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La définition de Idéologie


Une idéologie désigne un ensemble plus ou moins cohérent de croyances, de savoirs implicites, de présupposés et de valeurs, que les individus élaborent au sein de leur milieu socioculturel et qu'ils utilisent dans la vie quotidienne pour interpréter la réalité et orienter leurs actions.
Bien qu'il soit largement utilisé en sciences politiques, en sociologie et, avec plus de réticences, en psychologie, le concept d'idéologie a toujours suscité des controverses quant au sens précis qu'il revêt et quant à son utilité réelle pour les sciences humaines.


Des acceptions multiples

Créé par Antoine Destutt de Tracy au début du XIXe siècle, pour nommer une nouvelle science chargée d'étudier les idées, le mot idéologie s'enracina dans le vocabulaire courant et dans le langage spécialisé au prix d'un profond changement de sens. De nos jours, ce n'est plus à une science que renvoie ce terme mais à une modalité particulière de la pensée sociale que beaucoup situent aux antipodes de la pensée scientifique. En effet, les connotations qui l'accompagnent ont trait le plus souvent à l'erreur, à la distorsion, à l'absence de fondements objectifs ou au dogmatisme. Alors que la science n'hésite apparemment pas à modifier ses acquis pour coller de plus près à la réalité, l'idéologie semble travailler tout au contraire pour couler la réalité dans les moules qu'elle lui tend, allant même jusqu'à la déformer plutôt que de se modifier elle-même.
L'idée que la conscience est de nature sociale fut diffusée par Karl Marx. Pour Marx, ce sont les pratiques et les relations liées aux conditions sociales de leur existence qui façonnent la conscience des individus sans qu'ils le perçoivent. De plus, comme les classes dominantes de la société peuvent faire partager par les autres classes leurs propres contenus de conscience, ces dernières regardent le monde à partir d'idées produites par une position qui n'est pas la leur et qui fausse leur appréciation de la réalité. Pour Marx, l'idéologie est donc un phénomène de distorsion de la pensée qui puise son efficacité dans sa capacité à se masquer comme étant précisément de l'idéologie. C'est parce qu'elle se rend invisible à la conscience, que pourtant elle façonne, que l'idéologie acquiert précisément son statut d'idéologie et peut produire ses effets de distorsion. Indécelables aux yeux de ceux qui y participent, les contenus idéologiques ne peuvent être saisis comme tels que par ceux qui se situent hors de la position sociale qui les produit. C'est pour cette raison qu'une idéologie n'est habituellement qualifiée comme telle qu'à partir d'une autre idéologie ou d'un savoir réputé objectif et libre de conditionnements sociaux.
Parallèlement à cette perspective, il s'en est développé une autre qui place l'accent sur la fonctionnalité de l'idéologie, en tant qu'elle constitue la grille de lecture indispensable pour donner sens à la réalité sociale et pour pouvoir s'y mouvoir. Dans cette optique, on entend par idéologie un ensemble relativement cohérent et systématisé d'idées partiellement explicitées, qui sous-tend la représentation et l'explication du monde pour une communauté donnée.
Dans un troisième sens, on qualifie d'idéologie un ensemble articulé de propositions théoriques, de valeurs et de déclarations programmatiques formant un corpus doctrinal qu'assument consciemment des collectifs sociaux. C'est en ce sens que l'on parle parfois de l'idéologie anarchiste, marxiste ou fasciste, par exemple.
Les trois acceptions qui viennent d'être résumées ont en commun le fait de considérer l'idéologie comme un ensemble d'idées chargées d'affects et de valeurs qui orientent l'interprétation du monde, façonnent les productions discursives et guident les agissements des hommes.


L'idéologie et l'individu

Si l'on ajoute aux problèmes suscités par la polysémie du terme le fait que l'idéologie est constituée tout à la fois de croyances, de savoirs, de valeurs, d'intérêts, d'affects et de présupposés, on comprend que beaucoup de psychologues aient évité de recourir à un concept jugé trop lourd. Cependant, cela ne signifie pas que le concept d'idéologie soit dépourvu d'intérêt ou que les psychologues n'en fassent pas l'usage. Si les sociologues ont généralement cherché à élucider les conditions sociales où se forment les idéologies et les rapports sociaux qu'elles reflètent, certains psychologues se sont penchés sur l'analyse des mécanismes par lesquels l'idéologie parvient à pénétrer la pensée des individus. Leurs travaux peuvent se regrouper sous deux métaphores:

  • La métaphore de l'éponge: elle conduit à considérer que l'individu absorbe jour après jour l'idéologie qui circule dans son milieu social à partir d'instances de socialisation, parfois institutionnellement formalisées, telles que l'école, ou bien à partir de processus plus diffus tels que la communication avec ses pairs, les échanges au sein de la famille ou l'exposition aux différents médias. En forçant, on pourrait dire que le cerveau des individus s'imprègne de l'idéologie dominante tout aussi sûrement qu'une éponge se gorge du liquide dans lequel elle baigne. Doté à son insu de l'idéologie adéquate, c'est alors tout naturellement que l'individu la diffusera à son tour dans ses échanges quotidiens, verra le monde comme on lui a appris à le voir et se conduira de son propre chef comme on attend qu'il le fasse.

  • La métaphore du labyrinthe: elle situe dans la propre activité de l'individu, et dans les processus de rationalisation qui l'accompagnent, le lieu où se construit l'idéologie. C'est parce que l'individu se doit de justifier à ses propres yeux et de reconnaître comme siennes les conduites qu'il accepte de réaliser en raison de ses diverses insertions sociales qu'il est amené à produire de lui-même l'idéologie correspondant à ces insertions. Loin d'absorber passivement l'idéologie dominante, l'individu la sécrète, pour ainsi dire, dès qu'il accepte de se plier sans contrainte explicite aux diverses obligations issues de sa condition sociale. Le résultat est qu'un jeu particulier d'insertions sociales conduit à la production de l'idéologie, requise de façon tout aussi inéluctable que le postule la métaphore de l'éponge. Dans les deux cas, un sujet/marionnette est mû par des fils invisibles qui le dirigent subrepticement, mais en toute efficacité, vers le lieu où il croit aller de lui-même. En fait, la nature interidéologique de toute idéologie jointe à la souplesse de la grille de lecture que ces idéologies offrent et au caractère argumentatif de la pensée humaine relâchent considérablement l'apparent déterminisme des fonctionnements idéologiques.

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