Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par P > La définition de perception sociale


La définition de Perception sociale


La perception sociale désigne l'ensemble des processus par lesquels nous nous donnons une connaissance des autres et de nous-mêmes.


Les thèmes relatifs à la perception sociale

Les thèmes majeurs des études sur la perception sociale recouvrent la manière dont nous percevons les caractéristiques des autres et rendons compte de leur comportement, les divers facteurs susceptibles d'affecter nos opérations de perception ainsi que les conséquences de nos connaissances sur nos interactions sociales.
La perception sociale se distingue de la perception des objets par le fait que la cible du jugement est elle-même un individu percevant. Les enjeux diffèrent parce que l'on se trouve face à une cible qui s'affirme comme source d'action et de réaction. Les éléments constitutifs de la perception sociale recouvrent des aspects aussi divers que les attributs démographiques, les rôles sociaux, l'apparence physique, les comportements, les attitudes, les opinions, les traits de personnalité, les capacités, les émotions, etc... Les traits de personnalité font l'objet d'un traitement de faveur, du moins dans les sociétés occidentales et dans la population adulte. Les rôles sociaux et les origines sociales paraissent jouer un rôle plus important chez les enfants et dans les sociétés non occidentales.
Face à l'optique réaliste selon laquelle ce sont les attributs de la personne observée qui exercent leur impact sur le jugement de l'observateur, la perspective constructiviste, voire idéaliste, avance au contraire que les connaissances et les objectifs de l'observateur affectent de façon déterminante la perception sociale. Les recherches menées depuis une cinquantaine d'années illustrent la tension constante entre ces deux tendances. Les positions ne sont d'ailleurs pas toujours tranchées et des éléments issus des deux horizons viennent souvent agrémenter les points de vue théoriques.


La formation d'impression

La recherche contemporaine sur la perception sociale doit beaucoup aux travaux conduits par Solomon Asch sur la formation d'impression. Ce chercheur d'inspiration gestaltiste rompt avec la tradition axée sur l'évaluation du degré d'exactitude du jugement social et propose d'étudier la perception sociale des individus en tant que processus de construction de la réalité sociale. Sur la base d'une courte liste de traits censés représenter une personne, les individus doivent se forger une impression et associer d'autres traits. Ces travaux montrent que les premiers traits d'une liste orientent la perception de manière plus décisive que les traits suivants (l'effet dit de primauté) et que l'introduction de certains traits plutôt que d'autres dans la liste affecte l'impression finale de manière plus importante (l'effet dit de centralité).
Pour expliquer ces effets, Jerome Bruner et Renato Tagiuri ont recours à la notion de théorie implicite de personnalité (TIP). Une TIP est une structure mentale qui relie les traits les uns aux autres et qui les organise autour de quelques dimensions significatives. Les traits contenus dans une liste guident les percevants vers d'autres traits sur base de leur TIP. Les travaux classiques soulignent l'existence de deux grands axes indépendants:

  • la compétence sociale
  • la compétence intellectuelle

Roger Brown synthétise les explications des effets de primauté et de centralité en suggérant que ce sont les traits qui apportent le plus d'informations, à savoir les premiers de la liste ou les premiers sur un nouvel axe, qui orientent l'impression. Face à ce courant de recherche, les expériences conduites par Norman Anderson contestent l'approche constructiviste en montrant que de simples modèles algébriques de pondération des informations sont aussi capables de rendre compte des jugements.
Vers la fin des années 1970, le manque de contraintes théoriques rend impossible l'arbitrage entre le modèle configural à la Asch et le modèle algébrique à la Anderson. Les développements théoriques et méthodologiques de la psychologie cognitive font leur entrée en psychologie sociale et contribuent à éteindre le débat. La métaphore de l'ordinateur et les modèles de mémoire modifient en profondeur les conceptions des chercheurs. L'impression d'autrui n'est plus envisagée comme une valeur sur une échelle évaluative, mais comme un réseau d'associations entre des informations portant sur une cible donnée. La conception typologique et hiérarchique vient concurrencer le point de vue dimensionnel. Renouant avec les préoccupations de Jerome Bruner, père d'un courant nouveau dans le domaine de la perception, la recherche s'articule désormais autour de la notion de catégorisation.


