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La définition de Communication


La communication désigne les processus et l'ensemble de comportements servant à la production, à la transmission et à la réception d'informations par l'entremise de systèmes symboliques partagés et définis socialement.


La communication chez l'enfant

On peut distinguer deux niveaux de communication humaine:

  • Un niveau de communication asymétrique: l'émetteur ne maîtrise pas l'effet de son émission, alors que le récepteur interprète cette émission comme un message. Ce niveau est typique des interactions entre adulte et nourrisson au cours des 9 à 12 premiers mois de vie. Ces interactions sont parfois appelées pour cette raison pseudodialogues.

  • Un niveau de communication intentionnelle et réciproque: les messages sont émis et reçus selon un code commun.

Dès la naissance, l'engagement mutuel de ceux qui communiquent se manifesterait grâce à la capacité du nourrisson à adapter, tout comme l'adulte, ses rythmes de mouvements à ceux du locuteur. Bien que controversée, cette capacité neurobiologique d'hétérosynchronie, suscite un grand intérêt et est à la base des études en face à face entre la mère et son bébé. En effet, on a décrit une synchronisation des comportements de la mère sur la structure temporelle des mouvements de l'enfant, et inversement ; la danse entre les mouvements de retrait et d'avancée de la mère et du bébé en face à face.
Enfin, on a pu montrer le rôle actif de l'enfant dans les séquences interactives, ainsi que ses capacités prédictives concernant le comportement du partenaire, en utilisant notamment des paradigmes expérimentaux dans lesquels intervient une perturbation des comportements communicatifs de l'adulte. La capacité précoce du nouveau-né à prendre sa place dans un système d'interaction est illustrée par la précocité des expressions faciales et par la précocité de la discrimination des expressions.
Par ailleurs, les actes de communication peuvent être distingués selon deux grandes sous-catégories:

  • Les indices et signaux: il s'agit des mouvements du visage et du corps, ainsi que les postures. Ils sont porteurs de signification pour le partenaire, sinon pour l'émetteur.
    Le regard, le sourire, les expressions faciales de joie, de colère, de surprise et de peur sont autant d'indices et de signaux fonctionnels dès 4 semaines pour les deux premiers, dès 3 mois pour la joie et la colère, vers 6 mois pour la surprise et la peur. Les expressions vocales s'enrichissent considérablement au cours des premiers mois : à la naissance, les seules manifestations vocales sont les cris, accompagnant ou non les pleurs. Vers 6 à 8 semaines apparaissent les vocalisations qui se modulent progressivement dans les lallations, le babillage puis le jargon.
    On peut noter également le rôle des réponses de l'adulte aux productions sonores de l'enfant. Ces réponses permettent l'évolution du répertoire et préparent l'accès au langage, en renforçant les sons de la langue.

  • Les gestes conventionnels ou symboliques: ils supposent qu'il y ait dissociation entre le moyen d'expression (signifiant) et le contenu exprimé (signifié). Cela implique l'intervention d'une convention permettant un accord minimal entre partenaires sur la distinction entre signifiant et signifié. Ce code est à son maximum d'arbitraire dans le cas où le mode de communication est le langage.
    Jusqu'à 4-5 ans, les enfants utilisent plutôt les gestes symboliques et les séquences mimicogestuelles codées dans leurs rapports avec leurs contemporains, alors qu'ils manient pourtant déjà bien le langage et en usent avec aisance dans leurs rapports avec les adultes. Dès l'âge de la marche, le répertoire des expressions faciales est complet et l'enfant a acquis une riche panoplie de gestes, parmi lesquels des gestes conventionnels, comme le salut de la main, l'offre, la demande et le pointage.
    Le pointage de l'objet est le premier geste symbolique à apparaître, vers 9 mois. Il est symbolique parce qu'il désigne un référent en le localisant. De ce fait, on le considère comme un déictique, précurseur du démonstratif ça, équivalent de intéressons-nous à ça et destiné à susciter ou soutenir l'attention conjointe.

Les symboles, les motivations et la cognition dans la communication

Les symboles sont les outils fondamentaux de la communication. Ils correspondent à tous les comportements porteurs de sens. Ce sont des actes, ou leurs conséquences, auxquels on attribue une signification arbitraire établie consensuellement par la communauté linguistique utilisant ce système symbolique. Aussi, la possibilité de communiquer dépend principalement de la résolution du problème de coordination entre un symbole et sa signification. Pour ce faire, les interlocuteurs doivent partager un terrain d'entente défini selon trois aspects de l'interaction:

  • Les interlocuteurs doivent jouir d'une expérience langagière commune faite d'interactions antérieures définissant la correspondance entre les symboles et leur signification.

