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La définition de Image mentale


Une image mentale correspond à une représentation mentale évocatrice des qualités sensorielles d'un objet absent du champ perceptif.


Les caractéristiques de l'image mentale

Outre leur capacité de traiter des situations présentes à leurs sens, les individus possèdent la faculté de se reporter cognitivement vers des expériences passées ou d'anticiper des situations qu'ils n'ont encore jamais rencontrées. C'est essentiellement lorsque ces évocations cognitives portent sur les aspects sensoriels d'entités absentes que l'on parle d'image mentale. L'image est un événement psychologique qui a pour vocation de restituer l'apparence figurative des objets ou des événements en dehors des conditions matérielles de réalisation d'un champ perceptif.
Toutes les modalités sensorielles sont susceptibles de faire l'objet d'évocations imagées. Les images visuelles sont les plus largement étudiées en psychologie, mais il convient de ne pas négliger d'autres domaines, comme l'imagerie auditive, l'imagerie olfactive, l'imagerie gustative, l'imagerie kinesthésique.


L'histoire de l'image mentale

Historiquement, l'image mentale s'est imposée comme un thème majeur de la psychologie introspectionniste, pour se trouver ensuite pratiquement écartée du champ de la psychologie scientifique par le béhaviorisme. C'est le courant cognitiviste qui, s'assignant pour objectif de rendre compte du développement des activités symboliques et de la genèse du système cognitif humain, réinséra l'image dans les problématiques de la psychologie. La psychologie cognitive, depuis le début des années 1970, consacre une part importante de ses efforts de recherche à l'image et propose différents modèles du fonctionnement cognitif prenant en compte les processus d'imagerie.
Dans le même temps, des controverses théoriques conduisent à préciser l'articulation de l'image par rapport à d'autres formes, plus abstraites, de représentation et à développer la recherche sur les propriétés spécifiques des images mentales.


Les propriétés fonctionnelles des images mentales

Les images sont des instruments de la mémoire. Elles redonnent une actualité cognitive à des perceptions appartenant au passé de l'individu. Par ailleurs, il est établi que la mise en œuvre de l'imagerie est un facteur favorable à la mémorisation d'informations nouvelles. Cette facilitation déjà mise en évidence dans les systèmes mnémoniques de l'Antiquité s'explique par le fait que l'image permet d'effectuer, en supplément du codage proprement verbal des éléments à mémoriser, un codage des propriétés figuratives de ces éléments.
Cette interprétation est celle qui est avancée par le modèle du double codage proposé par Allan Paivio. Celui-ci postule l'existence de deux formes de représentation mentale:

  • Les représentations imagées.
  • Les représentations verbales.

Le système des représentations imagées, fondé sur l'expérience perceptive que l'individu a construite de son environnement, se trouve spécialement concerné dans les situations impliquant le traitement d'informations figuratives ou de matériels verbaux concrets. Le système verbal, pour sa part, est fondé sur l'expérience linguistique. Son fonctionnement est supposé moins dépendant du caractère concret des situations, de sorte que son utilité relative est plus grande lorsque les situations à traiter sont plus abstraites. Dans le modèle du double codage, les deux systèmes de représentation sont interconnectés tout en restant qualitativement et fonctionnellement distincts. Cela étant, l'imagerie ne tire pas seulement son efficacité du codage additionnel de l'information qu'elle permet de réaliser. Elle favorise également l'organisation de l'information en mémoire sous forme de figures intégrées, mieux préservées des effets de l'interférence que ne le sont des informations peu structurées.
D'autres formes de traitement de l'information s'avèrent sensibles à la mise en œuvre de l'imagerie. Ainsi, la figuration mentale spatialisée des relations entre les éléments présentés dans des syllogismes linéaires est généralement favorable au raisonnement. Par ailleurs, dans la résolution de nombreuses sortes de problèmes, les images permettent à l'individu de disposer d'une représentation dont l'organisation interne est étroitement apparentée à celle des représentations perceptives. L'image fournit en somme de la situation à résoudre un modèle symbolique concret et manipulable, permettant de simuler des opérations de traitement. Le caractère synthétique et fortement intégré de l'image est un facteur d'allègement de la charge cognitive pendant ce traitement. Enfin, dans le domaine de la compréhension du langage, les images permettent la création de modèles mentaux qui expriment, sous une forme non linguistique proche de la perception, les relations entre les objets mentionnés dans les énoncés. Ces modèles permettent à l'individu de dériver des inférences sans devoir mettre en œuvre des opérations formelles.


Le caractère analogique des images mentales

La recherche des dix dernières années a été marquée par les efforts en vue d'identifier les caractéristiques qui confèrent à l'image ses propriétés fonctionnelles. L'existence de fortes similitudes entre les performances cognitives en situation perceptive et les performances en situation imaginative conduit également à s'interroger sur la parenté de l'image à l'égard de la perception. Il ne s'agit certes pas de redonner du crédit à l'hypothèse associationniste d'une pure et simple continuité de nature entre la perception et l'image, mais d'envisager la filiation d'un système de représentation à l'égard des traitements opérés par l'individu sur les produits de son expérience perceptive. Ainsi, on peut rendre compte du fait que l'image possède des propriétés structurales héritées de la perception. Sans doute, pour analogiques qu'elles soient à l'égard des événements perceptifs, les images n'en contiennent pas moins un certain degré d'abstraction et de schématisation. Cependant, la structure de l'information présente dans l'image reste essentiellement fondée sur une sémantique de la ressemblance.
Le caractère analogique de l'image est bien mis en évidence dans les situations où un individu explore mentalement l'image issue d'un apprentissage perceptif. Les expériences de Stephen Kosslyn font apparaître une relation linéaire entre la durée d'exploration de l'image et la distance objective de ce parcours sur la configuration apprise. Les images paraissent donc contenir une information qui préserve les caractéristiques spatiales de l'objet évoqué. L'information peut sûrement être conservée en mémoire sous d'autres formes, plus abstraites, mais, lorsque cette information se trouve inscrite dans une image visuelle, elle y figure dans une organisation qui reflète la structure de l'objet et, notamment, les distances relatives entre ses parties.
La notion d'analogie, en matière d'imagerie, est fondée sur l'isomorphisme structural des représentations construites à l'égard de la perception. Cette notion vaut également d'être étendue aux processus qui opèrent sur les images. Ainsi, les recherches de Roger Shepard font apparaître que, lorsque des individus doivent imaginer la rotation d'un objet sur un certain parcours angulaire, la durée de la rotation mentale est proportionnelle à l'amplitude de cette rotation. Les processus mis en jeu pour exécuter mentalement la transformation des objets paraissent obéir à des contraintes très semblables à celles qui s'appliquent à la transformation physique d'un objet réel.


