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La définition de Représentation



La représentation en psychanalyse

En psychanalyse, la représentation désigne une forme élémentaire de ce qui s'inscrit dans les différents systèmes de l'appareil psychique et, notamment, de ce sur quoi porte le refoulement.
La représentation constitue classiquement, dans le vocabulaire de la philosophie, le contenu concret d'un acte de pensée. Sigmund Freud reprend ce terme mais son sens est évidemment modifié du simple fait de l'hypothèse de l'inconscient. Ainsi, dès ses premières œuvres, Freud oppose représentation et affect. Lorsqu'un événement, voire une simple perception, s'est révélé inassimilable, l'affect qui lui était lié est déplacé ou converti en énergie somatique, formant ainsi le symptôme. C'est la représentation qui est à proprement parler refoulée. Elle s'inscrit dans l'inconscient sous forme de trace mnésique. D'une certaine façon, on peut confondre les deux termes, même si la représentation constitue plus justement un investissement de la trace mnésique.
Par ailleurs, Freud distingue représentation de mot et représentation de chose. Le fait que ce soient les représentations de choses qui caractérisent l'inconscient, alors que le verbal semble dépendre de la prise de conscience, pourrait donner l'impression que pour lui l'inconscient a pour contenu des représentations essentiellement visuelles, des images. Il semble plus juste de relever que les représentations ne subsistent dans les différents systèmes psychiques que sous forme de traces mnésiques et que c'est donc comme système d'écriture qu'il faut penser, au moins métaphoriquement, le contenu de l'inconscient. Ainsi, c'est, d'une certaine façon, le concept lacanien de lettre, et son usage dans la pratique de la cure, qui aide le mieux à reprendre cette question assurément difficile.
Freud a indiqué dans ses Trois Essais sur la théorie sexuelle que la pulsion constitue la représentance psychique de l'excitation somatique.


La représentation mentale

La représentation mentale correspond à une entité de nature cognitive qui reflète, dans le système mental d'un individu, une fraction de l'univers extérieur à ce système. De façon générale, un processus de représentation est à l'oeuvre lorsqu'un objet ou un ensemble d'objets se trouvent réexprimés sous la forme d'un nouvel ensemble et qu'une correspondance est réalisée entre l'ensemble de départ et l'ensemble d'arrivée. Cette correspondance se traduit par la conservation, dans l'ensemble d'arrivée, de certaines des relations existant à l'intérieur de l'ensemble de départ. Cependant, représenter ne consiste pas simplement à reproduire. Tout processus de représentation implique l'idée d'une transformation appliquée aux entités faisant l'objet de la représentation. Le degré de préservation de la structure de l'information de départ détermine le degré d'analogie de la représentation à l'égard de l'objet représenté.
Il importe de faire la distinction entre la représentation comme processus (ou ensemble de processus) et les représentations comme produits de ces processus. Certains processus de représentation sont générateurs de produits qui sont des objets matériels (des cartes, des schémas, des diagrammes, etc...). La psychologie s'intéresse aux processus générateurs des représentations mentales, c'est-à-dire d'entités cognitives produites par le fonctionnement d'un support biologique, le système nerveux. Pour la psychologie cognitive, les représentations sont des modèles intériorisés que l'individu construit de son environnement et de ses actions sur cet environnement. Ces modèles sont utilisables par l'individu comme sources d'information et instruments de régulation et de planification de ses conduites.


La permanence et l'occurrence des représentations

La notion de représentation a commencé à connaître un réel développement en psychologie à partir du moment où la discipline a remis en cause les approches essentiellement centrées sur le comportement. Le postulat est qu'il existe, dans le système cognitif humain, des entités dont le rôle est de conserver l'information résultant des interactions de l'individu avec le monde et de maintenir cette information sous une forme utilisable pour des objectifs comportementaux ultérieurs. Ces entités ne sont pas des objets observables. Cependant, pour le chercheur, les représentations mentales sont connaissables par la mise en oeuvre d'inférences exploitant l'information fournie par des indicateurs objectifs, dont les variations sont supposées refléter le fonctionnement de ces représentations.
Dans cette perspective, l'objectif de la psychologie est de rendre compte de la façon dont les individus élaborent des représentations internes et en font usage en vue de réaliser une meilleure adaptation à leur environnement. Si le comportement reste la matière première de la recherche expérimentale, celui-ci est néanmoins saisi par le chercheur comme le produit d'une activité centrale, impliquant l'activation et la manipulation de représentations symboliques. Cette position théorique requiert, pour le chercheur qui se propose de modéliser les représentations dont dispose un organisme, de faire des hypothèses sur la structure interne de ces représentations et sur la nature des processus qui opèrent sur elles.
En psychologie, il est devenu courant de faire la distinction entre deux états des représentations mentales:

