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La définition de Imprégnation


L'imprégnation désigne un comportement d'attachement filial présenté par l'individu jeune à l'égard de personnes ou d'objets avec lesquels il a été mis en contact dans les premières années de sa vie.


La découverte de l'imprégnation

Le terme imprégnation a été utilisé pour la première fois dans une publication d'Oskar Heinroth, en 1910. Il désigne un phénomène connu de tout temps par les éleveurs de volailles, mentionné par plusieurs zoologistes du XIXe siècle mais surtout minutieusement décrit et analysé par Konrad Lorenz, qui en fit un concept clé de l'éthologie.
Les jeunes oiseaux d'espèces nidifuges, c'est-à-dire celles dont les jeunes peuvent se déplacer hors du nid dès l'éclosion, mis en présence, dans les heures suivant cette éclosion, d'un objet en mouvement se comportent ensuite à son égard comme ils le feraient avec leur parent biologique. Ils s'approchent de cet objet jusqu'à venir à son contact et tentent ensuite de demeurer dans sa proximité en le suivant avec constance dans ses déplacements. Ils émettent les vocalisations typiques des états de détresse quand il s'éloigne.
Ainsi, des poussins domestiques, âgés d'une quinzaine d'heures, développent en quelques minutes d'exposition à une sphère colorée un attachement filial encore vivace après plusieurs jours sans contact avec ce modèle. Si l'exposition a duré plusieurs jours, les poussins mâles devenus coqs dirigeront leurs choix sexuels vers un objet identique à ce modèle, plutôt que vers un autre, fût-ce une poule.


Les recherches de Lorenz

Selon Lorenz, il s'agit là d'un processus d'apprentissage particulier, génétiquement programmé, permettant aux jeunes oiseaux d'espèces nidifuges, qui ne disposent pas de schème instinctif du parent et du compagnon, d'apprendre à identifier deux types d'objets sociaux: le parent et le partenaire sexuel.
Selon Lorenz, la faible capacité sélective de ce processus, qui pourrait conduire l'oiseau à un attachement erroné compromettant sa survie, serait compensée par le fait qu'il n'est fonctionnel que pendant une brève période suivant l'éclosion. De plus, cette acquisition, qui se mettrait en place sans aucun renforcement externe serait irréversible. Elle concernerait l'apprentissage de caractéristiques générales de l'espèce.
Toutefois, les résultats des nombreuses études conduites à la suite des publications de Lorenz ont amené la révision de certaines de ses conclusions. Ainsi, la période critique paraît plutôt une période sensible, privilégiée, et les imprégnations, en particulier celles de durée brève, sont réversibles.


Le rôle du mouvement, de la couleur et du son

De nombreuses recherches expérimentales ont tenté de déterminer l'efficacité relative des différentes caractéristiques des objets auxquels les jeunes poussins (ou canetons) peuvent s'imprégner:

  • Le déplacement du modèle présenté: il paraît jouer un rôle important bien qu'il soit possible de provoquer l'imprégnation à un modèle immobile en le présentant plus longuement que dans une situation où il se déplace. Le mouvement peut être seulement apparent puisque les sources lumineuses ou les objets clignotants sont des modèles d'imprégnation très attractifs.

  • La couleur et la forme du modèle: il est difficile d'affirmer que certaines couleurs ont une valeur attractive initiale plus forte que d'autres, le contexte visuel général de présentation de l'objet intervenant de façon importante dans le développement de l'imprégnation. Toutefois, les poussins domestiques semblent s'approcher plus volontiers de modèles de couleur rouge que d'une autre couleur. La forme globale des objets-stimulus paraît de peu d'importance pourvu qu'ils présentent des contrastes visuels.

  • La taille du modèle: les objets de 10 à 20 cm de diamètre sont, pour des poussins par exemple, les plus efficaces pour déclencher le comportement de poursuite le jour de l'imprégnation.