La catégorisation des personnes

L'activité de catégorisation se situe au cœur de ce qu'est la perception et consiste à regrouper des éléments sur base d'une cohérence subjective. Les psychologues sociaux ont rapidement adopté les thèses d'Eleanor Rosch pour qui les catégories sont des ensembles flous, constitués autour d'un membre représentatif, le prototype, et basés sur des listes d'attributs caractéristiques. Même si l'approche prototypique s'appuie sur un modèle dans lequel la modification des connaissances se fait de manière progressive face aux propriétés des objets, elle se situe aussi au cœur d'une perspective constructiviste qui scande le rôle du schéma dans le filtrage de la réalité.
Des propositions théoriques ultérieures consacrent le rôle de chaque membre de la catégorie, appelé exemplaire, et plaident pour un impact plus net des informations objectives dans la constitution des catégories. Le modèle de stockage des données prône alors la coexistence des informations résultant de l'assimilation d'une réalité brute confrontée aux connaissances antérieures. Ainsi, les travaux sur la catégorisation sociale renouent, certes de manière plus complexe, avec l'opposition entre le schéma, qui oriente la perception selon un mode dirigé par les théories, et les données de l'environnement, qui génèrent du sens de l'extérieur.
Pour dépasser le dualisme traditionnel entre le sujet et l'objet, les modèles contemporains de la catégorisation proposent de prendre en compte les échanges simultanés et dynamiques entre les individus et leur environnement, soulignant par là la grande flexibilité des catégories ainsi que leur caractère pragmatique. Si l'activité de catégorisation ne peut se satisfaire d'un relativisme absolu et doit s'ancrer dans les propriétés objectives des objets, l'individu reste tenu de sélectionner les critères qui lui permettront de construire la similitude externe en fonction de ses objectifs et de ses connaissances antérieures. La catégorisation découle ainsi d'une activité explicative visant à mettre en rapport des caractéristiques de surface tant entre elles qu'avec des propriétés sous-jacentes. L'hypothèse d'une telle épistémologie naïve, qualifiée d'essentialisme psychologique, offre des similitudes frappantes avec les intuitions de Fritz Heider en matière d'attribution causale.


La perception stéréotypée ou individuelle

Les modèles récents de formation d'impression incorporent le conflit entre les schémas et les informations de l'environnement. D'un côté, on retrouve les stéréotypes, qui sont des croyances partagées portant sur les attributs et comportements d'un groupe humain. De l'autre, il y a l'affirmation des propriétés uniques des individus. Le travail de formation d'impression démarre sur base de caractéristiques saillantes tels le sexe, l'âge ou l'apparence physique qui évoquent de façon automatique un certain type de personne ou un stéréotype social.
Selon le modèle du continuum de Susan Fiske et Steven Neuberg, l'impression initiale basée sur la catégorie sociale est ensuite affinée, pour peu que les propriétés de la cible entrent en conflit avec les attentes ou que la cible revête un intérêt particulier pour le percevant. L'attention accordée aux données extérieures dépend toutefois de la disponibilité de ressources cognitives. Qu'ils prônent un continuum ou distinguent plus nettement les traitements catégoriel et personnalisé, ces modèles s'inscrivent dans la droite ligne des nombreuses recherches montrant, d'une part, l'accès aisé aux informations stéréotypées sur base des étiquettes catégorielles, et d'autre part, le recours accru aux schémas dans toutes les situations de perception réputées difficiles. Le rôle central de la saillance ressort également dans les travaux sur l'illusion de corrélation. Au cœur d'un débat passionné, ce phénomène renvoie à l'association établie par les percevants entre les comportements négatifs et les groupes minoritaires, deux aspects saillants de l'environnement, et permettrait de rendre compte de l'émergence des stéréotypes.
De façon paradoxale, l'optique constructiviste des cognitivistes sociaux côtoie la thèse selon laquelle il existe une réponse exacte et définitive sur la nature d'autrui. La perception individuelle est réputée plus proche de la réalité que les jugements basés sur les catégories. En payant le prix sur les plans cognitif et motivationnel, le percevant peut espérer purifier son jugement des a priori catégoriels qui l'entachent. Cette conception est de plus en plus contestée. D'abord, la perception personnalisée ne peut se concevoir autrement que comme un acte de catégorisation. Ensuite, les ressources cognitives et motivationnelles peuvent aussi être mises au service de l'étayage du jugement catégoriel. Enfin, et surtout, les travaux dans le domaine de l'identité sociale révèlent que les individus agissent souvent en termes de l'une ou l'autre de leurs appartenances sociales. Dans ces conditions, la perception sociale basée sur la catégorie présentera un avantage pragmatique certain.