  • Un état de disponibilité: il correspond à l'inscription en mémoire à long terme de la connaissance que possède l'individu (par exemple, à propos d'un certain objet).
  • Un état d'actualité: lorsque, sous l'effet de processus activateurs, ces représentations passent temporairement à un état activé.

Cette distinction est à rapprocher de celle qui est faite entre représentations-types et représentations-occurrences. Les premières correspondent à l'information dont dispose un individu de manière permanente. Les secondes correspondent aux évocations singulières temporaires de cette information. L'observation du comportement d'un individu permet d'inférer la survenue d'événements psychologiques transitoires, les représentations-occurrences, à partir desquelles le chercheur postule l'existence de structures cognitives durables, les représentations-types, constitutives de la mémoire sémantique de cet individu.
L'activation temporaire d'une représentation n'implique pas nécessairement, pour l'individu, l'expérience consciente de cette activation. Il existe sans doute des modes d'activation susceptibles d'engendrer une expérience cognitive actuelle (par exemple, une image mentale), dont l'individu est à même de témoigner verbalement. Cependant, l'activation transitoire d'une représentation peut être effective et son incidence sur le comportement peut être mise en évidence par des opérations expérimentales appropriées sans que l'individu ait procédé à cette forme d'activation qui donne un contenu conscient à la représentation.


Les formes et les organisation des représentations

Si un certain consensus se dessine aujourd'hui sur le caractère central de la notion de représentation en psychologie cognitive, de larges divergences persistent en ce qui concerne la nature des représentations, leur organisation, leurs modes de fonctionnement. Plus précisément, deux grandes options théoriques s'affrontent sur la question des formes de représentation mentale:

  • La première option: l'esprit humain construit, manipule et stocke l'information sous une forme unique. Il existerait en somme un format commun de représentation pour toute information traitée par l'individu. Cette option a pour corrélat l'hypothèse d'un degré élevé d'abstraction de ce format de représentation. Aujourd'hui, ce type d'hypothèse recourt de façon privilégiée à la notion de proposition, comme descripteur hautement approprié à la caractérisation des représentations cognitives.

  • La seconde option: l'information se trouve représentée dans l'esprit humain sous des formes différentes, possédant des propriétés et des modes d'organisation différents. En outre, l'hypothèse est faite que l'utilité cognitive de ces différentes formes de représentation dépend des situations dont l'individu est appelé à traiter. Cette hypothèse multimodale met donc l'accent sur l'adéquation des propriétés intrinsèques de chaque forme de représentation à l'usage que l'individu est amené à en faire. Enfin, elle envisage que les processus qui s'appliquent à chaque forme de représentation soient adaptés au mode spécifique de structuration de l'information dans cette représentation.

Par ailleurs, les deux formes de représentation les plus souvent contrastées sont:

  • Les représentations analogiques: elles entretiennent une relation d'isomorphisme structural (c'est-à-dire une correspondance point par point) à l'égard des objets représentés. De ce fait, elles préservent le caractère continu des variables continues. L'image est considérée comme un exemple privilégié de représentation mentale analogique.

  • Les représentations analytiques: les relations qu'elles entretiennent avec les entités dont elles tiennent lieu sont fondées sur une convention arbitraire. Le langage constitue sans doute le prototype de ces sortes de représentations. Ses caractéristiques structurales sont foncièrement différentes de celles des objets auxquels il se réfère.

Les représentations propositionnelles sont, elles aussi, caractérisées par une structure interne qui ne préserve pas la structure des entités dont elles assurent la description.
Certaines théories postulent l'existence de représentations d'une nature encore plus abstraite, inscrites au niveau le plus élevé de l'architecture cognitive, et auxquelles se trouvent subordonnées toutes les autres formes de représentation mentale. Les représentations qualifiées de conceptuelles codent la signification sous une forme indépendante de la modalité (par exemple, imagée ou linguistique) sous laquelle l'information est traitée par l'individu. Des questions théoriques importantes sont celles de la genèse de ces différentes formes de représentation, de leur intégration au système cognitif de l'individu et de leur organisation hiérarchique.


