Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par M > La définition de monomanie


La définition de Monomanie


Monomanie est un terme utilisé dans la première moitié du XIXe siècle pour décrire les délires partiels, certains troubles névrotiques et des conduites délictueuses et criminelles. Aujourd'hui, ce mot est obsolète.


Une notion proposée par Esquirol

Cette entité psychiatrique a été élaborée par Jean-Étienne Esquirol, à partir de la mélancolie (un délire partiel et parfois triste), décrite par son maître Philippe Pinel. Ainsi, il isole ce groupe nosologique des monomanies, caractérisé au début par le fait que le trouble intellectuel, délirant, se limite à un seul objet ou à un petit nombre d'idées. Il s'agit donc d'un délire partiel. D'ailleurs, pour Esquirol « Les malades partent d'un principe faux dont ils suivent sans dévier les raisonnements logiques et dont ils tirent des conséquences légitimes qui modifient leurs affections et les actes de leur volonté. Hors de ce délire partiel, ils sentent, raisonnent, agissent comme tout le monde. Des illusions, des hallucinations, des associations vicieuses d'idées, des convictions fausses, erronées, bizarres sont à la base de ce délire que je voudrais appeler monomanie intellectuelle. »


Les différentes monomanies

Esquirol ne s'en tient pas à ces formes délirantes. Il y ajoute d'autres monomanies qui ne s'accompagnent pas de délire.

  • Les monomanies affectives: elles correspondent grosso modo à ce que Pinel avait appelé manies sans délire (pas d'altération sensible dans les fonctions de l'entendement, de la perception, du jugement, de la mémoire, mais perversions portant uniquement sur les fonctions affectives).
    Pour Esquirol, qui confond d'ailleurs la manie sans délire avec la folie raisonnante, le trouble reste purement affectif dans ces monomanies affectives: « Les monomaniaques ne déraisonnent pas, mais leurs affections, leur caractère sont pervertis ; par des motifs plausibles, par des explications très bien raisonnées, ils justifient l'état actuel de leurs sentiments et excusent la bizarrerie, l'inconvenance de leur conduite. »

  • Les monomanies instinctives: dans ces monomanies, seule la volonté est atteinte. Son trouble conduit à des actions délictueuses et même criminelles: « La volonté est lésée ; le malade, hors des voies ordinaires, est entraîné à des actes que la raison ou le sentiment ne déterminent pas, que la conscience réprouve, que la volonté n'a plus la force de réprimer ; les actions (délictueuses) sont involontaires, instinctives, irrésistibles... »
    C'est dans cette dernière catégorie de monomanie que l'on retrouve une forme particulièrement grave sur le plan social, judiciaire et médico-légal. Il s'agit de la monomanie homicide, qui devait permettre aux médecins aliénistes de l'époque de justifier médicalement l'irresponsabilité pénale de nombreux criminels.

La fin de l'utilisation de la monomanie

La doctrine de la monomanie a connu son déclin dès les années 1850. Elle a notamment été critiquée par Jean-Pierre Falret, à la fois sur le plan nosologique et sur le plan sémiologique.
A partir de son cadre confus et polymorphe, les principaux délires chroniques et la névrose obsessionnelle ont été progressivement isolés.


Autres termes psychologiques :