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La définition de Culpabilité


Le sentiment de culpabilité correspond à la conscience douloureuse d'être en faute consécutive ou non à un acte jugé répréhensible. La culpabilité est également postulée sous forme inconsciente pour rendre compte de diverses conduites obsessionnelles, délinquantes ou d'échec, ainsi que de certaines résistances à la guérison.


La culpabilité selon Freud

Pour Sigmund Freud, le sentiment de culpabilité est la perception qui correspond dans le moi à la critique du surmoi. Ce dernier se constituerait par intériorisation des exigences et des interdits parentaux après la disparition du complexe d’œdipe. Toutefois, Freud implique la culpabilité dans la genèse de certains symptômes bien avant l'introduction du terme de surmoi.
Par ailleurs, c'est ce sentiment de culpabilité qui rendrait compte de la réaction thérapeutique négative et de la satisfaction dans l'état de maladie. Aussi, Freud accorde à ce sentiment une part importante dans la constitution des sociétés humaines.
Enfin, la culpabilité apparaît plutôt chez Freud comme le résultat nécessaire de la disparition du complexe d’œdipe sous l'effet du complexe de castration. C'est d'ailleurs au refoulement du complexe d’œdipe que la culpabilité doit son caractère inconscient. Ainsi le véritable moteur de la normalisation de l'individu serait l'angoisse de castration, la culpabilité devenant son dernier avatar.
Dans tous ces cas, le sentiment de culpabilité était justifié. A cet égard, la mélancolie pose un problème particulier. En effet, la culpabilité y est moins un sentiment qu'un constat d'indignité totale, véritable plainte portée contre le moi. Cette indignité proprement délirante n'entraîne aucune modestie mais plutôt une mégalomanie. À l'inverse du névrosé obsessionnel, le mélancolique ne se défend pas contre la culpabilité. Là où le premier demande qu'on le délivre de son injuste sentiment, le second se reconnaît coupable et se soumet aux châtiments.
Aussi, pour expliquer la cruauté du surmoi et la douleur morale, Freud fait l'hypothèse d'une désunion des pulsions de vie (Eros) et de mort (Thanatos). L'identification avec le modèle parental, d'où naît le surmoi, se ferait par désexualisation, désérotisation, ou encore sublimation, ce qui libérerait la pulsion de mort. Une part de l'acharnement à l'autodestruction pourrait même être imputée à la pulsion de mort seule, déliée du surmoi.


La culpabilité selon Lacan

Avec Lacan, la culpabilité est plus précisément articulée au désir et donc à la structure de l'individu. Si l'histoire œdipienne peut apparaître contingente, voire constituer l'alibi du névrosé, la castration et la signification du phallus ressortissent aux lois universelles du langage qui régissent l'être parlant. Ainsi, le complexe de castration résulte de la confrontation de l'individu au désir de l'Autre, c'est-à-dire à son manque structural. La commune étymologie de faute et de faille révèle d'ailleurs la parenté de la loi et du manque.
Deux types de culpabilité répondent à ce manque dans l'Autre:

  • La culpabilité névrotique: elle consiste à sauver l'Autre, à prendre sur soi la charge de la faute, du défaut situé dans l'Autre, en se faisant le phallus imaginaire qui le comblerait. La culpabilité porte alors sur l'insuffisance du moi à incarner dignement ce phallus.

  • La culpabilité mélancolique: par carence ou ruine de la signification phallique, elle dépossède l'individu de toute brillance, de tout semblant, et le rabaisse à présentifier l'innommable de la Chose perdue, rayée du registre des valeurs phalliques (richesse, santé, renom, etc...). Ici, la culpabilité ne porte pas sur les défauts du moi ou son image spéculaire, mais exprime une haine de l'être même.

Outre ces deux types de culpabilité, il existe une position perverse où le sentiment de culpabilité est classiquement estompé. En effet, le pervers s'offre loyalement à la jouissance de l'Autre qui se présente à lui comme une loi morale dont il se fait l'instrument ou l'objet. Si l'angoisse est le signal de l'avance de l'Autre sur l'individu quant au désir, la culpabilité, elle, signalera la réponse de l'Autre au renoncement de l'individu.
Le paradoxe déjà relevé par Freud est que, le plus souvent, c'est pour le bien, le sien ou celui de qui l'a conduit à céder, que l'individu renonce. Enfin, renversant la perspective traditionnelle du bien comme objet naturel du désir, Lacan propose qu'« il n'y ait pas d'autre bien que ce qui peut servir à payer le prix pour l'accès au désir ».


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