La cognition et la représentation

La notion de représentation est une notion sur laquelle convergent, avec la psychologie cognitive, les autres sciences de la cognition. Sans doute ces disciplines, comme par exemple l'intelligence artificielle lorsqu'elle traite de la représentation des connaissances, ont-elles surtout affaire à des représentations construites par le chercheur (et, de ce fait, observables), tandis que la psychologie traite pour sa part de représentations naturelles (qui ne sont pas directement observables). D'autres différences tiennent à la nature des supports de ces représentations (le support informatique ou le support biologique).
Au-delà de ces différences, les sciences cognitives visent à rendre compte des caractéristiques fonctionnelles que partagent les différents types d'agents cognitifs. Un agent cognitif est défini par une double caractéristique: il possède des représentations et il possède des capacités de traitement et de manipulation de ces représentations. Dès lors, l'objectif des sciences cognitives est d'étudier l'aptitude des systèmes (naturels et artificiels) de traitement de l'information à construire des représentations et leur capacité d'exploiter la valeur informationnelle de ces représentations par la mise en œuvre de procédures de traitement appropriées.


La représentation sociale

Il s'agit d'une façon de voir localement et momentanément partagée au sein d'une culture. Elle permet de s'assurer l'appropriation cognitive d'un aspect du monde et de guider l'action à son propos.
Directement issue des travaux d'Émile Durkheim, la notion de représentation sociale a reçu son élaboration théorique de Serge Moscovici. Aussi, depuis les années 1980, une floraison de recherches, principalement européennes, en a fait l'un des thèmes centraux de plusieurs sciences sociales.


L'héritage et l'altérité

Les représentations sociales sont constitutivement marquées par leur historicité et par l'altérité qui est à la base des rapports sociaux. À ce double titre au moins, elles échappent à la psychologie individuelle.
Souligner l'historicité des représentations sociales, c'est faire référence à trois aspects complémentaires:

  • L'héritage dont elles sont issues.
  • La contribution qu'elles apportent à l'histoire présente.
  • La dynamique qui les transforme.

