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La définition de Contrôle


Le contrôle désigne une forme de commande ou de régulation des activités cognitives. En psychologie cognitive, l'instance de contrôle est une instance qui est supposée commander et réguler des mécanismes de niveau inférieur.
Par ailleurs, être sous le contrôle d'un stimulus, se dit, dans l'analyse donnée par Burrhus Skinner et son école, d'un comportement qui dépend du stimulus renforçateur.


Le contrôle de l'expression

Il s'agit de la capacité d'un individu à choisir les formes d'expression adaptées à une situation. Les personnes sont inégalement sensibles aux indications fournies par la situation dans laquelle elles se trouvent et inégalement capables de choisir les formes d'expression les mieux appropriées à cette situation. Aussi, cette caractéristique est évaluée par une échelle de contrôle de l'expression (la Self-Monitoring Scale), élaborée par Mark Snyder. Cette échelle est composée d'affirmations après chacune desquelles l'individu doit dire si elle lui paraît vraie ou fausse en ce qui le concerne.
Plusieurs traits de personnalité sont en corrélation avec le contrôle de l'expression, qui peut aussi constituer une variable modulant la relation entre le comportement et la personnalité.


Le contrôle interne et le contrôle externe

Ce concept est une abréviation du concept originel de contrôle interne versus externe des renforcements introduit par Julian Rotter, en 1966. Ce concept découle directement de la théorie de l'apprentissage social de cet auteur. Il fut conçu comme une variable générale de personnalité, assimilable à une croyance générale de contrôle résultant de l'expérience accumulée par l'individu au cours de l'ensemble des séquences comportement-renforcement rencontrées. Plus précisément, cette expérience traduit le degré de croyance qu'un individu a du lien existant entre ses conduites et/ou caractéristiques personnelles (traits, aptitudes, etc...) et les renforcements positifs ou négatifs qu'il reçoit (réussir ou non à un examen, se faire ou non des amis lors d'une soirée, etc...).
Le contrôle interne correspond au cas où un lien causal est perçu. L'origine du renforcement est alors imputée aux capacités, aux caractéristiques personnelles, au comportement. Par exemple, un échec à un examen est vu comme résultant d'un manque de compétence ou de travail.
Le contrôle externe correspond au cas où le lien causal n'est pas perçu. L'origine du renforcement est alors attribuée à des facteurs incontrôlables tels que le hasard, la chance, le destin ou d'autres tout-puissants. Par exemple, un échec à un examen est dans ce cas vu comme résultant de la difficulté des épreuves, du manque de chance, de la sévérité des examinateurs.
Toutefois, il est important de souligner que cette conception de Rotter, qui est partagée par de nombreux auteurs, et qui présuppose la primauté de la perception des causes internes sur la perception des causes externes, est entachée d'un biais d'internalité.


Les mesures du contrôle interne versus externe

Rotter a également conçu un instrument permettant de mesurer les différences individuelles. Il s'agit de l'échelle de contrôle interne/externe (ou I. E. Scale). Par la suite, de nombreux autres instruments ont été proposés. Parmi eux, les questionnaires (ou échelles) occupent la plus grande place. Ils sont destinés soit aux adultes, soit aux enfants. On distingue:

  • Des échelles de conception unidimensionnelle: le contrôle interne/externe y est considéré comme une caractéristique psychologique, générale et relativement stable. Elles donnent lieu à un score global d'internalité (ou d'externalité) et peuvent impliquer tantôt des domaines (santé, loisirs, politique, etc...) et des types de renforcement (positifs et négatifs) très variés, tantôt des domaines ou des types de renforcement bien spécifiés.

  • Des échelles de conception multidimensionnelle: le contrôle interne/externe y est considéré comme pouvant varier chez un individu selon les domaines et les types de renforcement. Elles sont composées de plusieurs sous-échelles donnant lieu à l'établissement de scores partiels. Là encore, ces échelles peuvent être générales ou spécifiques. Outre ces échelles, on relève l'existence de quelques techniques projectives. D'autres échelles ont été publiées ultérieurement. Aussi, des analyses factorielles portant sur les items de ces échelles ont montré que la notion de Locus of Control comporte en fait plusieurs aspects.

