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(Mise à jour: Avril 2016)

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Le pouvoir des minorités


Ce n'est pas parce que vous êtes nombreux à avoir tort que vous avez raison. (Bernard Werber)Certaines minorités sont parvenues à imposer leurs idéaux, et ainsi à faire évoluer la société. Ce fut le cas, par exemple, de Nelson Mandela, Martin Luther King pour les droits civiques aux Etats-Unis, ou encore de certaines femmes au milieu du XXe siècle en France.

Toutes ces minorités, inférieures en nombre au départ, ont réussi, au fil temps et à force de persévérance, à transformer l'opinion majoritaire. Et le combat était loin d'être gagné d'avance, notamment en raison de l'inclination humaine qui est de penser dans le sens du courant dominant. Cette inclination est due au fait que, d'une part, nous avons tendance à penser: "Si la plupart des gens le pense, c'est que ce doit être vrai", et d'autre part, parce qu'en affichant une opinion divergente, nous craignons d'être stigmatisés, voire exclus de notre groupe d'appartenance. C'est ce que l'on appelle le biais de conformité.


Alors comment une minorité parvient-elle à convaincre la majorité?

A vrai dire, plusieurs points communs peuvent être mis en évidence dans le succès des minorités à persuader l'opinion général:

  • Elles attirent l'attention: les minorités prennent un risque considérable en défendant leurs idées. En effet, en s'opposant à la majorité, elles risquent d'être critiquées et ostracisées. De fait, en se mettant ainsi en danger, elles sont créditées d'un certain courage qui nous incite à s'intéresser à leurs idées.

  • Elles professent un discours constant: en répétant les mêmes messages et en défendant leur position dans la durée, les minorités montrent qu'elles sont réellement convaincues de leurs idées, mais aussi et surtout qu'elles sont fiables. De fait, en œuvrant ainsi sur le long terme, les opinions minoritaires vont avoir une influence latente. C'est-à-dire qu'après avoir suscité l'intérêt, leurs arguments vont être intégrés lentement à notre réflexion, de façon inconsciente et différée, mais aussi de manière plus profonde. Si bien que lorsqu'on finit par adhérer à une opinion minoritaire, on en est profondément convaincu. Et c'est la grande force des minorités.

  • Elles cherchent à préserver l'union: les minorités se rallient au groupe qu'elles veulent influencer et insistent sur le fait que la minorité et la majorité ont une identité commune. Cela permet notamment de préserver l'identité sociale de la majorité et ainsi d'éviter que celle-ci se sente menacée. Par exemple, afin d'atténuer la différence entre les noirs et les blancs, Nelson Mandela a rassemblé les Sud-Africains sous un même drapeau au lieu d'utiliser des critères ethniques. De cette façon, il a mis en avant l'identité commune aux différents groupes sociaux de son pays. En outre, cette démarche incite la majorité à manifester une certaine bienveillance envers les minorités, dans une volonté de préserver l'union. Ainsi, les minorités peuvent s'exprimer librement, à condition de ne pas revendiquer un changement trop important. Dans ces conditions, l'influence de la minorité est plus insidieuse: il s'agit bien d'une influence latente.

Pourquoi les minorités ne parviennent pas toutes à convaincre?

Certaines minorités ne réussissent pas à persuader la majorité du bien-fondé de leurs idéaux et finissent par tomber dans l'oubli. Diverses causes peuvent expliquer leur échec. Aussi, les raisons les plus courantes sont le dogmatisme et la division. En effet, s'il est nécessaire d'être persévérant, il ne faut pas non plus tomber dans l'obstination. Il est important de tenir compte des arguments extérieures et de la réalité changeante. De même, les divisions au sein d'une minorité laissent suggérer un manque de cohérente, ce qui la rend peu fiable.


Inspiré des travaux de Francisco Comiran, de Laurent Bègue, de Juan Pérez et de Gabriel Mugny.



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