  • Le terrain d'entente doit aussi comporter des éléments non verbaux et paraverbaux familiers aux interlocuteurs.

  • Les interlocuteurs appartiennent à une même communauté et partagent non seulement un idiome mais également des connaissances, des croyances et des valeurs définissant cette communauté de façon distincte.

Ce dernier aspect du terrain d'entente souligne bien le fait que, même si les symboles peuvent être répertoriés et codifiés comme langue, sous forme d'un dictionnaire, par exemple, la communication, elle, ne peut être comprise qu'en fonction de son contexte social plus large. Sur ce terrain d'entente se joue le jeu de la communication. Les locuteurs visent ainsi à créer entre eux une réalité partagée en adaptant leur message aux connaissances et aux attitudes de leur interlocuteur. Ces stratégies, dites de syntonisation, entraînent des changements non seulement chez l'interlocuteur mais également au plan de la représentation cognitive que le communicateur se fait de l'objet de son discours ainsi que de sa propre attitude à l'égard de celui-ci.


La communication intergroupe

Les études psychosociales de la communication ont souvent emprunté la voie de l'étude des relations entre groupes culturels différents parce que ces situations sont potentiellement sources de conflits sociaux importants et parce qu'elles permettent de mieux mettre en évidence les mécanismes de communication et leurs embûches.
Les études portant sur la communication intergroupe ont comme prémisse l'existence d'un lien étroit entre langue et identité sociale. Elles se sont attachées aux corollaires affectifs des choix et de l'usage des langues ainsi qu'aux aspects cognitifs de la production du discours. Au plan affectif, l'utilisation du paradigme expérimental dit des codes appariés a permis de démontrer comment l'évaluation d'un même locuteur pouvait varier selon que celui-ci s'exprimait dans la langue de l'endogroupe ou dans celle de l'exogroupe et selon le statut relatif de ceux-ci. Par la même méthode appliquée à la théorie d'adaptation de la communication, on a pu démontrer qu'un interlocuteur convergeant vers la langue et le style langagier de son interlocuteur était mieux évalué que celui qui divergeait en accentuant les caractéristiques endogroupes de son discours.
Finalement, l'apprentissage et l'usage d'une seconde langue sont assujettis aux attitudes à l'égard du groupe parlant cette langue et à la qualité des contacts avec celui-ci. Ainsi, l'apprentissage de la langue d'un groupe majoritaire par les membres d'un groupe minoritaire peut conduire à la perte de la langue et de l'identité premières et, éventuellement, à l'érosion complète d'un groupe langagier. Ces phénomènes ont également leur reflet au niveau des choix lexicaux effectués par les communicateurs. Le biais linguistique pro-endogroupe montre qu'on utilise des verbes d'état et des adjectifs pour parler des événements positifs impliquant l'endogroupe alors que des verbes d'action sont utilisés pour parler d'événements négatifs. Cela a pour effet de provoquer des attributions internes, dispositionnelles pour les actions positives et des attributions externes pour les actions négatives. La stratégie inverse est utilisée pour l'endogroupe.
Ainsi, la communication intergroupe met en jeu des stratégies discursives enchâssées dans des processus cognitifs qu'elle contrôle et transforme. La perspective sociopsychologique de la communication a donc non seulement pour objet des phénomènes sociaux où la communication joue un rôle, mais encore l'influence de la communication sur les processus cognitifs et affectifs.


La communication verbale et non verbale

Il s'agit d'un domaine d'investigation qui aborde, par la méthode expérimentale, les relations qui s'établissent entre les aspects verbaux de la communication, ses aspects non verbaux et les variables psychologiques et sociales impliquées dans le processus communicatif. Parmi elles, on peut citer:

  • Le regard: les échanges verbaux sont marqués par l'alternance de la centration et de la décentration du regard par rapport au visage du partenaire, ainsi que par d'importantes variations du taux global d'attention visuelle dont celui-ci est l'objet.
    Lorsqu'ils parlent, les individus réduisent généralement de beaucoup leur focalisation sur la personne-cible. L'activité oculaire est alors principalement marquée par les mouvements latéraux conjugués, des saccades latérales liées aux opérations mentales de production du discours. Le retour du regard vers le visage du partenaire pendant les pauses du discours ainsi qu'en fin d'émission verbale est caractéristique. L'attention visuelle pour le partenaire est importante lorsque l'individu occupe le pôle récepteur, mais elle varie alors en fonction de la qualité et de la complexité de l'exposé.
    Aussi des conditions d'audibilité ou de visibilité réduites entraînent généralement une augmentation sensible de la focalisation sur le partenaire. La focalisation visuelle contribue à maintenir le contact, ainsi qu'à optimiser le décodage par le recours aux signaux secondaires de la communication (lecture labiale, décodage des mimiques faciales).
    Enfin, les comportements de communication sous-tendus par la coopération, la dépendance, l'attirance, la recherche d'affiliation ou d'approbation sociale s'accompagnent généralement d'un niveau élevé de centration visuelle sur le partenaire. Il en va de même lorsque la motivation sociale est élevée, mais à valence négative, comme c'est le cas dans les communications animées par la colère, l'hostilité ou l'agressivité. Au contraire, l'embarras, la gêne, la honte, la dépression sont autant de conditions de motivation sociale réduite. En effet, la focalisation sur le partenaire s'y manifeste à un niveau de faible fréquence.

