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La définition de Référence


En logique et en linguistique, la référence désigne la propriété d'un signe linguistique de renvoyer à un objet ou à un ensemble d'objets extra-linguistiques.
La référence désigne également ce à quoi un signe renvoie, en dehors du langage.


La référence en linguistique

La référence est d'abord la relation avec la chose particulière (la personne, l'objet, l'entité) que le mot désigne ou dénote. Cela vaut d'abord pour les expressions. L'exemple classique est celui de Frege: « l'étoile du soir » et « l'étoile du matin » sont deux expressions de langage distinctes, qui ont des sens différents mais une référence unique (c'est la planète Vénus). Un autre exemple est celui des noms propres: ceux-ci n'ont, en principe, pas de sens, mais ils ont une référence. Ainsi Henri Beyle et Stendhal ont une référence unique, l'écrivain.
Pour plus de clarté, on utilise parfois référent à la place de référence pour parler de l'individu ou de l'objet désigné. Le mot référence peut alors être réservé à la relation ou, dans d'autres cas, à l'opération qui lie un nom ou une expression à ce qu'il ou elle désigne. D'un point de vue formel, on peut dire qu'on a une fonction qui fait correspondre des individus désignés à des mots ou à des symboles désignateurs: la référence est cette fonction.
On emploie, de façon non technique mais équivalente, faire référence à si l'on veut manier activement cette relation ou cette opération. On pourra dire: « Jean fait référence à Jacques quand il emploie l'expression cet imposteur. » Cela peut recevoir une interprétation psychologique. Selon celle-ci, on veut dire par là que Jean a, dans son intellect, une représentation de Jacques, avec toutes ses caractéristiques, qu'il désigne par une seule de ses caractéristiques, exprimée par le qualificatif imposteur. Dans une situation de communication, Jean désire forcément que son interlocuteur se forme aussi, dans son propre intellect, sa propre représentation du même Jacques quand il entend les mots cet imposteur. Autrement dit, la représentation de Jacques chez l'interlocuteur peut sans inconvénient différer en bien des points de celle qui existe chez Jean, sauf en ce qu'elle fait cognitivement référence à Jacques et à personne d'autre.


La référence en logique

En logique, la notion de référence est la même que celle d'extension. Toutefois, ce dernier terme est plutôt utilisé pour des concepts. La référence est alors un ensemble d'individus ou d'objets: le concept chien a pour référence, ou pour extension, l'ensemble de tous les chiens.
L'interprétation psychologique la plus simple de ce qui précède est que, dans la compréhension du discours, chaque stimulus-signe (par exemple, un mot) active en mémoire une représentation sémantique de l'entité (l'individu, l'objet, l'événement, l'action, etc...) à laquelle ce stimulus-signe est censé faire référence dans la langue, et que le contenu référentiel de cette représentation sémantique a été acquis, de façon directe ou indirecte, par interaction avec les réalités de l'environnement, c'est-à-dire par apprentissage. Dans certains cas, les représentations sémantiques ainsi activées comportent un contenu proche de la perception. Autrement dit, elles véhiculent des images mentales. Dans d'autres cas (par exemple, pour les nombres ou les autres représentations abstraites), la référence a un caractère plus ou moins élevé d'abstraction.
Toutefois, certains mots de la langue ne peuvent avoir de référence que dans des conditions bien particulières et en fonction du contexte. On y trouve les pronoms démonstratifs (celle-ci, celui-là, ceci, cela, etc...), les pronoms personnels relatifs (je, tu, il, elle, qui, que, dont, etc...) ou les adverbes (ici, aujourd'hui, etc...), en bref tous les mots dont la référence ne peut être identifiée que dans un contexte. Celui-ci peut être linguistique ou correspondre à une situation réelle et inclure des gestes du locuteur. La situation d'énonciation joue dans ce cas un rôle particulier. En effet, c'est elle seule qui permet d'identifier quelles sont les références (par exemple, de je, tu, ici, maintenant, etc...).


La référence anaphorique

Il s'agit de la propriété de certains signes linguistiques, utilisés dans un contexte de discours approprié, de faire à nouveau référence à des entités déjà mentionnées précédemment. Quand on les utilise dans un contexte discursif approprié, les anaphores ont pour fonction de faire à nouveau référence à des entités dont on a déjà parlé précédemment. La référence initiale a été faite par le mot ou le groupe de mots antécédent. Cela vaut aussi bien pour des pronoms personnels, démonstratifs, relatifs, pour certains adverbes, etc..., que pour des mots dotés d'une signification propre, mais qui sont utilisés dans le discours, notamment en français, pour éviter une répétition de mot, comme c'est le cas pour « le roi » dans: « Les paysans accueillaient avec plaisir Henri IV. Le roi aimait (...) ».
Il existe des règles linguistiques de principe pour cette façon de faire référence. Par exemple, pour un pronom (il, elle), le locuteur est supposé faire toujours référence par l'anaphore au mot de même genre et de même nombre qui en est le plus proche en amont. Les recherches psycholinguistiques montrent que, en effet, le processus de compréhension chez l'individu récepteur comporte un calcul, c'est-à-dire une opération d'inférence, conduisant à l'identification de l'antécédent, et donc du référent de l'anaphore. Ce calcul utilise la règle qui précède de façon automatique et très rapide. Mais il peut très bien se faire que cette règle ne soit pas appliquée par le locuteur, notamment en ce qui concerne la plus grande proximité en amont, et parfois même en ce qui concerne l'existence d'une mention antérieure. Cela peut déterminer chez le compreneur:

  • Une compréhension qui demeure malgré tout automatique, correcte et rapide.
  • Un effort actif et conscient de recherche (« de qui, de quoi parle-t-on? »), suivi par une réussite de la compréhension.
  • Des échecs de la compréhension (des effets de quiproquo, d'ambiguïté ou d'incompréhension totale).

Ce que montre ici la recherche cognitive, c'est que la référence anaphorique réussie repose sur une première condition: que la représentation sémantique qui a été activée une première fois par l'antécédent soit toujours présente et encore active en mémoire de travail lorsque apparaît l'anaphore destinée à la réactiver.
Une seconde condition est qu'il existe dans la mémoire à long terme les connaissances requises pour permettre que soient tirées les inférences nécessaires au calcul de la référence. Par exemple, dans la séquence: « j'ai déjeuné à midi au restaurant universitaire, les tartelettes étaient délicieuses », aucune théorie non cognitive ne peut rendre compte de la référence de les tartelettes. L'interprétation de la psychologie cognitive est que le mot restaurant, utilisé dans la première phrase, active dans la mémoire à long terme du compreneur un schéma sémantique, qui contient le composant: « lieu où l'on mange aussi des desserts, et notamment des tartelettes » (qui sont parfois délicieuses). C'est grâce à la disponibilité du sous-composant en cause que le mot tartelettes, précédé d'un article défini, peut faire aisément et correctement référence. C'est donc souvent par l'utilisation de connaissances particulières, communes au locuteur et au récepteur, que la référence anaphorique peut fonctionner.


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