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La définition de Orthodoxie


L'orthodoxie désigne un mode de penser selon lequel on estime, d'une part, penser juste par rapport à un certain nombre de croyances et de valeurs, et d'autre part, penser comme il faut par rapport à un certain nombre de convenances et de normes.


L'arrière-fond culturel de l'orthodoxie

Sans presque jamais être explicitée, l'idée que tout groupe de croyances est de genre orthodoxe sous-tend les premières recherches de psychologie descriptive de ces croyances. Dans la mesure où, dans les milieux occidentaux au moins, la croyance religieuse dominante joue le rôle de prototype de la croyance, une grande quantité de travaux extraient d'un corpus géré par un groupe religieux particulier (souvent le groupe religieux dominant), un certain nombre d'énoncés jugés centraux à ce corpus. On demande à des individus, répartis selon l'âge, le sexe, le niveau de scolarité, etc..., s'ils y croient. Souvent, ces enquêtes intègrent un certain nombre de questions relatives à l'observance des normes rituelles proposées et contrôlées par ce groupe.
Le concept d'orthodoxie n'est que rarement introduit, puisque l'image à laquelle renvoie le langage courant est la même que celle qui nourrit la construction des questionnaires. Aussi, l'étalonnage rigoureux de certaines parties de ces questionnaires débouche quelquefois sur la mise au point d'échelles qui permettent de situer un individu particulier dans ce que l'on appelle l'ensemble parent. Certaines de ces échelles se spécifient elles-mêmes en sous-échelles d'orthodoxie. Ainsi, telle ou telle d'entre elles mesure l'orthodoxie d'un individu à partir d'un nombre extrêmement restreint d'énoncés, et tel ou tel inventaire sociologique en dresse la topographie sociale.
Il est vrai que, pour un certain nombre de chercheurs, il y a d'autant moins d'urgence théorique à opérationnaliser un concept d'orthodoxie que l'outillage dont dispose la psychologie sociale paraît en introduire un certain nombre de doublons. Par exemple, du côté du groupe, on retrouve les notions de conformisme, de contrôle social, voire d'influence majoritaire. Tandis que du côté de l'individu, on retrouve les notions de fanatisme, de fondamentalisme, d'intégrisme, etc... Néanmoins, un certain courant de recherche va mettre en place, pour rendre compte de fonctionnements dont ces notions ne peuvent entièrement rendre compte, une ligne d'approche qui débouche sur un concept relativement autonome.


L'itinéraire conceptuel

Devant le nazisme, Theodor Adorno comprend qu'on ne peut en percevoir le pourquoi ni en considérant sociologiquement des effets de simple consensus, ni en en expliquant historiquement ou économiquement la genèse par l'inconsistance de la République de Weimar, ni en les fondant anthropologiquement dans un Volksgeist particulier, ni en évoquant psychologiquement les fantasmes d'un seul homme. Il postule alors l'existence, chez chacun, d'une structure mentale stable, potentiellement fasciste, que des circonstances, des traits de personnalité et des jeux de motivation divers viendraient activer ou contre-activer.
Cette sorte de structure nouménale se réfracte, au moment où Adorno fait l'hypothèse de son existence, selon quelques axes comportementaux et attitudinaux pour lesquels on peut construire 4 types d'échelles:

  • d'antisémitisme,
  • de tendances antidémocratiques,
  • de conservatisme économico-politique,
  • d'ethnocentrisme.

