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La définition de Autre


L'autre désigne le lieu où la psychanalyse situe ce qui détermine l'individu, au-delà du partenaire imaginaire, et qui lui est antérieur et extérieur.


L'autre et l'Autre

Pour la psychanalyse, l'élaboration des instances intrapsychiques s'accompagne forcément d'une attention au rapport de l'individu à l'autre, ou à l'Autre. D'emblée, l'accent est mis sur la place et la fonction de ceux par rapport auxquels se forme le désir de l'enfant, c'est-à-dire la mère, le père, voire, dans une dimension de rivalité, les frères et sœurs. Néanmoins, il faut distinguer des registres qui ne s'équivalent pas. Par exemple, il est évident que l'enfant constitue son moi, avec toute une dimension de méconnaissance, à travers des mécanismes d'identification à l'image de l'autre. Ainsi, l'identification imaginaire, source d'agressivité et d'amour, qualifie une dimension de l'autre où l'altérité d'une certaine façon s'efface, les partenaires tendant à se ressembler de plus en plus.
Une seconde dimension d'altérité doit être opposée à cette première dimension. Il s'agit d'une altérité qui ne se résorbe pas, un Autre qui n'est pas un semblable et que Jacques Lacan écrit avec un A majuscule, pour le distinguer du partenaire imaginaire, du petit autre. Ce qu'il s'agit de marquer par cette convention d'écriture, c'est que, au-delà des représentations du moi, au-delà aussi des identifications imaginaires, spéculaires, l'individu est pris dans un ordre radicalement antérieur et extérieur à lui, dont il dépend même quand il prétend le maîtriser.


L'Autre et la théorie de l'Œdipe

La théorie de l'Œdipe pourrait servir ici au moins à introduire ce qu'il en est de cet Autre. Ainsi, le père, par exemple, peut apparaître sous les formes empruntées à l'imaginaire du père débonnaire ou du père fouettard, il peut se confondre avec l'autre de la rivalité. Mais, par sa place dans le discours de la mère, il est aussi l'Autre dont l'évocation empêche de confondre les générations, de laisser subsister une relation seulement duelle entre la mère et l'enfant.
Tout cela permet d'introduire la dimension de l'Autre à partir de celle de la Chose. En effet, si c'est par ce terme que nous désignons ce qui est toujours hors d'atteinte, on peut dire que l'Autre, c'est à la fois la loi qui nous en sépare, et cette jouissance elle-même en tant qu'interdite. D'ailleurs, Lacan présente de façon articulée le rapport de l'individu non seulement à la jouissance de l'Autre, mais à la demande de l'Autre, et au désir que cette demande recèle: « Il me demande cela, mais que me veut-il en fait? » Or l'incertitude sur ce désir provoque l'angoisse. C'est pourquoi la question de l'angoisse constitue une de celles qui donnent l'accès le plus direct à cette dimension de l'Autre.
Il reste cependant après cela à souligner l'essentiel. Ce qui constitue pour l'individu l'ordre autre auquel il se réfère. Cela inclut notamment le signifiant de la loi qui nous commande, c'est-à-dire le langage. Ainsi l'Autre, à la limite se confond avec l'ordre du langage. C'est dans le langage que se distinguent les sexes et les générations et que se codifient les relations de parenté. C'est dans l'Autre du langage que l'individu va chercher à se situer, dans une recherche toujours à reprendre, puisque nul signifiant ne suffit, en même temps, à le définir. C'est par l'Autre qu'il tente de faire accepter, dans le mot d'esprit, l'expression d'une pensée obscène, absurde ou agressive. Cette définition de l'Autre comme ordre du langage s'articule d'ailleurs avec celle que l'on peut produire à partir de l'Œdipe, en dégageant cette dernière de tout élément imaginaire. C'est le Nom-du-Père, qui est au point d'articulation, le Nom-du-Père, c'est-à-dire le « signifiant qui dans l'Autre en tant que lieu du signifiant est le signifiant de l'Autre en tant que lieu de la loi ».


Le désir et la jouissance

A partir du moment où cette catégorie de l'Autre est introduite, elle se révèle indispensable pour situer une bonne part de ce que la psychanalyse est appelée à connaître. Par exemple, si l'inconscient constitue la partie d'un discours concret dont l'individu ne dispose pas, il n'est pas à concevoir comme un être caché dans l'individu, mais comme transindividuel, et plus précisément comme discours de l'Autre. Cela au double sens du génitif. En effet, c'est de l'Autre qu'il s'agit dans ce que dit l'individu, même sans le savoir. Mais aussi, c'est à partir de l'Autre qu'il parle et qu'il désire. Ainsi, le désir de l'individu, c'est le désir de l'Autre.
Mais en fait, la question centrale pour la psychanalyse, en ce qui concerne l'Autre, c'est celle de ce qui peut rompre la nécessité du retour du même. Par exemple, dès lors que Sigmund Freud démontre que toute libido s'ordonne autour du phallus comme symbole, que toute libido est phallique, la question resurgit de ce qui tout de même, au-delà de la référence effective des hommes et des femmes au phallus, qualifie le sexe féminin comme Autre. D'ailleurs, c'est à partir de là que peut être introduite aussi l'idée d'une jouissance Autre, une jouissance pas toute phallique, c'est-à-dire qui ne serait pas ordonnée strictement par la castration. La jouissance elle-même se présente comme satisfaction Autre par rapport à ce qui fait repasser l'individu si aisément par des voies du plaisir, qui lui permettent de retrouver au plus vite une moindre tension. L'Autre dans l'individu n'est pas l'étranger ou l'étrangeté. Il constitue fondamentalement ce à partir de quoi s'ordonne la vie psychique, c'est-à-dire un lieu où insiste un discours qui est articulé, même s'il n'est pas toujours articulable.


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