  • Les stimulations acoustiques: elles sont efficaces pour déclencher le comportement d'approche et de poursuite, plus même que des stimulations visuelles s'il s'agit de bruits rythmiques de basse fréquence. Un Poussin, exposé in ovo à une stimulation acoustique particulière dans les derniers jours de l'incubation, lorsque le système auditif est fonctionnel, s'approche de préférence d'une source émettant cette stimulation dans un test de choix proposé dans les heures suivant l'éclosion.

Par ailleurs, si on évalue les effets à court terme de l'imprégnation, les parents biologiques des jeunes oiseaux ne semblent pas des objets-stimulus plus efficaces que des modèles artificiels de forme géométrique simple.


Les corrélats biologiques

L'étude des corrélats biologiques de l'imprégnation montre que les hormones hypophyso-surrénaliennes interviennent dans le développement des réponses d'approche et d'évitement, de même que la testostérone, qui modulerait les réponses de crainte à la vue d'un nouvel objet. Ces réponses contribuent à mettre fin aux possibilités d'imprégnation par approche de cet objet à partir d'un certain âge.
Les processus neurochimiques concomitants ont été analysés et l'on observe que l'exposition à un stimulus lumineux produit une augmentation spécifique de la synthèse protéique dans l'hyperstriatum ventral médian du cerveau du poussin. Cette zone est très importante pour l'imprégnation puisque sa lésion sélective, après exposition à un modèle, affecte la rétention de l'imprégnation.


Quelques hypothèses

D'un point de vue théorique, des modèles alternatifs à celui proposé par Lorenz ont surgi de l'analyse des nombreuses expérimentations conduites en laboratoire. On considère plus volontiers maintenant l'imprégnation comme un apprentissage perceptif, un processus de développement des préférences à partir de la simple exposition à des stimulus. La force de ces préférences dépendrait des qualités attractives des objets et de la quantité d'expérience sensorielle de l'objet accumulée pendant cette exposition.
Enfin, de façon paradoxale, certains auteurs envisagent l'imprégnation comme le résultat d'un conditionnement classique dans lequel le mouvement de l'objet serait le stimulus inconditionnel et les autres caractéristiques visuelles ou auditives le stimulus conditionnel. Il est nécessaire d'aménager ce modèle si l'on prend en considération l'imprégnation à des modèles statiques.


Les choix sexuels

En ce qui concerne l'orientation des choix sexuels, les fixations les plus fortes, chez les oiseaux, s'établissent à l'égard des modèles proches du point de vue taxonomique. La durée et le moment de la période propice à la formation d'une imprégnation sexuelle dans le cours du développement de l'oiseau varient d'une espèce à l'autre.
En ce qui concerne les relations entre imprégnation filiale et imprégnation sexuelle, Jean-Marie Vidal considère que le jeune oiseau doit transférer son investissement de l'objet de l'empreinte filiale à un objet sexuel après une prise de distance d'avec le premier. Pour Patrick Bateson, l'imprégnation est une solution évolutive, qui limite les accouplements consanguins en canalisant les préférences sexuelles vers des individus légèrement différents de l'objet d'imprégnation filiale.
On observe également des phénomènes d'orientation des choix sexuels à partir d'expositions prolongées pendant la période néonatale à des objets modèles chez les oiseaux d'espèces nidicoles (celles qui demeurent au nid pendant quelque temps après l'éclosion) et des mammifères d'espèces matures ou immatures. Les recherches sur certains petits mammifères suggèrent que le développement des préférences alimentaires ou de l'habitat peut se constituer par imprégnation précoce.
Chez l'être humain, John Bowlby a décrit le développement de l'attachement parental du jeune enfant comme une imprégnation qui s'établirait en quatre phases. Celle-ci se constituerait à partir de l'orientation de l'enfant vers certains stimulus sociaux émis par les parents, sous la pression d'un besoin primaire d'attachement.


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