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Un laboratoire de psychologie à Paris - Partie 3

(La revue des revues

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Les travaux du Laboratoire sont relatés dans un organe périodique spécial, bien connu dans le monde scientifique: L'année psychologique, qui est arrivée à sa troisième année d'existence. La première année comprend les travaux de 1894. En dehors des travaux du Laboratoire, L'année psychologique contient, en outre, l'analyse originale et minutieuse de tous les travaux se rapportant à la psychologie et aux sciences annexes, parus au courant de l'année. Cette analyse est due à M. A. Binet et à ses collaborateurs, parmi lesquels nous devons citer le nom d'un jeune et distingué psychologue M. Victor Henry. La Revue des Revues a, du reste, à plusieurs reprises, parlé de cette publication des plus méritoires.

Nous n'insistons plus sur la valeur des recherches originales, fort appréciées par les spécialistes les plus distingués, et mises à de larges contributions par tant d'auteurs.

Les travaux récents du Laboratoire de psychologie de Paris concernent surtout l'étude de la circulation capillaire et l'influence qu'ont sur elle différents phénomènes physiques et psychiques. Ces recherches sur la circulation capillaire ont contribué à un remarquable développement de la technique de la méthode graphique, de sorte qu'on pourrait dire sans exagération que le Laboratoire de Psychologie est le seul où l'on applique la méthode graphique dans toute son étendue. Bien que les tracés soient nombreux, ils donnent une faible idée, en dehors des collections du Laboratoire, de la délicatesse et de la finesse de ces démonstrations scientifiques. Nous en offrons ici un spécimen. Nulle part, du reste, la méthode graphique n'a été employée avec autant de succès et n'a fourni autant de résultats que dans le Laboratoire de Paris.

La psychologie des auteurs dramatiques a fait partie aussi des travaux du Laboratoire et la monographie de M. A. Binet sur Fr. Curel est un vrai document de l'âme, pris sur le vif. Récemment M. Binet a publié dans la Revue des Revues les résultats d'une enquête faite par lui sur les Sociétaires du Théâtre-Français. Il s'agissait du problème psychologique si troublant connu sous le nom de « Paradoxe de Diderot».

Une branche de la psychologie moderne, expérimentale, — de laquelle nous pourrions dire qu'elle est en majeure partie française, doit beaucoup, sinon la plus grande partie, à M. Binet et à ses collaborateurs; nous voulons parler de la Psychologie individuelle. Il s'agit de sonder l'individu par les moyens de la méthode expérimentale, de faire une sorte de mise au point de notre possibilité d'examiner l'individualité humaine. Le Laboratoire de Psychologie de Paris a rendu évidente cette idée, que ce qui distingue l'individu, ce ne sont pas les temps de réaction et les sensations, comme on l'a cru jusqu'ici, mais bien la mémoire, le jugement, etc.; c'est-à-dire la manière de fusionner toutes les sensations qui frappent à la porte de la pensée, pour employer un cliché habituel. La psychologie individuelle dont plusieurs travaux ont déjà paru, et dont quelques volumes sont en cours de publication, donnera au Laboratoire parisien autant de renommée, espérons-le, que l'étude des sensations en a valu au Laboratoire de Leipzig.

Dans l'intérieur du laboratoire. — Avant de commencer les expériences..


III

L'école des Hautes-Études (section des sciences naturelles) ne délivre pas de diplômes, mais de simples certificats; c'est une raison pour laquelle le nombre des élèves est très restreint. Les examens et l'intérêt d'un titre sont malheureusement liés au développement de toute institution, car ceux qui aiment la science pour elle-même sont rares, et même ceux-là ont besoin d'un témoignage officiel de leurs capacités scientifiques.

C'est ainsi que la psychologie expérimentale n'attire vers elle que de rares esprits se passionnant pour ses conquêtes et son brillant avenir.

En attendant sa consécration définitive, on nage en plein spiritualisme et même les plus avancés parmi nos professeurs s'appuient encore autant sur des métaphores et postulats logiques que sur les données de l'observation et des recherches expérimentales.

Le Laboratoire de psychologie à Paris, dans les bâtiments de la Sorbonne.

Passons au laboratoire. Les élèves y assistent non seulement aux expériences, mais on les y initie aussi aux mystères du Laboratoire, aux secrets des découvertes psychologiques. Grâce à l'obligeance et aux bons conseils du directeur, de même qu'à l'amabilité du personnel du laboratoire, représenté par MM. Jean Philippe, chef des travaux, et Jules Courtier, chef-adjoint des travaux, qui sont toujours prêts à donner des explications nécessaires aux élèves, leur venant en aide toutes les fois qu'ils en ont besoin, on arrive facilement à vaincre l'ennui des initiations assez difficiles, surtout quand on a une connaissance littéraire philosophique.

On recommande aux élèves de suivre des cours, comme par exemple celui de Psychologie expérimentale et comparée du Collège de France et d'autres de la Sorbonne ou d'ailleurs, les cliniques des maladies nerveuses et mentales, etc. M. Binet leur facilite l'admission dans les laboratoires de Physiologie, d'Histologie, ou dans les services d'un hôpital quelconque. La Physiologie, l'Histologie et les Maladies nerveuses et mentales s'imposent aux connaissances des élèves, de sorte qu'ils sont obligés, en vue même du progrès de leurs études psychologiques, de faire des excursions dans d'autres domaines de la science.

Rappelons aussi que les élèves servent pendant les premiers six mois comme sujets. Le contact intime avec le directeur et le personnel du laboratoire et les expériences ne font qu'aider à l'initiation du novice, et le forcent à se tenir au courant des travaux originaux. Il s'agit d'enseigner à l'élève comment il doit profiter des résultats des expériences.

De même que pour les autres cours de l'École des Hautes-Etudes, la durée de l'enseignement devait être de trois ans, mais comme le laboratoire de psychologie de la Sorbonne n'est pas un laboratoire d'enseignement mais de recherches originales, cette durée des études importe peu; il faudrait toutefois un apprentissage de trois ans, et encore avec du travail assidu. Le directeur délivre des certificats au fur et à mesure du temps passé au laboratoire selon les connaissances acquises par l'élève.

Le Laboratoire est ouvert d'octobre à juillet. En dehors des élèves plus ou moins réguliers, il y a des savants étrangers qui viennent travailler pendant un certain temps ou seulement pour se rendre compte de la manière dont on y travaille ou des méthodes employées.

Il y a très peu d'élèves français; la plupart sont étrangers: allemands, italiens, américains, anglais, roumains, suédois, etc.

L'enseignement est gratuit.

Ces quelques pages n'ont pour but que de présenter l'aspect intellectuel d'une institution scientifique, peu connue dans le monde littéraire, mais assez importante pour être signalée.


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