L'héritage est à la fois la notion la plus évidente et la plus résistante. Nous apprenons moins à construire le monde que nous n'apprenons la construction déjà réglée de ce monde, les catégories qui l'organisent, les valeurs qui le polarisent, les principes mêmes de compréhension qui le rendent gouvernable. Nous recevons ces repères en héritage par le biais de l'éducation, des institutions, de l'environnement comme fait de culture, et des interactions de toute sorte. Les représentations communes, dont on ne doit pas oublier qu'elles ont été ainsi produites, se confondent alors pour nous avec la vérité même du monde. Par exemple, plusieurs recherches expérimentales ont montré que nous ne remettons pas en cause, tant elle nous paraît évidente et même nécessaire, notre conception du groupe idéal comme ensemble de personnes liées par des relations d'amitié dans le cadre de rapports égalitaires. Or, il est clair que cette conception ne s'est largement diffusée qu'à partir du moment où de nouvelles formes d'organisation politique lui ont donné sa légitimité institutionnelle et sa valeur mobilisatrice, à la fin du XVIIIe siècle. En somme, notre manière de concevoir tel ou tel objet, si elle nous semble toute naturelle par son adéquation, n'est justement pas une donnée de nature.
D'un autre côté, les représentations sociales tiennent à l'histoire par leur contribution, tantôt décisive et tantôt incidente, à l'histoire présente. Cristallisations, mais aussi moteurs, de la connaissance collective, elles alimentent et orientent en permanence les mouvements sociaux. La vie politique moderne, en particulier, est incompréhensible sans la prise en compte du jeu des représentations sociales en tant que matrices d'opinions et mises en forme de valeurs. La propagande en témoigne jusqu'à l'aveuglement lorsqu'elle nous donne à connaître ce que nous sommes prêts à savoir et nous pousse à choisir ce que tout nous dispose à accepter. Pareillement, les modes (esthétiques, linguistiques, conceptuelles, éthiques), et jusqu'aux décisions du législateur, sont autant de lieux d'emprise et de terrains d'exercice pour les représentations en cours. On en dirait autant de la fabrication et de la circulation des rumeurs.
Enfin, considérées singulièrement, les représentations sociales ont elles-mêmes une histoire, qui se résume en trois termes: genèse, stationnarité, transformation. Cette schématisation recouvre bien entendu des devenirs très différents et des échelles temporelles très variables selon les objets considérés. Pareille diversité, loin de se réduire simplement à une pure contingence sans raison, exprime, au niveau de réalité qui est le sien, la dynamique des rapports sociaux, celle du partage des connaissances et des biens, l'installation ou le déclin des modes de vie, et, plus largement, l'inflexion plus ou moins accélérée des pratiques.
L'altérité dont, directement ou indirectement, toute représentation sociale témoigne, découle en permanence de la nature des rapports sociaux. Constater que les représentations des uns ne sont pas celles des autres ne renvoie pas ainsi à une banale personnologie, mais à des critères objectifs de positionnement social ou, par translation, de positionnement idéologique. L'exemple canonique de cette différenciation motivée a été donné par Moscovici à propos de l'image en formation de la psychanalyse dans le public français de l'après-guerre. Interrogeant sur ce thème des catholiques et des communistes, analysant également leur presse, Moscovici put montrer que les uns et les autres ne parlaient pas du même objet puisqu'ils le (re)construisaient à partir de points de vue différents. En effet, si les premiers abordaient la psychanalyse sous un angle moral et rejetaient comme dégradant, réducteur ou laxiste ce qui leur paraissait être un encouragement donné aux pulsions, les seconds situaient la théorie de Freud dans le champ politique et lui faisaient grief de détourner l'attention des travailleurs de leur combat pour l'émancipation. D'autres exemples, également démonstratifs et qui tissent sans relâche notre univers quotidien, peuvent être facilement relevés à l'occasion de tous les débats de société dans lesquels s'affrontent ou se confrontent des groupes différenciés (par exemple, l'éducation, l'emploi, la santé, l'immigration, les relations internationales, etc...).
Il résulte de cette composante d'altérité une conséquence importante, à savoir que les représentations sociales garantissent aussi bien l'identité (l'appartenance sociale reconnue) de ceux qui en sont porteurs, que leur aptitude à distinguer, en regard, ceux qui ne peuvent leur apparaître selon les cas que comme des adversaires, des ennemis, des arriérés, des étrangers ou des traîtres.


La structure des représentations sociales

Il ne s'agit pas d'étudier une représentation particulière puis une autre, et une autre encore, en accumulant ainsi des monographies dont on ne verrait pas comment elles pourraient un jour faire corps. L'exigence scientifique requiert, ici comme ailleurs, des caractérisations générales susceptibles de se prêter à l'épreuve des faits.
La pensée sociale procède d'abord de mécanismes génétiques invariants. Tels sont l'objectivation et l'ancrage, c'est-à-dire, respectivement, le recours à des figurations concrètes et la réduction à des savoirs antérieurs, par définition plus familiers, lorsqu'il s'agit de maîtriser un objet nouveau. D'autre part, ces productions de la pensée sociale que sont les représentations présentent des propriétés structurales dont l'étude a été initiée par Claude Flament. Cette approche, résolument cognitive, considère d'abord qu'une représentation peut être formellement décrite en termes d'éléments et de relations. Elle se trouve dès lors caractérisable comme une configuration dont il s'agit de déterminer les propriétés, en amont de la simple description clinique des contenus. Plus précisément, la théorie du noyau, maintenant largement validée, pose que toute représentation constituée est organisée selon deux types de systèmes:

  • Un système central: il se compose d'un très petit nombre d'éléments. Il définit l'essence de l'objet de représentation pour le groupe considéré. A ce titre, il est totalement identifiant et demeure consensuel sur une longue période (sous réserve, bien entendu, des mouvements de l'histoire).

  • Un système périphérique: il est plus diffus et moins stable. Il autorise les adaptations circonstancielles de la représentation ainsi que l'expression des différences interindividuelles.

Par ailleurs, des travaux théoriques et expérimentaux ont permis d'affiner encore ce modèle et de situer l'étude des représentations sociales à l'articulation rigoureuse des sciences sociales et des sciences cognitives.


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