Ces 4 dimensions saturent la notion d'autoritarisme, ainsi enracinée dans une certaine conception de la personnalité.
Milton Rokeach en prendra d'abord la notion à son compte, tout en s'intéressant à une série d'opérations particulières: celles qui sont portées par l'axe d'ethnocentrisme. Il montre expérimentalement que la rigidité cognitive du regard psychosocial propre à l'ethnocentrique n'est qu'un segment d'une rigidité mentale générale qui affecte toutes les fonctions intellectuelles, même dans l'ordre de la rationalité (par exemple, des problèmes arithmétiques, de lecture géométrique de l'espace, etc...). Toutefois, il ne parvient pas à montrer que les individus ethnocentriques sont automatiquement, dans leur attestation du champ de croyances ou d'idéologie où ils s'insèrent, ceux qui en ont l'interprétation la plus rigide, la plus stricte, c'est-à-dire la plus intégriste. Dans ce champ, il perçoit que l'intégrisme n'est pas défini par le contenu des énoncés sur lesquels il porte et auxquels il s'applique, mais par une structure socio-cognitive relativement indépendante de ces contenus. Il introduit alors le modèle d'un système croyance-incrédulité, composé, d'une part, des croyances que l'individu adopte, connaît et quelquefois verbalise, et d'autre part, des non-croyances, dont l'individu sait qu'elles sont celles de certains de ses congénères, qu'il connaît mais qu'il n'adopte pas. Ainsi, l'homme filtrerait l'ensemble de son approche des êtres et des choses par l'intermédiaire de cet ensemble articulé, dont il s'agit alors d'établir la structure avant même d'en décrire les contenus. Par ailleurs, Rokeach analysera une des formes particulières que cette structure peut adopter, introduisant ainsi un certain type de traitement du monde des choses et des êtres sociaux. Cette forme particulière parmi d'autres potentiellement disponibles, ce sera le dogmatisme. Pour Rokeach, il y a des individus dogmatistes et des groupes dogmatistes. Ainsi, par une sorte d'harmonie préétablie, les premiers s'insèrent dans les seconds et les seconds sont exclusivement composés des premiers.
Les théoriciens ultérieurs de l'orthodoxie, reprenant l'idée que, dans un système de croyances, le lieu explicatif, c'est sa structure et non pas les contenus et les énoncés de ces croyances, penseront toutefois que cette harmonie préétablie ne résiste pas à l'évidence.


L'orthodoxie

On dit d'un individu qu'il est orthodoxe dans la mesure où il accepte et même demande que sa pensée, que son langage et que son comportement soient régulés par le groupe idéologique dont il fait partie et notamment par les appareils de pouvoir de ce groupe. On dit d'un groupe qu'il est orthodoxe d'abord quand ce type de régulation y est effectivement assuré et, par ailleurs, quand le bien-fondé technologique et axiologique de ce type de régulation fait lui-même partie de la doctrine attestée par le groupe. Il ne s'agit pas de croire seulement à ce que le groupe (l'Église, le Parti, l'École) dit et impose de croire, il faut également croire au groupe (à l'Église, au Parti, à l'École). Accessoirement, on appelle système orthodoxe l'ensemble des dispositifs sociaux et psychosociaux qui règlent l'activité de l'individu orthodoxe dans le groupe orthodoxe. Ainsi, à la différence des concepts d'autoritarisme et de dogmatisme, le concept d'orthodoxie n'est pas un concept de personnalité: c'est un concept de champ social. En effet, un ecclésiastique ou un commissaire du peuple en exercice peuvent être ni autoritaires ni dogmatistes, et dans le cadre des définitions proposées, ils ne peuvent pas ne pas être orthodoxes.
Il peut y avoir des orthodoxies de tout genre (religieuses, politiques, idéologiques, artistiques et même scientifiques). Cependant, si toutes les idéologies peuvent induire des faces ou des phases de genre orthodoxe, le tout d'une idéologie n'est pas susceptible d'être pris en charge par le concept d'orthodoxie. C'est que, à des phases où, en fonction d'une idéologie particulière, l'information est contrôlée et la reproduction des rôles de pouvoir assurée de façon orthodoxe, peuvent être opposées ou apposées d'autres phases où, en fonction de la même idéologie, l'information est disloquée et la distribution des rôles de pouvoir contestée, quelquefois de façon violente. Aussi, à des phases d'orthodoxie succèdent des phases d'effervescence cognitive et sociale, que l'on pourrait dire prophétique (ou messianique). Ainsi, le protestataire prophétique croit absolument tout et à tout ce que croit l'attestataire orthodoxe, sauf au bien-fondé doctrinal de la régulation sociale organisatrice du groupe social orthodoxe et organisée par le groupe social orthodoxe. Il ne croit pas que, tels qu'ils sont, l'Église, le Parti, l'École soient hors de contestation, éventuellement radicale.


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