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La définition de Perversion



La perversion en psychiatrie

En psychiatrie, la perversion désigne toute relation sexuelle cherchant le plaisir en dehors des relations dites normales avec un partenaire de sexe opposé et d'âge équivalent. Désormais, on remplace cette notion, chargée de connotation morale, par celle de paraphilie.


La perversion en psychanalyse

En psychanalyse, la perversion correspond à l'expérience d'une passion humaine où le désir se supporte de l'idéal d'un objet inanimé. La perversion n'est pas une simple aberration de la conjonction sexuelle par rapport aux critères sociaux établis. Elle met en œuvre le primat du phallus en réalisant une fixation de la jouissance sur un objet imaginaire souvent erratique en lieu et place de la fonction phallique symbolique qui organise le désir sous le coup de la castration et du manque.
La perversion isole bien la fonction de l'objet dans son rapport au complexe de castration en tant que cet objet s'énonce comme cause qui dicte la dialectique du désir chez le névrosé. Sigmund Freud notait « que la prédisposition aux perversions était la prédisposition originelle et universelle de la pulsion sexuelle ». Cette proximité est la raison de la difficulté à scinder distinctement la spécificité de la perversion dans sa généralité.


La perversion dans son contexte moral

Le terme, fort ancien, de perversion, signifiant renversement, suggère d'emblée la notion d'une norme morale ou de la nature, dont le pervers s'écarterait. On se souvient que, très tôt, l'Église avait relégué la sexualité à la stricte finalité de la reproduction. Une telle appréciation ne tient évidemment pas compte de la dimension véritable du désir sexuel qui, soumis aux lois du langage, échappe à toute finalité directement appréhendable.
Or, cette référence morale est à l'origine du mouvement d'intégration des perversions dans le champ de la compétence médicale au XIXe siècle. L'établissement de leur catalogue et leur description, par Richard von Krafft-Ebing et Havelock Ellis, visaient à préciser l'incidence médico-légale d'actes délictueux et à apprécier leur rapport avec la nosographie psychiatrique. L'intérêt de ces publications réside dans la question de l'existence d'une structure clinique perverse individualisée. Dire qu'elles présentent un intérêt doit être nuancé puisque le fait ou l'acte pervers constitue le plus souvent une impasse dans l'organisation névrotique. Cependant, il se peut que le pervers, pressentant l'incompatibilité de son économie libidinale avec la démarche analytique, évite cette dernière. Par ailleurs, les efforts de certains auteurs pour élaborer un tableau exhaustif d'un sujet pervers sont peu convaincants, voire analytiquement discutables.
Une mention spéciale doit être faite à propos des œuvres littéraires, où se distinguent trois ordres:

  • Les textes de libertinage érotique (Restif de La Bretonne, Réage, Klossowski) qui relèvent bien d'une des caractéristiques de l'homme, celle de pousser l'expérience du désir à ses limites comme expérience morale.
  • Des œuvres autobiographiques (abbé de Choisy, Sacher-Masoch).
  • Les utopies philosophiques et sociales (Sade, Charles Fourier), qui montrent à quel point le lien social peut être affecté par la promotion d'une jouissance universelle d'un objet.

Ainsi s'exemplifie une structure sociale capable d'organiser une perversion généralisée par la voie d'une sublimation collectivement assumée. Ces utopies suggèrent alors que la notion de perversion relève plus sûrement d'un lien social que d'un sujet exclusif.
Les perversions illustrent, à des degrés divers, la fonction de l'objet tel qu'il s'énonce dans le fantasme du névrosé mais avec une différence notable. C'est à la psychanalyse que revient le mérite d'une description spécifique. Elle est articulée dans sa forme définitive par Freud en 1927, à propos d'un cas de fétichisme. Le fétichisme lui-même reste d'ailleurs le modèle à partir duquel peuvent s'éclairer les autres formes de perversion. Ce cas confirme le primat du phallus, la mise en place d'un objet de substitution métonymique dans son rapport à la castration symbolique. Ces éléments s'explicitent dans l'expérience primordiale de l'enfant, lors de sa rencontre avec la question du sexe, laquelle apparaît sous un jour foncièrement traumatique.