Les processus d'imagerie et leurs indicateurs

Les images sont des événements psychologiques transitoires. L'hypothèse est généralement faite de l'existence d'entités cognitives assurant la représentation, en mémoire à long terme, de l'information visuelle attachée aux objets. Ce sont ces représentations qui, moyennant l'application de processus spécifiques, seraient activées dans un dispositif de traitement spécialisé et donneraient lieu à l'expérience subjective d'imagerie. La distinction entre des représentations disponibles en mémoire à long terme et leur activation transitoire est appuyée par les données de la neuropsychologie, qui différencient les déficits affectant les processus de génération des images et les déficits résultant d'une détérioration des représentations en mémoire à long terme à partir desquelles les images sont générées.
Les recherches sur la génération des images considèrent deux indicateurs temporels:

  • La durée nécessaire à la génération de l'image à l'intérieur du dispositif de traitement.
  • La durée du maintien de cette image.

L'analyse de ces indicateurs fournit des arguments en faveur de l'hypothèse d'une distinction fonctionnelle entre les processus responsables de la génération des images et les processus responsables de leur persistance. Ces processus activateurs doivent eux-mêmes être distingués des processus qui opèrent sur les images et permettent d'exécuter différents types de traitements tels que l'exploration, la rotation, la transformation.
L'investigation des mécanismes cérébraux responsables de l'imagerie mentale s'appuie sur les enregistrements E.E.G., sur la technique des potentiels évoqués et sur l'analyse des variations locales du débit sanguin cérébral. Ces différentes techniques révèlent que la production d'images s'accompagne de l'activation de régions corticales, dont le rôle est établi, par ailleurs, dans le traitement de l'information perceptive visuelle. Ces données fournissent des arguments à l'hypothèse d'une infrastructure neuronale commune aux activités perceptives et imaginatives de la modalité visuelle. Cependant, si la perception et l'image partagent certains sites de l'architecture nerveuse, la question de savoir si l'une et l'autre mettent réellement en œuvre les mêmes mécanismes de fonctionnement reste aujourd'hui ouverte.


L'image mentale au plan développemental

Chez l'enfant, l'existence d'images mentales et leurs caractéristiques ont été étudiées par l'intermédiaire de productions concrètes:

  • La reproduction graphique (le dessin de l'enfant).
  • La reproduction gestuelle.
  • Le choix entre plusieurs variables (le dessin de l'adulte).
  • La description verbale après introspection.

Toutes ces méthodes ont été pratiquées par Jean Piaget et Bärbel Inhelder.
La naissance de la fonction symbolique, marquée par la différenciation entre un signifié (l'objet réel) et un signifiant (son image mentale), permet d'évoquer l'objet en son absence. L'image elle-même est assimilée par Piaget à une forme d'imitation différée. Les premières images apparaissent dans la seconde moitié de la deuxième année, à la fin de la période sensorimotrice. Pendant plusieurs années, la nature de la pensée préopératoire, caractérisée par la focalisation de l'attention sur les états au détriment des transformations du réel, influe profondément sur l'imagerie mentale. Les images sont essentiellement reproductrices et statiques. Piaget et Inhelder insistent sur deux caractéristiques générales de l'image:

  • L'existence de pseudo-conservations: par exemple, sur un dessin imaginant la translation d'un carré par rapport à un autre dessiné au-dessus de lui, l'enfant se fixe la règle que le carré supposé mobile ne doit pas dépasser l'autre, si bien que, pour tenir compte du mouvement, il se contente de décaler la frontière postérieure du carré mobile, reproduisant celui-ci comme un rectangle vertical de plus en plus mince.
  • La discontinuité de l'image: les images cinétiques sont une suite de spectacles statiques, d'états successifs.

C'est seulement avec le début des opérations concrètes (vers 7-8 ans) que, grâce à l'assouplissement de ses images reproductrices, l'enfant va s'intéresser aux transformations et devenir capable de les représenter. Mais, si une meilleure connaissance des états, procurée par les images statiques, est favorable à l'imagination d'une transformation, ce n'est pas elle qui prépare les opérations, dont l'origine est dans l'action, non dans la représentation.


L'image mentale en éthologie

En éthologie, la référence à la possibilité qu'auraient de nombreuses espèces animales d'élaborer des images constitue un dépassement du béhaviorisme strict et permet de prendre en compte un traitement intégré des stimulus.
Une acception relativement récente et un peu différente (reprise de Jacques Lacan) ne fait pas de l'image un simple analogue du percept mais propose de conférer aux images un rôle instructeur de la réalité et déterminant pour le comportement et l'être lui-même, semblable au pouvoir de modification morphologique et organique de la perception du congénère (par exemple, chez le criquet grégaire).


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