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La définition de Sexuation



La sexuation en psychanalyse

Dans la théorie psychanalytique, la sexuation désigne la façon dont les hommes et les femmes se rapportent à leur sexe propre, ainsi qu'aux questions de la castration et de la différence de sexes.
L'apport révolutionnaire de la pensée freudienne a d'abord été situé du côté de la sexualité, notamment par la reconnaissance d'une sexualité infantile, ainsi que du sens sexuel inconscient de nombre de nos actes et représentations. On peut y ajouter une dimension perverse, liée à la fois à la description de l'enfant comme pervers polymorphe et à celle du fantasme inconscient, qui a souvent une coloration sadique ou masochiste, voyeuriste ou exhibitionniste.
Cependant, il est facile de s'apercevoir que l'importance donnée par Sigmund Freud à la sexualité va de pair avec une modification de sa définition. En effet, si la sexualité ne se limite pas à la génitalité, si, surtout, les pulsions sexuelles produisent de manière indirecte notre amour de la beauté ou nos principes moraux, il faut soit élargir considérablement la définition de la sexualité, soit introduire dans le langage de nouveaux termes plus adéquats. Le terme sexuation, utilisé par Lacan, est de ceux-là. Au-delà de la sexualité biologique, il désigne la façon dont, dans l'inconscient, les deux sexes se reconnaissent et se différencient.
D'ailleurs, chez Freud, la nécessité de forger des catégories nouvelles se fait déjà sentir, notamment du fait qu'il attribue un rôle central au phallus, et cela pour les deux sexes. Si dans la phase phallique, moment déterminant pour l'individu, « un seul organe génital, l'organe mâle, joue un rôle », cet « organe » n'est pas à situer au niveau de la réalité anatomique, niveau où chaque sexe a le sien. D'emblée, le phallus est situé comme symbole.
Il est vrai que tout cela engage la psychanalyse dans une théorisation délicate. D'un côté, Freud se trouve amené à soutenir que ce qu'il dit du phallus vaut pour les deux sexes. Mais, en même temps, il reconnaît ne pouvoir le décrire de manière satisfaisante qu'en ce qui concerne les hommes. Un universel donc, en droit. Mais, en fait, descriptible pour pas-tous. De même, dans l'article sur les Théories sexuelles infantiles (1908), Freud présente les hypothèses forgées par l'enfant pour s'expliquer les mystères de la sexualité et de la naissance. Mais, il prévient d'emblée « des circonstances externes et internes défavorables font que les informations dont je vais faire état portent principalement sur l'évolution sexuelle d'un seul sexe, à savoir le sexe masculin ».


La différence des sexes

Si la difficulté à situer les choses côté féminin est ici présentée comme circonstancielle, l'histoire devait la faire apparaître comme un des problèmes majeurs de la psychanalyse. En effet, si la sexualité humaine se définit comme d'emblée subvertie par le langage, le terme qui en désigne les effets ne prendra pas par lui-même une valeur masculine ou féminine. Il sera plutôt constitué par un signifiant représentant les effets du signifiant sur l'individu, c'est-à-dire l'orientation d'un désir réglé par l'interdit. Ce sera le signifiant phallique, dont l'organe mâle ne constitue qu'une représentation particulière. Le symbole phallique, dans une perspective lacanienne, ne représente pas le pénis. C'est plutôt celui-ci qui, du fait de ses propriétés érectiles et détumescentes, peut représenter la façon dont le désir s'ordonne à partir de la castration.
Or, si le phallus comme signifiant symbolise le prélèvement opéré sur tout individu par la loi qui nous régit, il devient tout à fait problématique d'introduire à l'intérieur de l'espèce humaine une distinction qui en séparerait une moitié. Si on en reste là, rien ne permet de régler, dans l'inconscient, la question de la différence des sexes, rien ne permet de saisir ce qui peut distinguer un sexe de l'autre.
Sur ce point, l'expérience clinique relance les questions. En effet, ce qu'elle nous montre, c'est à quel point la question du sexe insiste dans l'inconscient: non pas tant la question de l'activité sexuelle, mais surtout celle de ce qui peut différencier les sexes, dès lors qu'un même signifiant les homogénéise, et par là, particulièrement, la question de ce que c'est qu'être une femme. Cette question, c'est celle que pose avec force l'hystérique. Lacan consacra une grande partie de son travail à élaborer ces questions, ne serait-ce d'abord qu'en précisant la description freudienne, celle du garçon qui doit pouvoir renoncer à être le phallus maternel s'il veut pouvoir se prévaloir de l'insigne de la virilité, hérité du père, mais aussi celle de la fille, qui doit renoncer à un tel héritage, mais trouve du même coup un accès plus facile à s'identifier elle-même à l'objet du désir. D'où ces raccourcis saisissants: « l'homme n'est pas sans l'avoir », « la femme est sans l'avoir ».
Cependant, lorsque le psychanalyste parle de sexuation, il se réfère surtout à un état plus élaboré, plus formalisé de la théorie de Lacan, et plus précisément aux formules de la sexuation.