Description princeps de la découverte freudienne

La description de Freud observe trois temps:

  • 1. La découverte puis la reconnaissance par le garçon d'abord, et à un degré moindre par la fillette, de deux catégories d'êtres: ceux pourvus d'un pénis et ceux qui ne l'ont pas. La stupeur et l'effroi qui connotent cette découverte déterminent chez le garçon la crainte d'une castration dont l'exécution est traditionnellement attribuée à la fonction du père.

  • 2. Le refus, le désaveu de la représentation, que d'autres auteurs traduisent par déni: « Il n'est pas vrai... », proposition qui combat l'angoisse et la menace de castration.

  • 3. Une solution de compromis maintient les deux propositions contraires dans l'inconscient, qui peut les admettre, favorisant un clivage subjectif (ou clivage du moi selon d'autres auteurs) comportant aussi bien le désaveu que la reconnaissance de la castration. L'observation de Freud éclaire la raison pour laquelle la perversion est le point faible de l'homme alors qu'elle ne se rencontre qu'exceptionnellement chez une femme.

La castration symbolique

La castration imaginée par le garçon autant que la privation éprouvée par la fillette relèvent spécifiquement de la castration symbolique, qui universalise le manque à l'origine du désir selon les lois du langage, où le phallus est le signifiant originairement refoulé. À ce titre, le phallus ne peut intervenir que dans sa fonction symbolique, c'est-à-dire sous la forme de ce qui doit rester voilé ou encore selon le privilège que lui donne la névrose: d'avoir à le retrouver au lieu même où s'exerce la castration.
Mais, essentiellement, la castration implique que, chez le mâle, ce sur quoi il a à se fonder est cette part d'une jouissance perdue (voire proscrite par l'interdit de l'inceste). Et c'est cette part originairement soustraite que le pervers s'emploie à récupérer par le biais d'un objet de jouissance à la différence du névrosé, pour lequel l'intérêt réside dans les effets de désir que suscite le manque. Ainsi, le fétiche réalise cette double opération d'un désaveu tout en fournissant la garantie dernière à cette jouissance par le biais d'un objet concret (chaussure, etc...) établissant un rapport métonymique au signifiant phallus.
De même, c'est par un dévoilement inopiné que l'exhibitionniste révèle la dimension phallique de ce qui est exhibé, en forçant la pudeur de l'autre, en provoquant sa stupeur. La relation au signifiant phallique étant ordinairement fermée à l'individu, il ne peut y avoir accès que du lieu de l'Autre. Ainsi, primordialement, c'est au lieu de la mère (Autre primordial) qu'est requis ce signifiant qui divise inauguralement l'individu dans son désir. Ce dispositif symbolique affecte le lien social du pervers dans la mesure où sa volonté de fléchir l'autre au gré de la jouissance d'une partie de son corps jusqu'au tréfonds de l'angoisse de l'autre marque la division de l'individu qui lui revient comme de l'Autre. Mais c'est également dans le fléchissement de cet autre que revient à l'individu sa propre abolition au regard du signifiant qui anime son désir. Évanouissement que réalise le masochiste en s'identifiant à l'objet méprisable qui conditionne sa jouissance non sans que soit exigée la participation d'un autre dans le contrat.
En sorte que, si le pervers met en œuvre la gamme des objets (voix, regard, sein, fèces) comme le névrosé, son désir reste confiné à une jouissance clandestine, asservie à cette part interdite de l'Autre. D'où la nécessité de s'assurer de l'Autre inconscient et de réaliser conjointement la fixation exclusive du désir à cet objet, moment de suspension de la chaîne signifiante. Par ce biais, toutes les perversions sollicitent donc l'imaginaire intersubjectif de la relation à l'autre non sans que soit à chaque fois désignée la condition symbolique de la référence à l'Autre au travers du signifiant phallique.


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