification d'un même type de relation entre des éléments tels que « C est à D comme A est à B ». Il permet soit de découvrir le quatrième terme, D, connaissant les trois autres et la relation entre A et B, soit de découvrir la relation entre C et D, connaissant les quatre éléments. Il n'a pas retenu l'attention des logiciens dans le passé, mais aujourd'hui, les psychologues lui attribuent une grande importance dans la compréhension du langage et la résolution de problème.
La conceptualisation usuelle fait intervenir deux situations jugées analogues:

  • Une situation-source: familière.
  • Une situation-cible: où interviennent les difficultés rencontrées.

Une relation ou une structure particulière est empruntée à la première pour être transférée à la seconde, où elle permettra d'identifier un rôle fonctionnel, un moyen pour atteindre un but et des contraintes. Une question préalable est de savoir comment l'individu évoque une situation-source: directement, parce que les traits de la situation-cible activent la représentation d'une autre situation comportant ces mêmes traits, ou via des concepts ou des schémas superordonnés? Une autre question concerne la façon dont on identifie le rapport pertinent entre les éléments de la situation-source: elle fait bien sûr appel à des connaissances sur le monde, mais est-ce l'objectif poursuivi ou le degré d'appariement qui est déterminant dans la sélection?


Le raisonnement pratique

Le raisonnement réalisé dans les tâches quotidiennes ne présente généralement pas les caractéristiques des tâches de raisonnement formel. Il faut tout d'abord sélectionner les informations qui constitueront les prémisses. On ne peut se restreindre aux seules conclusions valides en rejetant les autres car l'obligation de décider peut nécessiter une conclusion même dans les cas où on ne dispose pas de garantie suffisante de sa validité. Cette obligation de parvenir à une conclusion utile peut justifier l'utilisation de toutes les informations disponibles au lieu de raisonner exclusivement sur la forme des propositions. On appelle raisonnement pratique (ou informel, ou plausible) le raisonnement réalisé en pareil cas.
Pour décrire ce raisonnement, certaines études visent à identifier des schémas d'inférence particuliers à celui-ci. D'autres concernent sa structure: il procéderait plutôt par accumulation d'arguments favorables à une conclusion que par un enchaînement de propositions intermédiaires jusqu'à la conclusion. Il mettrait en jeu un univers toujours ouvert et non un univers clos défini par les prémisses. Ces caractéristiques suggèrent que les biais du raisonnement formel résultent de sa contamination par le raisonnement pratique.


Les grandes options théoriques

Les polémiques concernent principalement l'intervention de règles logiques dans le raisonnement déductif. Une option considère que les règles de la logique standard appartiennent bien à la compétence des individus. S'il y a des erreurs, c'est parce qu'ils se trompent sur la nature de la tâche ou parce qu'ils commettent des erreurs sur le nombre des prémisses et leur interprétation. Une autre approche invoque deux niveaux de compétence logique:

  • Le premier niveau: il est constitué par un petit ensemble de règles d'inférence très simples, comme « P ou Q non-P » donc « Q ». Ces règles sont mises en jeu par la compréhension du langage dans toutes les cultures, elles sont indépendantes du niveau d'instruction et maîtrisées vers 6 ou 7 ans.
  • Le second niveau: il est dépendant du niveau d'instruction. Il englobe des règles supplémentaires et met en jeu une attitude différente consistant à s'en tenir à ce qui est effectivement dit au lieu de chercher à identifier ce que veut dire autrui.

Il existe des positions radicales qui affirment que le raisonnement n'est pas régi par des règles logiques, en entendant par là des règles intériorisées indépendantes du contenu sémantique des énoncés et du contexte situationnel. Comment peut-on raisonner sans logique? Une option considère que l'individu se construit une ou plusieurs représentations des prémisses consistant à imaginer une situation qui en est une illustration particulière. Chaque modèle mental ainsi créé spécifie une relation supplémentaire non mentionnée dans les prémisses, qui constitue une conclusion provisoire. Elle est adoptée si on ne rencontre pas de conclusion différente. D'autres options insistent sur l'utilisation de connaissances spécifiques à la situation ou relatives à une classe de situations et donc plus abstraites.


Le raisonnement hypothético-déductif

Il s'agit d'un raisonnement qui procède à partir d'une proposition conditionnelle, c'est-à-dire de l'énoncé une hypothèse. La procédure déductive consiste à tenir pour vraie, à titre provisoire, cette proposition première qu'on appelle, en logique, le prédicat et à en tirer toutes les conséquences logiquement nécessaires, c'est-à-dire à en rechercher les implications. Soit la proposition P: « X est un homme ». Elle implique la proposition suivante Q: « X est mortel ». Le signe représente cette relation entre P et Q (P > Q). Il n'y a pas de cas où l'on puisse énoncer P sans Q. Cet exemple est celui d'une implication stricte, telle qu'on la trouve dans le syllogisme.
Au XIXe siècle, on opposait le raisonnement hypothético-déductif à l'induction, modèle du raisonnement expérimental. Mais les analyses de Claude Bernard ont fait justice de cette opposition. Plus tard, Gaston Bachelard a démontré que l'induction, en sélectionnant et construisant les faits sur lesquels elle travaille, procède à une inférence à partir, soit d'un fait unique, soit d'un petit nombre d'observations et qu'elle en déduit les conséquences nécessaires à leur généralisation.
En psychologie, c'est Édouard Claparède qui, le premier, a souligné l'importance de l'implication dans le développement de la pensée, et son rôle dans les anticipations adaptatives. C'est également lui qui a inspiré les travaux de Jean Piaget sur la logique propositionnelle. Piaget a montré que le recours au raisonnement hypothéticodéductif s'élabore progressivement chez l'enfant, à partir de 6-7 ans, et que ce type de raisonnement n'est utilisé systématiquement, en partant d'une fonction propositionnelle stricte (appelée formelle en logique), qu'à partir de 11-12 ans.


Le raisonnement par défaut

Il s'agit d'un raisonnement qui, en l'absence d'une règle universelle ou d'une information spécifique, s'appuie sur le cas le plus général. Une règle universelle comme « tous les A sont P » (d'où il suit qu'un a particulier, qui est un A, est P), ou bien une information spécifique (par exemple, celle qui dit que cet a particulier est P) permettent de raisonner à coup sûr. Une simple régularité comme « les A, en général, sont P » ne le permet pas. Mais on peut, si l'on doit absolument prendre une décision, poser par défaut (d'information adéquate) que « cet a particulier est P », et raisonner à partir de là. Ce type de raisonnement engendre évidemment des difficultés s'il s'avère après coup que « a n'est pas P », et fait partie des exceptions à la régularité utilisée.


Autres termes psychologiques :