Les formules de la sexuation

Les formules de la sexuation supposent au moins comme préalable une redéfinition du phallus, ou de la fonction phallique, et une interrogation sur sa dimension d'universel.
Si le phallus, depuis Freud, vaut comme signifiant du désir, il est en même temps signifiant de la castration, en tant que celle-ci n'est rien d'autre que la loi qui régit le désir humain, qui le maintient dans des limites précises. Lacan peut donc nommer fonction phallique la fonction de la castration. À partir de ces définitions, la question décisive va porter sur le point de l'universel.
Dans la perspective freudienne, le symbole phallique autour duquel s'organise la sexualité humaine vaut en droit pour tous. Mais qu'en est-il précisément de ce tous? Il faut là-dessus reprendre, avec Lacan, la question de ce qui constitue comme tel un universel. À quelle condition peut-on poser l'existence d'un tous soumis à la castration (PI{uv}x Fx)? À cette condition, apparemment paradoxale, qu'il y en ait au moins un qui n'y soit pas soumis (PI{uu}x Fx). En effet, c'est, rappelle Lacan, le propre de toute constitution d'universel. Pour constituer une classe, le zoologiste doit déterminer la possibilité de l'absence du trait qui la distingue. C'est à partir de là qu'il pourra ensuite poser une classe où ce trait ne peut manquer.
Au-delà de cette articulation logique, à quoi correspondent les formules PI{uu}x Fx et PI{uv}x Fx? Elles organisent la façon dont les individus mâles se rapportent à la castration. Ainsi, posant l'existence d'un Père qui n'y serait pas soumis, elles établissent à partir de là le statut de ceux qui se réclament de ce père, fût-il mort. Parce qu'ils se prévalent de posséder les insignes du Père, parce qu'ils acceptent sa loi, ceux-là peuvent se grouper en églises ou en armées, en syndicats, en partis, en groupes de toutes sortes. C'est leur façon ordinaire de faire univers, de faire tous.
D'ailleurs, il est important de noter que, pour désigner l'espèce humaine dans son ensemble (hommes et femmes), notre langue parle de l'Homme. La femme, dit Lacan, n'existe pas. Entendons simplement ici que les femmes n'ont pas vocation à faire univers. Et, de fait, la clinique montre que la question de ce que c'est qu'une femme ne se résout pas pour chacune d'entre elles dans une généralisation immédiate, qu'elle est à reprendre cas par cas. Aussi, on écrira PI{uv}x Fx, ce qui peut se lire ainsi: du côté féminin, pas-toutes sont soumises à la castration, elles ne se reconnaissent pas toutes soumises à une même loi. Ce qu'on reliera alors à la formule suivante: PI{uu}x Fx, il n'y a pas d'exception à la castration, désignant par là le fait que les femmes ne se réfèrent pas aussi volontiers que les hommes à un Père par qui elles se sentent moins reconnues.
Ces formules qui, présentées brièvement, peuvent sembler abstraites, sont à présent opérantes dans tout un secteur des recherches psychanalytiques. Elles ont déjà, entre autres, servi à situer le rapport spécifique de l'homme avec les objets partiels détachés par l'opération de la castration, de même que celui des femmes avec le point énigmatique qui, dans l'inconscient, désignerait une Jouissance.


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