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La définition de Ethnopsychiatrie


L'ethnopsychiatrie est un domaine de la psychiatrie, consacré à l'étude des troubles mentaux en fonction des groupes culturels et ethniques auxquels appartiennent les individus qui en seraient atteints.
L'ethnopsychiatrie est également appelée psychiatrie comparée, ou encore psychiatrie transculturelle. Elle tient à la fois d'une pratique thérapeutique s'attachant à traiter les divers malades mentaux en tenant compte de leur insertion et de leur appartenance à un groupe socioculturel, et d'une science cherchant à repérer et comparer des modalités et des formes de pathologie mentale spécifiques à tel ou tel milieu social particulier.


Les tendances de l'ethnopsychiatrie

Deux grandes tendances semblent dominer l'ethnopsychiatrie:

  • Dans la première tendance: les cliniciens considèrent la différence socioculturelle comme relativement négligeable par rapport à une pathologie mentale restant grosso modo identique d'un groupe à l'autre. Tout au plus, l'objet de l'ethnopsychiatrie serait alors de repérer la façon singulière dont l'individu malade se serait approprié une réalité sociale extérieure à lui au moyen de ses propres déterminants psychiques.

  • Dans la seconde tendance: la différence socioculturelle est considérée comme le fondement même de l'ethnopsychiatrie, faisant de celle-ci une science autonome, même si elle doit rester pluridisciplinaire. Cette tendance a été illustrée par les ethnologues nord-américains Margaret Mead, Ruth Benedict et Abram Kardiner, mais également par le psychanalyste et ethnopsychiatre Georges Devereux. Aujourd'hui, elle est surtout représentée en France par Tobie Nathan. Pour cet auteur, les identifications successives qui ont formé un individu ne se font qu'en intériorisant des modèles culturels imposés par la société. L'individu, dans la mesure où il se socialise, « participe forcément au modèle culturel dans lequel il s'exprime ».

Ces deux tendances s'opposent tout en se rejoignant finalement sur la question incontournable des rapports du psychisme au culturel. En fait, selon François Laplantine, il faut éviter d'un côté « une conception monadique et délibérément antisociologique de l'individu » et de l'autre « une conception réificatrice et délibérément antipsychologique du social, double dogmatisme qui ne peut conduire qu'à prendre parti, dans une espèce de jeu parfaitement stérile, soit pour la prééminence de l'individu sur la société, soit pour la prééminence de la société sur l'individu ».


L'ethnopsychanalyse

C'est surtout dans le domaine de l'ethnopsychanalyse que ce dilemme a été dépassé par Devereux, qui a montré que tout fait humain doit être rendu compréhensible par les deux approches, psychologique d'un côté, socioculturelle de l'autre, dans un complémentarisme qui n'est pas forcément simultané et qui n'a pas à tenir compte d'une succession particulière. En effet, selon cet auteur, « Ces deux discours explicatifs ne peuvent et ne doivent être tenus simultanément, ils doivent être tenus consécutivement, l'ordre dans lequel ils sont tenus étant sans importance. »


L'approche explicative complémentaire de l'ethnopsychiatrie

L'ethnopsychiatrie adoptera, elle aussi, cette approche explicative complémentaire. Et elle cherchera à répondre aux principales questions qu'a posées Henri Ellenberger: « Les maladies mentales sont-elles toutes les mêmes d'un pays à l'autre, ou sont-elles le résultat d'une culture particulière? La notion de maladie mentale est-elle universelle ou spécifique de certaines cultures particulières? Si elle est universelle, la maladie mentale se manifeste-t-elle par des signes et une évolution spécifiques à un milieu socioculturel ou ethnique déterminé? Et quels seraient les facteurs sociaux particulièrement responsables de l'apparition de ces troubles mentaux? »
On voit que les réponses à ces questions conditionnent toute enquête épidémiologique tant soit peu extensive et qu'il n'y a donc pas de grandes études dans ce domaine qui ne s'accompagnent d'une recherche ethnopsychiatrique préalable. Le seul danger serait d'y faire preuve d'un ethnocentrisme privilégiant certains modèles occidentaux et transformant l'ethnopsychiatrie en instrument d'un impérialisme culturel.


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