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La définition de Perceptive



L'activité perceptive

Selon Jean Piaget, l'activité perceptive désigne un processus de mise en relation de centrations, ou de leur produit, à des distances dans l'espace ou dans le temps excluant une interaction immédiate.
Bien qu'elles se concrétisent par des comportements observables tels que des déplacements oculaires ou manuels, ou par des réponses graphiques ou verbales d'identification, de mémorisation, etc..., les activités perceptives ne peuvent être qu'inférées. Piaget classe parmi ces activités:

  • L'exploration oculaire ou tactile: son rôle serait de coordonner des centrations successives.
  • Les transports et les transpositions: ils auraient une fonction de comparaison.
  • Les mises en référence par rapport à des axes de coordonnées.
  • Les schématisations.

Les activités perceptives sont pour Piaget des variétés d'activités sensori-motrices, susceptibles comme ces dernières de se généraliser selon une structure commune, un schème, sous l'influence de la répétition.
Les activités perceptives augmentent avec l'âge, mettant en relation des éléments de plus en plus nombreux, à des distances de plus en plus grandes, ce qui a pour conséquence à la fois un affaiblissement de certaines erreurs perceptives (les illusions primaires) et l'apparition de nouvelles erreurs (les illusions secondaires). Piaget interprète les deux effets dans le cadre de sa loi des centrations relatives. Les illusions primaires et secondaires ont la même origine: l'hétérogénéité des rencontres entre des éléments d'une figure et des éléments récepteurs d'un observateur. Dans le cas des illusions primaires (ou effets de champ), les erreurs seraient dues à des inégalités dimensionnelles entre éléments d'un même champ de centration, qui entraîneraient une hétérogénéité des densités de rencontre sur ces éléments. En multipliant les centrations, l'activité perceptive tendrait à homogénéiser les rencontres et ainsi à diminuer l'erreur (effet de décentration). Les illusions secondaires seraient dues, elles aussi, à une hétérogénéité des rencontres entre divers éléments du champ visuel, bien que ceux-ci ne présentent aucune inégalité dimensionnelle. La probabilité d'homogénéité des rencontres serait donc très forte à l'origine et c'est seulement l'activité perceptive de l'observateur qui introduit une hétérogénéité et, par suite, une erreur en favorisant les rencontres sur certaines zones privilégiées (par exemple, la polarisation sur la partie supérieure du champ visuel) ou en reliant par des transports temporels ou spatio-temporels des éléments qui, normalement, ne devraient pas appartenir au même champ de centration.


L'organisation perceptive

Il s'agit d'une organisation spontanée d'excitations des récepteurs d'une modalité sensorielle en unités perceptives structurées, individualisées et douées d'une forme. L'organisation perceptive se caractérise d'un point de vue synchronique par une certaine configuration, elle-même constituée de différents niveaux d'articulation. Elle connaît une évolution que l'on suit depuis les premiers jours du nourrisson.
La configuration se présente comme une organisation d'éléments discrets (points, traits, etc...) en une seule forme. Les lois d'organisation (similitude, proximité, bonne continuité, etc...) formulées par les théoriciens de la forme prédisent comment vont s'opérer les groupements en fonction des propriétés des éléments et de leurs relations spatiales.
L'articulation des divers segments qui composent un dessin au trait entraîne la perception de figures simples ou complexes. Une figure est dite simple quand tous les éléments du dessin sont organisés en une seule unité (hexagone, croix, etc...). Une figure est dite complexe quand ses éléments s'organisent en plusieurs unités (figures simples), lesquelles ont entre elles des relations spatiales de juxtaposition ou d'entrecroisement. Aucun segment n'appartient à plus d'une d'elles, tous les segments sont répartis entre les diverses unités. L'organisation en figures obéit aux mêmes lois d'organisation que celle en configurations.
Dans une figure complexe, le tout a une forme (celle du contour général) et ses parties sont les diverses figures simples qui le composent et ont chacune leur forme. Plusieurs niveaux d'organisation sont donc possibles et une même unité peut, à l'occasion, jouer le rôle de tout pour des unités plus petites qui forment ses parties et celui de partie à l'égard d'une unité plus grande.
Dans les épreuves de recherche de figures cachées inventées par Kurt Gottschaldt, on demande à un individu de retrouver à l'intérieur d'un dessin complexe une figure simple, identique à un modèle. Les segments appartenant au modèle sont bien présents dans le dessin complexe mais, alors que, sur le modèle, ils formaient ensemble une unité perceptive, dans le dessin complexe, ils appartiennent à différentes unités. Il faut donc détruire celles-ci avant de réunir ces segments en une nouvelle structure. Appelée figure incluse, celle-ci n'est qu'une construction passagère, instable, jamais perçue spontanément.
Dans la vie quotidienne, il est rare que les propriétés physiques d'un ensemble de stimulations soient telles que plusieurs organisations perceptives soient possibles. En règle générale, le contexte, les expériences antérieures rendent l'une plus probable que les autres, et elle seule se réalise. Dans une situation artificielle où deux organisations sont équiprobables, les deux se réalisent alternativement, selon un rythme lent. C'est le cas des figures réversibles, sur lesquelles la partie perçue comme la figure à un moment devient plus tard le fond et vice versa.


