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La définition de Motricité


La motricité désigne la fonction qui assure le maintien de la posture et la production des mouvements chez les êtres vivants. Aujourd'hui, on préfère utiliser le terme de sensorimotricité pour souligner le rôle des informations sensorielles dans le déclenchement, l'entretien et l'adaptation des mouvements.


Les deux principaux courants théoriques

Dans l'analyse du mouvement, deux axes théoriques sont à l'oeuvre et nécessitent d'être coordonnés:

  • Le premier axe conçoit le mouvement comme une réponse aux sollicitations du milieu extérieur. Il s'agit, en somme, des réflexes au niveau le plus élémentaire.
  • Le deuxième axe conçoit le mouvement comme une production autonome visant à maîtriser, voire de transformer l'environnement.

Les conditions préalables à la production du mouvement

Pour produire un mouvement, certaines conditions préalables doivent être remplies au niveau tonique et postural.
En ce qui concerne la fonction tonique, elle conditionne principalement la disponibilité de l'appareil moteur, sa capacité à répondre. Elle se traduit concrètement par la résistance du muscle lorsqu'on l'étire. Le tonus est très lié à la vigilance de l'individu. Ainsi, le tonus est faible si la personne dort. En outre, il existe un lien entre l'activité tonique et les états émotionnels.
En ce qui concerne la posture, elle constitue la base sur laquelle le mouvement va se greffer. Elle se traduit globalement par une mise en place des différentes pièces du squelette les unes par rapport aux autres. Aussi, on distingue deux types d'activité posturale:

  • L'activité antigravitaire: il s'agit de la lutte contre la pesanteur. Elle permet la station érigée, où on peut dégager le rôle de la surface d'appui, du poids du corps et le repérage visuel de la verticale.

  • L'activité directionnelle: elle permet la capture des stimulus sensoriels. Selon Jacques Paillard, dans cette capture, « trois moments successifs, le plus souvent solidaires, peuvent être isolés: l'immobilisation attentive, précurseur et accompagnateur de l'orientation spécifique de la tête, elle-même nécessaire aux positionnements des organes sensoriels et des segments mobiles du corps, qui assureront la projection du mouvement dans l'espace ».

Aussi, il est important de souligner que le maintien d'une posture n'est pas immédiatement donné. En effet, il nécessite, au même titre que la genèse d'un mouvement, l'émission d'une commande nerveuse. Seul l'objectif auquel répond cette commande diffère: dans le premier cas, il est de stabiliser une position donnée, dans le second cas, il est d'établir une nouvelle position à travers une trajectoire.


L'organisation de l'action motrice

L'organisation de l'action motrice est le plus souvent conçue comme un processus ordonné, dont on peut identifier au moins trois étapes:

  • La planification: après avoir pris la décision d'agir, l'individu décide globalement de la stratégie à adopter, c'est-à-dire qu'il choisit un programme d'action.
  • La programmation: l'individu doit spécifier certaines variables (par exemple, l'amplitude et la direction du geste) de ce programme, de manière à l'adapter à son but en prenant en compte les contraintes de l'environnement.
  • L'exécution motrice: est commence lorsque toutes les commandes ou suffisamment de commandes sont prêtes.

Ainsi, les deux premières étapes sont antérieures au déclenchement du geste. Plus précisément, la planification concerne le but de ce geste, tandis que la programmation concerne son exécution.
Par ailleurs, pour adapter l'action motrice, il est nécessaire de traiter deux catégories d'informations sensorielles:

  • Les informations sur l'environnement (extéroceptives): ces informations permettent d'appréhender l'environnement. Elles sont donc essentiellement de nature visuelle, auditive, et olfactive. Elles permettent de guider l'action par rapport à l'environnement, c'est-à-dire de l'extérieur.

  • Les informations sur l'espace du corps (proprioceptive): pour agir de manière pertinente, l'individu doit sentir son corps, c'est-à-dire, qu'il doit être informé, d'une part, de la position initiale de ses différents segments corporels, et d'autre part, des mouvements qu'ils effectuent au cours de l'exécution d'un geste.

La simplification du contrôle pour les gestes complexes

A priori, il peut paraître absurde de parler en termes génériques de programmation et de contrôle de la motricité quand celle-ci recouvre des gestes aussi hétérogènes qu'une flexion du doigt, la marche ou les sauts périlleux.
En 1967, Nikolai Bernstein a démontré que le contrôle d'une activité complexe n'est pas aussi difficile qu'il y paraît à première vue et qu'un mouvement complexe peut, de ce fait, obéir aux mêmes principes de contrôle qu'un mouvement simple. Pour cela, il suffit de considérer:

  • Que les 792 muscles et la centaine d'articulations du corps humain sont liés, ce qui contraint leurs possibilités d'action autonome. Cela réduit donc le nombre de degrés de liberté du mouvement et facilite son contrôle par le système nerveux central.

  • Que le mouvement d'une des pièces du squelette se propage et entraîne la mobilisation des autres, ce qui peut parfaitement être utilisé pour produire un mouvement complexe pluriarticulaire.

Toute théorie du mouvement ne prenant en compte que les forces produites par un travail musculaire et ignorant le reste des forces (inertielle, etc.) ne peut que mimer le mouvement et non l'expliquer. En effet, le corps est une chaîne dynamique articulée dont les différents segments s'influencent mutuellement. Ainsi, si on mobilise la hanche, il apparaît que la cuisse mais aussi la jambe et le pied sont animés d'un mouvement. Le mouvement du membre inférieur qui en résulte paraît alors extrêmement complexe pour l'observateur (c'est-à-dire pluriarticulaire). Pourtant, seule une mobilisation de la hanche a été programmée par le système nerveux central. Le mouvement de la cuisse est donc dû à des forces musculaires, et le mouvement du reste de la jambe est dû à des forces non musculaires.
Au-delà des différences entre les différents mouvements, la production d'un geste implique toujours:

  • La collaboration de processus de haut niveau, notamment cognitifs (par exemple, pour ce qui est de la relation au but du geste), et de processus élémentaires (par exemple, les réflexes).
  • Une intégration sensori-motrice, dans la mesure où une part essentielle de l'information produite par l'activité motrice elle-même est utilisée pour son contrôle.
  • Une programmation et un contrôle en cours d'exécution.

Cependant, les processus qui sous-tendent la production des gestes sont évolutifs. Ainsi, au cours du développement ou sous l'effet d'un apprentissage, on observe de profonds changements dans la coopération entre les processus cognitifs et l'organisation réflexe, ainsi que dans le rôle joué par les informations sensorielles.


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