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La définition de Phallus


Le phallus est le symbole de la libido pour les deux sexes. Il s'agit d'un signifiant désignant l'ensemble des effets du signifiant sur l'individu et, en particulier, la perte liée à la prise de la sexualité dans le langage.
La notion de phallus est centrale dans la théorie psychanalytique. Elle marque que le point d'impact efficace de l'interprétation, dans une cure. Elle nous pose en même temps des questions d'ordre éthique sur la sexualité humaine.


Histoire du concept de phallus

Le terme phallus, familier aux ethnologues et aux historiens de l'Antiquité grecque, renvoie au rituel religieux des mystères, où il semblerait que l'un des points culminants ait été le dévoilement d'un simulacre du sexe masculin, gage de puissance, de savoir et de fécondité pour la terre et les hommes. On perçoit donc l'ambiguïté de ce terme qui, imageant la turgescence du pénis, en fait ou bien un symbole à vénérer ou bien un symbole pris dans la logique de l'inconscient. On voit aussi combien ce terme peut permettre une confusion entre la sexualité et la procréation et un engluement de l'énigme de la relation entre homme et femme dans la description anthropologique de la relation familiale entre le père et la mère.
Par la notion freudienne de complexe d'œdipe et par son corrélat, le complexe de castration, l'interdiction de l'inceste sort de la description anthropologique et du mythe tragique, tandis que le phallus devient l'objet du désir de la mère, interdite au fils. Sigmund Freud situe alors la castration, c'est-à-dire la manière dont est réglée la jouissance de l'exercice sexuel, comme ce qui lie le sexe à la parole, parole menaçante il est vrai, mais dont l'interdit structure le désir, tant chez le garçon que chez la fille, chez laquelle il aurait pu sembler que l'absence de pénis ait pu la dispenser de payer le tribut symbolique à la sexualité pour que celle-ci devienne humaine.


La conception freudienne du phallus

Pour Freud, le terme phallus, qui apparaît à de nombreuses reprises, à propos des symboles phalliques dans le rêve, à propos de l'organisation de la phase phallique, sert à affirmer le caractère intrinsèquement sexuel de la libido. En cela, il s'oppose, par exemple, à la théorie de Carl Jung, où le désir est rattaché à des forces vitales métaphysiques, où les mythes gardent leur accent initiatique religieux.
L'accent mis sur l'adjectif phallique correspond à une position théorique essentielle de la part de Freud. En effet, la libido est essentiellement masculine, même pour la petite fille, en dépit des affirmations d'élèves de Freud comme Ernest Jones ou Karen Horney. On ne peut pas dire « à chacun sa libido ou à chacun son essence » car le phallus est une sorte d'opérateur de la dissymétrie nécessaire au désir et à la jouissance sexuels. Cette dissymétrie engendre-t-elle un discours chez Freud? Il est vrai que, si le phallus est attaché à Éros, cette force même tend à l'union tandis que Thanatos désunit, désorganise. Pourtant, dans Au-delà du principe de plaisir (1920), Freud montre comment la reproduction sexuée implique la mort de l'individu. Ce qui est phallique ne peut donc pas être un pur symbole de la vie.
La complexité de cette notion, chez Freud, se joue, semble-t-il, moins sur l'irréductible différence entre les sexes que sur l'opposition entre la vie et la mort.


La première approche lacanienne du phallus

Ce n'est qu'avec Jacques Lacan que le phallus devient véritablement un concept fondamental de la théorie psychanalytique. Il s'agit de l'assomption, par l'homme, de son sexe. Dans l'article La signification du phallus (1958), Lacan marque d'emblée l'enjeu symbolique du phallus dans l'inconscient et sa place dans l'ordre du langage: « C'est seulement sur la base des faits cliniques que la discussion peut être féconde. Ceux-ci démontrent une relation au phallus qui s'établit sans égard à la différence anatomique des sexes [...]. Le phallus est un signifiant, un signifiant dont la fonction dans l'économie intrasubjective de l'analyse soulève peut-être le voile de celle qu'il tenait dans les mystères. Car c'est le signifiant destiné à désigner dans leur ensemble les effets de signifié, en tant que le signifiant les conditionne par sa présence de signifiant. » C'est dire que Lacan met le phallus au centre de la théorie psychanalytique en en faisant l'objet du refoulement originaire freudien.
C'est ainsi que l'on doit entendre l'affirmation lacanienne suivante: « Le phallus ne peut jouer son rôle que voilé. » Cela a des conséquences techniques et cliniques. Le dévoilement du phallus est donc à l'opposé de l'interprétation psychanalytique, mais renvoie à une initiation vers un signe dernier et sidérant. S'il est vrai pourtant qu'en dernier recours, toute signification renvoie au phallus, ce n'est pas comme à une clé magique des songes et des discours, mais dans la prise en compte de la barre qui sépare signifiant et signifié et qui divise aussi bien le sujet désirant ($) puisque « l'inconscient est structuré comme un langage ».
Ce choix théorique éclaire après coup la diversité des conceptions du phallus de la part de Freud et de ses élèves. En effet, Selon Lacan, « Le phallus, dans la doctrine freudienne, n'est ni un fantasme (au sens d'un effet imaginaire) ni un objet partiel (interne, bon, mauvais) et non plus l'organe réel, pénis ou clitoris ». La distinction et l'articulation entre les trois dimensions du réel, du symbolique et de l'imaginaire résolvent les contradictions de cette notion. Lacan écrit encore: « Le phallus est le signifiant privilégié de cette marque où la part du logos se conjoint à l'avènement du désir. On peut dire que ce signifiant est choisi comme le plus saillant de ce qu'on peut attraper dans le réel de la copulation sexuelle, comme aussi le plus symbolique au sens littéral de ce terme, puisqu'il y équivaut à la copule. On peut dire aussi qu'il est par sa turgidité l'image du flux vital en tant qu'il passe dans la génération. »


La deuxième approche lacanienne du phallus

En 1972-1973, le concept de phallus prend, avec Lacan, un tournant majeur où deux problématiques se trouvent conjuguées: d'une part, une combinatoire logique où le phallus devient fonction phallique, et d'autre part, une topologie, celle du nœud borroméen, où le terme phallus apparaît, à propos de la jouissance phallique, comme ce qui, par rapport à la consistance du nœud, ex-siste, c'est-à-dire ce qui retient dans une distinction radicale.


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