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Mécanique des émotions - Partie 1

(Revue de psychiatrie : médecine mentale, neurologie, psychologie

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Si les conditions qui président aux émotions ont une valeur mécanique, les émotions doivent avoir une mécanique dans leur production: ceci implique le développement de forces selon les mêmes lois et nous trouverons, par suite, que les émotions constituent la dynamique psychique, comme je l'ai montré ailleurs. L'engrenage de toutes les forces se trouve dans les mouvements du cœur et des artères et dans l'appareil respiratoire; le centre du mouvement, où se trouve aussi son équilibre, est dans la moelle allongée et principalement en ce point qui constitue le plancher du quatrième ventricule où convergent les racines du pneumo-gastrique du nerf spiral accessoire, du glossopharingien, du nerf auditif, où se trouvent les centres de la respiration et d'autres centres réflexes du mouvement vasoconstricteurs et vasodilatateurs, sécrétoires, sudoripares, et de sécrétions, unis à des nerfs sensitifs: toutes origines et centres particuliers qui entourent le centre vital correspondant à celui de la douleur et du plaisir. Comme on le voit, ces forces qui peuvent entrer en action sont nombreuses; si nous y joignons les éléments du sympathique et des autres nerfs sensitifs et moteurs qui sont en relation plus ou moins directe avec le centre mécanique supérieur, nous verrons que l'organisme sensomoteur tout entier peut entrer en action et que tous les organes de la vie de nutrition peuvent y concourir.

Mais pour mouvoir ces forces un levier est nécessaire; c'est une excitation, ce que nous avons trouvé être la première condition de tout phénomène psychique; il faut en déterminer le caractère et l'intensité.

Nous avons vu que dans le plaisir et dans la douleur d'origine périphérique, l'excitation, cause déterminante de la douleur, est en excès; que, par son caractère, elle peut même devenir novice pour les parties organiques excitées et qu'elle est réellement novice si elle dérive de lésions comme dans les cas de blessure, de destruction d'organes ou de partie d'organes. Les excitations qui déterminent le plaisir n'ont pas toutes un caractère psychique, mais celles qui présentent ce caractère sont d'intensité supérieure aux excitations ordinaires, sans sortir, toutefois, de la normale; elles sont donc des moyens d'augmentation dans les fonctions vitales. Dans les excitations émotionnelles, les choses se présentent différemment. Elles viennent des voies cérébrales et non des voies périphériques; quand, même, en certains cas, il y a excitation périphérique et d'organe percepteur, ce n'est point là que sont toujours mises en activité les forces qui se développent sous des formes émotionnelles, mais bien parce que le fait primitif provoque comme idée: c'est donc une excitation d'origine centrale.

Lorsque j'ai parlé de la formation des organismes psychiques, j'ai tracé le parcours d'une excitation pouvant provoquer une émotion. Si on le considère dans ses parties constituantes, ce parcours est long et composé de diverses étapes; si, au contraire, on considère comment il se produit après la formation de ces organismes à type instinctif, ce parcours est très court parce qu'il est abrégé. Nous trouvons ces organismes déjà constitués; le processus est donc bref et le passage entre une excitation périphérique, c'est-à-dire entre une sensation, et l'excitation centrale émotive est aussi court que si aucun fait intermédiaire ne, se produisait à ce moment. Souvent, la soudaineté entre l'excitation de sensation et l'émotion donne la même apparence que si la sensation était par elle-même l'origine de l'émotion produite et que si, par conséquent, il y avait un lien direct entre elle et le centre émotif. Il y a pourtant des cas où une observation superficielle trouverait qu'il n'y a pas de différence entre les émotions provoquées par des excitations cérébrales et les sentiments qui sont l'effet d'une excitation périphérique sans aucune relation avec les centres cérébraux; je reviendrai sur ce sujet.

Est-ce un excès d'excitation qui détermine la douleur émotionnelle ainsi qu'il arrive dans la douleur d'origine périphérique, ou bien est-ce une forme diverse de l'impulsion qui meut les centres mécaniques?
C'est de l'analyse que ce caractère de l'excitation doit être déduit, et nous verrons que la solution se détermine d'elle-même.

Considérons maintenant un centre psycho-organique, celui de protection de l'individu qui apparaît comme un instinct de conservation, — ce qu'il est en effet. Un exemple: un homme se trouve dans sa chambre tranquillement occupé à des choses importantes et agréables; celui qui l'observerait trouverait que le cœur bat normalement, que les artères battent selon les ondes sanguines normales, que la respiration n'est pas troublée; les sécrétions cutanées ne sont pas sensibles, le visage a sa couleur naturelle et les muscles ne montrent ni contraction, ni relâchement; il y a toutes les apparences de tranquillité, et par conséquent d'équilibre dans les fonctions. A l'improviste, un homme à l'aspect menaçant se précipite dans la chambre; il peut alors arriver que le visage de la personne qui était tranquille devienne pâle, que la peau devienne humide de sueur, que les pupilles se dilatent, que le cœur s'arrête un instant et, avec le cœur, la respiration. La série des phénomènes peut être plus intense; on peut observer le hérissement des cheveux, des sueurs froides et abondantes, un besoin urgent de vider la vessie, il peut y avoir même des évacuations de l'intestin et l'on peut aller jusqu'au tremblement. Ce sont des caractères de la peur, de la terreur ou de l'épouvante, c'est un phénomène émotionnel à divers degrés d'intensité, et cette intensité peut être encore plus forte et arriver à produire l'arrêt prolongé du cœur et, par conséquent, la mort.

La sensation visuelle imprévue n'a apparemment provoqué aucune idée à l'instant même, mais elle a provoqué une émotion. Mécaniquemeut, le phénomène semble simple: la sensation imprévue et violente, passant par les voies cérébrales, a excité le centre émotif commun, placé dans la mœlle allongée: cette excitation s'est immédiatement communiquée aux pneumogastriques, aux centres de la respiration, aux centres vaso-moteurs, au centre de la sueur, et a provoqué dans le cœur et dans la respiration, les phénomènes qui ont été décrits. Un changement général, un déséquilibre s'est produit chez l'homme qui a subi la sensation violente; le sentiment ainsi conscient et ainsi étendu de ce trouble constitue la forme psychique émotionnelle de l'épouvante et de la terreur, car le phénomène n'est pas borné à ces changements, mais il a été plus loin. Les terminaisons nerveuses périphériques en relation avec les tissus et les organes troublés dans l'émotion, ont reçu des excitations correspondantes qui se sont reportées au cerveau, d'où la conscience d'ensemble du phénomène produit.

Par ce qui a été fait sur le centre organisé psycho-organique de conservation, on a la première explication, car la sensation visuelle seule a été suffisante pour produire toutes ces excitations dans la vie nutritive; il y a un processus abrégé dans les instincts, un élément de l'organisation instinctive suffit donc à provoquer les mouvements correspondants, c'est comme une simple action réflexe: l'émotion de peur apparaît, par conséquent, comme une action réflexe ou instinctive.


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