  • Les gestes d'accompagnement du discours: la communication verbale est indissociable du mouvement corporel. Outre les mouvements oculaires, la personne qui parle manifeste généralement une activité importante des sourcils, des mimiques faciales et des mouvements saccadés de la tête. En outre, des mouvements du tronc et des jambes modifiant par instants l'ensemble de la statique corporelle sont également observés.
    Toutefois, les gestes des mains qui accompagnent la communication verbale constituent à la fois le phénomène le plus caractéristique. Ainsi, les gestes de marquage font apparaître que, tandis qu'il s'exprime verbalement, le locuteur tient en compte des facteurs tels que l'ambiguïté potentielle de son message, l'importance relative et le degré de nouveauté des éléments qu'il y introduit, ainsi que la succession des étapes de ses raisonnements.
    La gestualité d'accompagnement de la parole trouve son origine développementale la plus claire dans les gestes de pointage, qui apparaissent vers l'âge de 9 mois, mais ne sont pas intégrés à l'activité vocale avant l'âge de 14 mois. Limités d'abord à la fonction d'indication, ils entrent progressivement en coordination avec le vocabulaire conventionnel et se mettent ainsi au service de fonctions nouvelles comme l'identification, la requête, ou la demande d'information.

  • Les styles de langage: la notion de style de langage signifie que, selon les circonstances, la manière de s'exprimer d'un individu peut varier dans des aspects fondamentaux de sa structure et de son organisation. L'anthropologue Marcel Jousse a été le premier à donner forme à cette question. Son point de départ était l'idée que, avant toute symbolisation, la saisie du réel est opérée par l'individu sur un mode gestuel et moteur. Par voie de conséquence, les premiers moyens de la communication de l'expérience seraient de l'ordre de la gestualité ou de l'onomatopée. À ces moyens, qui ont l'avantage d'une restitution directe ou analogique de l'expérience, les cultures auraient, selon la vision anthropologique de Jousse, substitué les langages conventionnels. Toutefois, dans les circonstances où il est moins soumis aux contraintes sociales, l'individu tendrait à revenir à des formes expressives proches de cette modalité primitive.
    C'est ce qui amène Jousse à distinguer dans les moyens linguistiques disponibles un style oral, concret, subjectif, idiomatique et faiblement élaboré sur les plans du lexique, de la logique et de la syntaxe, et un style écrit, mode d'expression d'allure livresque où la parole est abstraite, éloignée de l'expérience, impersonnelle et marquée par la forte articulation.

La communication corporelle

Au cours des années 1960, une vogue importante a mis l'accent sur les notions de communication corporelle et de langage du corps. Aussi, il existe de grandes différences dans le déroulement et dans l'issue de la communication relationnelle selon que celle-ci s'effectue en face à face ou en l'absence de visibilité réciproque des partenaires. À première vue, elles incitent ainsi à attribuer d'importantes fonctions aux aspects visibles, gestuels, dans ce type de communication.
Cependant, cette interprétation se trouve largement mise en défaut par les résultats de recherches qui ont étendu les comparaisons précédentes à un troisième type de canal de communication. Il s'agit du circuit de télévision. D'une manière étonnante, les travaux qui ont inclus ce type de médium ont révélé que les performances de communication enregistrées dans ces conditions étaient beaucoup plus semblables à celles suscitées par les situations d'interaction sans visibilité réciproque qu'à celles des situations d'interaction en face à face. Cette constatation a conduit à la conclusion que les différences observées antérieurement entre les divers types de médium doivent être imputées au degré de présence sociale du partenaire, qui met en jeu sa proximité physico-sociale, sa tangibilité, sa matérialité physique.
Quant aux aspects gestuels, ils ne constituent nullement des éléments déterminants dans le processus de communication. Aussi, selon Serge Moscovici, en dépit de leurs fonctions considérables comme indicateurs de perception, les signaux qui véhiculent les significations émotionnelles et non verbales n'ont aucun rôle décisif dans la transmission de l'information. Leur valeur expressive considérable ne justifie pas qu'ils soient investis du statut de langage.


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