L'évolution de l'organisation perceptive

Contrairement à ce qu'avaient cru les théoriciens associationnistes, l'excitation des récepteurs sensoriels par l'arrivée d'un ensemble de stimulations ne donne jamais lieu à des sensations ponctuelles. Une certaine capacité d'organisation perceptive existe dès la naissance chez les êtres vivants, mais rien actuellement ne permet de dire que sont perçues d'emblée des figures, ayant une forme et un contour, et que les lois d'organisation sont toutes valides chez le nouveau-né humain. Celui-ci est capable de détecter la frontière qui sépare deux zones fortement contrastées, de différencier une plage homogène d'une plage hétérogène, de même taille et de même brillance. Il est aussi sensible à une différence élémentaire de forme puisqu'il regarde plus un segment curviligne qu'un segment rectiligne.
Dès ses premières heures de vie, le nouveau-né ne distribue pas ses fixations oculaires de façon aléatoire. Marshall Haith et Salapatck ont analysé avec précision, l'exploration visuelle de figures très simples, par des nouveau-nés. Sur une surface blanche, les fixations oculaires se distribuent selon un parcours qui semble propre à chaque nouveau-né. La présentation d'une surface hétérogène entraîne immédiatement le regard vers une partie plus ou moins étendue de la frontière entre plages noires et blanches. Cette frontière est alors explorée par une suite de mouvements courts de va-et-vient qui la croisent. De nombreux auteurs ont utilisé diverses techniques (le conditionnement, l'habituation et la réaction à la nouveauté entre autres) pour tenter de mettre en évidence l'effet des lois d'organisation perceptive. Il est apparu que, chez le nourrisson, l'usage de tout principe d'organisation perceptive dépend des stimulus et procédures choisis pour l'étudier. Ainsi, le bébé apparaît capable d'utiliser la loi de bonne continuité vers 1 mois dans certaines situations, seulement à 3 ou 4 mois dans d'autres.
La loi de destin commun semble bien être la première à fonctionner, celle de proximité, la dernière. Toutes sont valides avant le milieu de la première année. À 3 mois et à condition que le matériel soit très simple, le nourrisson est capable d'organiser quelques éléments identiques en une configuration, dont il différencie la forme d'ensemble de celle d'une autre configuration. Il peut aussi percevoir un contour subjectif (à 1, 3 ou 7 mois selon les auteurs). Chez l'enfant, les unités perceptives que le petit enfant perçoit, manipule, identifie apparaissent rigides, insécables et non emboîtables. Dans une épreuve de recherche de figures cachées, des enfants de 3 ans ont facilement réussi à retrouver une figure simple lorsqu'elle est juxtaposée ou entrecroisée avec une autre figure simple, dans une figure complexe. Mais c'est au-delà de 6 ans que des figures incluses peuvent être découvertes dans une figure complexe.


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