La confirmation d'hypothèse et la gestion de l'inconsistance

En accord avec la perspective constructiviste, le fait que les percevants puissent se rabattre sur des croyances stéréotypées réduit le besoin de s'attarder ensuite aux nouvelles données. Les recherches indiquent aussi que les percevants interprètent les informations nouvelles dans le sens de leurs attentes. Ce phénomène est d'autant plus marqué que les éléments nouveaux sont ambigus et se prêtent à des lectures multiples. Les travaux sur le phénomène d'amorçage sont particulièrement éloquents à cet égard. L'activation passagère d'un label catégoriel, même de manière subliminale, c'est-à-dire trop rapide pour accéder à la conscience du percevant, lors d'une première tâche expérimentale, influence les jugements ultérieurs d'une cible ambiguë sur la dimension considérée. Toutefois, l'impact s'inscrit dans le cadre des croyances stéréotypées des percevants. Une autre tendance consiste à ne pas s'attarder sur les informations qui contredisent les attentes, mais à se concentrer au contraire sur les éléments qui confirment le stéréotype. Enfin, les attentes manifestent leur impact lorsque les gens entreprennent de recueillir de nouvelles informations. Ainsi, de nombreux travaux montrent que les gens interrogent une cible en posant des questions qui sont biaisées dans le sens de leurs a priori. De plus, les données révèlent que les attentes des percevants orientent leur comportement de telle manière que ces dernières se voient confirmées dans les réactions des cibles. Ce phénomène est connu sous le nom d'effet Pygmalion. Ainsi, des percevants informés à propos de la beauté physique, du sexe, etc... des cibles provoquent chez des cibles naïves des réponses qui corroborent le stéréotype.
Si les attentes de l'observateur sont susceptibles de se perpétuer en façonnant la réalité sociale, les remises en cause n'en sont pas moins possibles. Pour ce qui est de la perception des personnes, les modèles en réseau associatif suggèrent que les informations relatives à un individu s'organisent autour d'un noyau central auquel viennent s'accrocher les données consistantes, neutres ou inconsistantes. Si la motivation et les capacités cognitives le permettent, les informations inconsistantes font l'objet d'un travail de réconciliation qui se traduit par une meilleure mémorisation mais pas forcément par une prise en compte effective dans l'impression finale. En fait, des corrections sont envisageables lorsque le percevant privilégie une approche empathique de la cible, quand la cible se rend compte de l'inadéquation de la conception du percevant et la corrige de façon active ou si l'écart entre les attentes et la réalité est trop marqué. Dans le cas de la perception d'un groupe, la littérature reprend trois modèles de modification des croyances stéréotypées face aux informations contradictoires:

  • Le modèle du comptable: il envisage une mise à jour progressive au rythme des rencontres avec l'inconsistance.
  • Le modèle de la conversion: il suggère l'immobilisme face à une contradiction modérée mais il suggère le changement radical devant une contraction massive.
  • Le modèle du sous-typage: il soutient que les inconsistances donneront lieu à une discrimination plus fine au sein de la structure catégorielle, laissant intactes les attentes stéréotypées.

Les travaux empiriques privilégient le modèle du comptable lorsque la majorité des représentants du groupe stéréotypé produisent des comportements inattendus et celui du sous-typage lorsque les inconsistances sont concentrées chez une minorité de membres.


Autres termes psychologiques :