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La définition de Formelle



La pensée formelle

Il s'agit d'une pensée pure, indépendante de l'action. Selon Jean Piaget, la construction de la pensée formelle achève la genèse de l'intelligence. Cette pensée procède sur « de simples assomptions sans relation nécessaire avec la réalité ou avec les croyances du sujet et en se fiant à la nécessité du raisonnement lui-même (vi formae) par opposition à l'accord des conclusions avec l'expérience ». Elle peut donc combiner des propositions, et par conséquent, en déduire de nouvelles propositions. Ainsi, leur vérité, comme celle des théorèmes mathématiques, dépend de la rigueur des enchaînements et non d'une validation empirique qui constate seulement la justesse du raisonnement (la forme de ce constat n'est pas cela est, mais cela ne peut pas être autrement).
Les enchaînements de la pensée formelle consistent en implications. Le terme d'implication, repris d'Édouard Claparède, désigne une liaison nécessaire, qui peut être réciproque ou disjonctive. La pensée formelle est seule capable de coordonner ces deux formes d'implication, qui la rendent biréversible. En effet, elle admet à la fois la réversibilité d'une opération par son inverse, en concevant le retour à l'état initial comme inéluctable et non plus seulement de fait, et la réversibilité par réciprocité comme compensation nécessairement exacte. Voici un exemple qui illustre la structure de groupe de cette coordination: appelons I le déplacement orienté d'un escargot sur une planche. Ce déplacement peut être annulé par un déplacement de l'animal en sens inverse (N) ou bien par un glissement de la planche au sens contraire à la progression (R). L'inverse de la compensation produite par R consiste en un glissement de la planche dans le même sens que le déplacement de l'escargot (C). C'est seulement vers 11-12 ans que l'enfant se représente I x R comme équivalent nécessaire de N, sans avoir besoin de prendre appui sur des actions réellement effectuées.
Si la pensée formelle est seule capable d'établir cette coordination, c'est parce qu'elle seule est capable d'aller jusqu'à la combinatoire. La pensée concrète regroupe des associations constatées au cours des situations, mais, en leur restant inféodée, elle échouait à imaginer l'ensemble des associations possibles. En réalisant cette extension, la pensée formelle accède à un niveau supérieur d'adaptation. Mais il n'y a pas seulement différence de degré de généralité. En effet, la logique des propositions est autre chose que la logique des classes.


La différence entre conception piagétienne et celle des logiciens

La conception piagétienne de la pensée formelle diffère de la conception de logiciens, telle qu'elle a été formulée, par exemple, par Bertrand Russell et Alfred Whitehead dans Principia Mathematica (1910-1913), car elle replace les règles auxquelles obéit cette pensée dans une perspective psychologique. Elle en définit la structure à partir de ce que font réellement le préadolescent et l'adolescent. C'est pourquoi la description des tâches ou des énoncés du point de vue de l'individu, la découverte des buts qu'il s'assigne y demeurent d'une extrême importance et c'est aussi pourquoi sa filiation à partir de la pensée concrète importe au premier chef.
Il s'agit alors, pour la psychologie, de répondre à deux questions: « qu'est-ce qui change? » et « comment se fait le changement? ». L'exemple suivant permet d'entrevoir la réponse. Soit un énoncé tel que celui-ci: « Édith est plus blonde que Suzanne et elle est plus brune que Lili. Laquelle est la plus brune des trois? » La tâche consiste en une sériation de trois termes. L'enfant de 7 ans, qui n'a aucune difficulté à sérier des objets, ne trouve pas la bonne réponse (il considère qu'Édith et Suzanne sont claires, qu'Édith et Lili sont foncées et donc que c'est Lili la plus brune des trois). Il devient capable de nommer Suzanne vers 12 ans, quand il a déplacé son objet de la représentation du réel vers la forme de l'énoncé (les relations plus et moins que et non le fait d'être brun ou blond). C'est donc le modus ponens qui diffère entre les deux âges.


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