Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par C > La définition de catégorisation


La définition de Catégorisation


La catégorisation désigne une activité cognitive qui vise à ranger dans une même classe des objets ou des personnes de même nature.


Le développement de la catégorisation

La classification opératoire n'est acquise par l'enfant que vers 8 ou 9 ans. Néanmoins, des activités de rassemblement d'éléments autour d'une propriété commune ont été observées dès le milieu de la première année. Plus précisément, on peut noter différents type de catégorisation:

  • Les groupements par l'usage: vers l'âge de 6 mois, les nourrissons savent classer les objets en fonction de l'action qu'ils peuvent leur appliquer (objets suçables, saisissables, faiseurs de bruit, etc...). Jean Piaget considère ce mode de groupement comme une simple appartenance schématique. Aussi, les définitions par l'usage (par exemple, une chaise, c'est fait pour s'asseoir, etc...) données par des enfants beaucoup plus grands témoignent d'une persistance de ce mode de groupement.

  • Les associations diverses: ce sont des associations qui se font de proche en proche. Elles sont opérées à partir d'un ensemble d'objets plus ou moins hétéroclite, par les enfants entre 2 et 5 ans, lorsqu'on leur demande de « mettre ensemble ce qui va ensemble ». Le groupement se fait soit par appartenance à une même structure perceptive, par lien fonctionnel ou thématique, soit par des groupements successifs mais non indépendants autour de différentes propriétés communes (par exemple, une balle et une banane vont ensemble parce qu'elles sont jaunes, la banane est associée à la poire et aux cerises parce qu'on peut les manger, etc...).

  • L'abstraction d'un invariant perceptif: dès l'âge de 6 mois, le nourrisson est capable d'extraire une invariance à l'intérieur d'un ensemble d'objets. Ce peut être l'orientation, commune aux photos de différents hommes tous présentés de face, ou bien l'identité individuelle d'un même homme photographié sous divers angles (de profil, de face, de trois quarts), ou encore l'ensemble des visages masculins opposé à celui des visages féminins. Avec un matériel plus complexe, dans lequel une série de visages varient sur plusieurs dimensions à la fois, par exemple la longueur du nez, ou encore la distance entre les yeux, les nourrissons de 10 mois se construisent un prototype de l'ensemble à partir des valeurs moyennes prises sur ces dimensions au cours de l'apprentissage. Ce prototype n'a besoin de correspondre à aucun des visages présentés, c'est cependant à lui que sera confronté tout nouveau visage.

  • Les collections non figurales de Piaget: entre 5 et 7 ans, l'enfant constitue de petits ensembles, qu'il divise à l'occasion en sous-ensembles. L'indifférenciation entre compréhension et extension cède la place à une différenciation partielle et à un début d'ajustement réciproque entre compréhension et extension. Mais le réglage des relations entre tous et quelques n'est pas encore maîtrisé.

La catégorisation sociale

Il s'agit du processus selon lequel les objets (sensoriels, perceptifs ou cognitifs) sont classés dans des groupements basés sur leur similarité ou leur équivalence. Ce processus est très pratique dans la mesure où il permet de généraliser les propriétés attribuées à une catégorie en les attribuant à tous les objets qu'elle comprend et, de là, d'ordonner et d'associer des classes d'objets et d'événements. Cela s'applique aussi bien aux objets du monde physique qu'à ceux du monde social.
On parle de catégorisation sociale lorsque les critères qui fondent les perceptions et les jugements sont socialement construits et/ou sont socialement transmis. Généralement, ces critères sont appliqués de façon plus évidente à la perception sociale et au jugement social sur les personnes.


Les premiers travaux sur la catégorisation sociale

Ce sont des auteurs comme Gordon Allport (1954) qui ont menés les premiers travaux sur la catégorisation sociale. Selon Allport, les catégories sociales sont des généralisations abusives qui décrivent les caractéristiques des membres des groupes sociaux. Henri Tajfel a repris cette idée en affirmant que ces catégories sont construites à travers un processus d'accentuation. C'est-à-dire que nous exagérons les différences entre les membres de catégories opposées (différenciation intercatégorielle) et les similitudes entre les membres d'une même catégorie (assimilation intracatégorielle).
Cette idée a été reprise par la théorie de la catégorisation de soi, élaborée par John Turner, Mickael Hogg, Penny Oakes, Steve Reicher et Margaret Wetherell, en 1978. Selon cette théorie, les catégories sociales sont construites sur la base d'une estimation subjective de la raison entre les différences moyennes entre les membres de catégories différentes et les similitudes moyennes entre les membres de la même catégorie. Aussi, une catégorisation sociale aura lieu lorsque le contexte nous permet d'établir une raison supérieure à zéro. C'est le principe du métacontraste. Ainsi, le processus d'accentuation et le principe du métacontraste illustrent bien la fonction de simplification cognitive que remplit la catégorisation sociale.


Les fonctions des catégorisations sociales

La catégorisation sociale dépend notamment des critères de pensée et des valeurs qui nous sont transmis. Ces valeurs et critères se cristallisent et, dans les phases de notre développement cognitif et social, ces catégories deviennent inextricablement liées à des valeurs et à des logiques de raisonnement qui sont socialement construites et transmises. Pour Allport et pour Tajfel, si les stéréotypes ont toutes les fonctions des catégories cognitives, leur contenu n'est pas arbitraire, dans la mesure où il sert à justifier et à rationaliser les rapports entre groupes sociaux et la place qui leur est attribuée au sein de la société. Ainsi, ces catégorisations ont une fonction sociale.
En outre, en catégorisant autrui, nous nous catégorisons nécessairement nous-mêmes en tant que membres de la même catégorie ou d'une catégorie opposée. Autrement dit, la catégorisation sociale est réflexive, dans la mesure où elle détermine la conception de soi de celui ou celle qui catégorise. Il s'agit donc d'un processus à la fois:

  • Cognitif, avec la connaissance de l'existence des catégories et de leurs contenus.
  • Evaluatif, avec la valeur que nous accordons à ces catégories.
  • Emotionnel, avec les conséquences psychologiques de cette connaissance et de cette évaluation.

Ainsi, les catégories sociales ont une fonction identitaire. C'est à travers elles que nous construisons notre identité sociale.


Les biais liés à la catégorisation sociale

La catégorisation sociale explique nombre de biais cognitifs, perceptifs et comportementaux dans la vie de tous les jours.
Tout d'abord, à la suite d'une catégorisation, nous nous attendrons à ce que les attributs présentés par les individus correspondent aux catégories qui sont devenues saillantes en fonction de cette catégorisation et nous négligerons d'autres attributs. La conséquence la plus importante de ce processus est la construction de stéréotypes.
Ensuite, l'association entre nos catégorisations sociales et notre identité et l'effort de construction ou de maintien d'une identité sociale positive, nous engage par rapport à nos catégories d'appartenance et crée une attitude de favoritisme à l'égard de l'endogroupe.
Enfin, en essayant d'assurer, à travers nos jugements et nos comportements à l'égard de notre catégorie et de celles qui s'y opposent, une image de nous-mêmes satisfaisante, nous nous engageons dans des processus de différenciation et de discrimination sociales (par exemple, le racisme, le nationalisme, la xénophobie, le sexisme, etc...). Nous essayerons d'assurer, à travers nos comportements, la supériorité relative de notre catégorie par rapport aux autres.


Autres termes psychologiques :