Les internes et les externes

La présentation par Rotter de la variable contrôle interne/externe comme une variable bipolaire de la personnalité a eu pour conséquence d'aboutir à une typologie opposant les individus internes aux individus externes. Aussi, de nombreux d'auteurs se sont efforcés de montrer qu'à des différences de croyances en matière de contrôle interne/externe correspondent des différences de comportement. Les secteurs dans lesquels ces différences ont été établies sont très divers. Ils concernent tous les aspects de la personnalité (cognitifs, motivationnels, relationnels, etc...).
Néanmoins, deux axes principaux traversent ces recherches:

  • La réussite (scolaire, universitaire, professionnelle, etc...): il apparaît d'une façon générale que les internes réussissent mieux que les externes, sont plus motivés pour la réussite, sont plus efficaces dans le recueil et le traitement de l'information.

  • L'adaptation (sociale et émotionnelle): les internes répondent mieux aux exigences des situations tout en conservant leur maîtrise. Ils sont même moins sujets que les externes à des troubles de la personnalité et du comportement.

Cette accumulation de résultats attestant l'existence de différences aussi marquées au niveau de comportements, somme toute très hétérogènes, entre des individus distingués par le seul score d'internalité doit être considérée avec prudence. En effet, de nombreuses réserves vis-à-vis de ces recherches ont été émises, avec notamment l'existence de corrélations illusoires, de biais méthodologiques, etc...
Ainsi, plutôt que de continuer à tenir l'internalité pour un trait possédé ou non par les gens, il semble qu'il faille plutôt l'envisager comme la traduction de l'appartenance sociale et idéologique des individus.


La distribution sociale du contrôle interne vs externe

Très tôt, on s'est interrogé sur le rôle de certaines variables (âge, sexe, appartenance socio-économique ou culturelle) sur l'orientation du contrôle interne/externe. Si les résultats ne sont pas homogènes, il ressort tout de même trois point fondamentaux:

  • L'internalité s'acquiert et augmente avec l'âge jusqu'à l'adolescence. Cette acquisition n'est ni régulière ni progressive. En outre, elle est plus rapide dans certaines conditions éducatives, dans certains groupes sociaux.

  • L'internalité est souvent plus marquée chez les hommes.

  • L'internalité donne lieu à une distribution sociale. C'est-à-dire que ce sont les citoyens des groupes majoritaires dominants (les Anglo-Saxons aux États-Unis) et des classes favorisées qui apparaissent comme les plus internes.

Ces résultats concourent à montrer que l'internalité constitue une sorte de référence normative qu'il est bon de faire valoir ; et l'externalité, chargée de connotations négatives, est au contraire à éviter.


Le contrôle interne/externe et la norme d'internalité

En 1981, Jerald Jellison et Jane Green apportèrent les preuves expérimentales que les individus accordent bien une valeur positive à l'internalité. Aussi, ces auteurs avancèrent l'idée que la prédilection pour les explications causales internes des renforcements devait être considérée non pas comme un biais qu'il faudrait éliminer pour obtenir une mesure pure de l'internalité, mais comme l'expression d'une norme: la norme d'internalité.
Puis en 1984, Jean-Léon Beauvois généralisa cette idée à l'ensemble des processus d'attribution causale, donc à l'ensemble des explications des événements psychologiques, c'est-à-dire les renforcements mais aussi les comportements. La norme d'internalité est alors définie comme la valorisation sociale des explications accentuant le poids de l'acteur comme facteur causal.
Les recherches menées en France pour vérifier l'existence de cette norme témoignent de plusieurs changements très nets d'orientation:

  • L'internalité ne renvoie plus à une variable de personnalité, mais elle traduit la participation à une norme. Cette différence apparaît dans l'interprétation du score d'internalité. En effet, ce score n'est plus censé refléter une variable de personnalité susceptible de déterminer des comportements divers, mais plutôt une simple prédilection des individus pour des explications causales qui accentuent le poids de l'acteur.

  • L'internalité n'est plus perçue comme relevant d'un apprentissage réalisé dans la répétition des séquences comportement-renforcement, mais elle est considérée comme résultant de l'acquisition normative des bonnes explications. Cette acquisition est facilitée par la fréquentation des dispositifs psycho-socio-affectifs, surtout lorsque ceux-ci sont caractérisés par un mode libéral d'exercice du pouvoir.

  • L'exhibition d'explications internes constitue un élément intervenant dans le jugement que les gens portent les uns sur les autres, l'internalité s'avérant donner lieu à des jugements systématiquement plus favorables. De tels résultats donnent à penser que la réussite des internes pourrait donc être due aux jugements favorables que provoque leur internalité.

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